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"A tous les peuples de la terre..."

2 octobre 2012

Homélie donnée par S.E. le Cardinal Fernando FILONI, Préfet de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, le dimanche 30 septembre dans la chapelle des M.E.P. à l'occasion du lancement de l'année "Missions du toit du monde".

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Je suis très heureux d’être parmi vous en cette heureuse occasion de l’ouverture de l’exposition « Missions du toit du monde ». Je vous salue tous avec affection, en particulier le Père Georges Colomb, Supérieur Général des Missions Etrangères de Paris, qui a eu l’amabilité de m’inviter. En même temps que mes sentiments de gratitude, veuillez recevoir mes félicitations pour cette belle initiative qui fera connaitre à un large publique la grande épopée missionnaire des Pères des Missions Etrangères de Paris au Tibet. En effet, pendant plus de 350 ans, près de 4 500 membres de votre Institut religieux ont contribué à l'évangélisation de nombreux pays d'Extrême-Orient. Parmi eux, on compte de nombreux martyrs et confesseurs de la foi, dont 23 saints canonisés. Leur mission héroïque s’articulait autour de trois exigences : travailler dans un esprit de fidélité à Rome ; comprendre les mœurs et coutumes de ces pays d’Asie ; promouvoir un clergé local. Leur travail a porté beaucoup de fruit, dont la fondation de nombreuses communautés chrétiennes et la floraison des vocations autochtones. Je vous invite à rendre grâce à Dieu pour le bel exemple d’engagement et de fécondité missionnaire qu’ils nous ont laissé. En faisant mémoire de la Passion et Résurrection du Seigneur Jésus durant cette célébration eucharistique, nous nous souvenons en même temps de ces missionnaires martyrs et confesseurs de la foi, qui ont perdu la vie à cause du Christ et de l’Evangile.

La liturgie de la Parole de ce dimanche oriente notre pensée vers cela en donnant un enseignement précieux sur le rôle de l’Esprit dans le travail missionnaire.
La 1ère lecture tirée du livre des Nombres raconte l’épisode dans lequel le Seigneur prend une part de l’esprit qui reposait sur Moise pour le donner aux 70 anciens ; et tous se mirent à prophétiser. Il s’agit de l’Esprit de Yahvé qui offre le don de prophétie et confère une autorité particulière. Or, deux autres hommes se mettent à prophétiser hors du cadre prescrit : on se plaint d’eux auprès de Moïse. Celui-ci donne une réponse étonnante : au lieu de les condamner, il formule le vœu de voir tout le peuple devenir prophète : « Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux, pour faire de tout son peuple un peuple de prophète » (Nb 11,29). Cet épisode est mis en relation avec la première partie de l’Evangile que nous venons d’entendre. A Jean qui dénonce des exorcistes inconnus, Jésus ordonne de ne pas s’opposer à celui qui agit en son nom (Mc 9,39).

Les deux épisodes nous révèlent quelque chose de fondamental : « l’Esprit souffle là où il veut » (Jn 3,8). Le Seigneur est souverainement libre : Il fait don de l’Esprit à qui Il veut. Le fruit de ce don est une attitude profonde d’ouverture et de service à l’opposé de notre instinct naturel qui est d’exclure, contrôler, dominer. Le rayon d’action de l’Esprit dépasse les frontières de l’Eglise, pour s’étendre partout, selon le dessein bienveillant de Dieu qui veut sauver tous les hommes. En effet, « L'Esprit se manifeste d'une manière particulière dans l'Eglise et dans ses membres; cependant sa présence et son action sont universelles, sans limites d'espace ou de temps » (RM28). Mais souvent nous cherchons à l’accaparer, à le monopoliser. C’est une telle attitude que Jésus condamne. Son nom comme sa vie sont livrés et donnés sans réserve et sans retour. Protéger, contrôler, maîtriser n’a aucun sens pour Lui qui s’en remet entièrement à son Père et dont la mission consiste à rassembler et à sauver toute l’humanité.

 

Le vœu formulé par Moise de voir tout le peuple devenir prophète s’accomplit à la Pentecôte et nous est signifié dans le baptême et la confirmation. Nous sommes un peuple de prêtres, prophètes et rois. Suivant l’exhortation de l’Apôtre Paul : « n’éteignez pas l’Esprit, ne dépréciez pas les dons de prophéties » (1 Th 5, 19-22), soyons donc conscients de la présence de l’Esprit Saint en nous (1 Cor 6,19) et croyons qu’il souffle vraiment où il veut, que c’est lui qui a l’initiative. Les modalités avec lesquelles nous le recevons peuvent changer, la forme de ses manifestations ne sera jamais unique et définitive, mais c’est toujours le même Esprit, écrit l’Apôtre Paul (1Co 12). Ensuite, il faut donner notre plein consentement à sa liberté en nous pour expérimenter toujours plus ses bienfaits envers nous et envers ceux vers lesquels nous sommes envoyés en mission. Selon le Catéchisme de l’Eglise Catholique : « les charismes sont à accueillir avec reconnaissance par celui qui les reçoit, mais aussi par tous les membres de l’Église. Ils sont, en effet, une merveilleuse richesse de grâce pour la vitalité apostolique et pour la sainteté de tout le Corps du Christ; pourvu cependant qu’il s’agisse de dons qui proviennent véritablement de l’Esprit Saint et qu’ils soient exercés de façon pleinement conforme aux impulsions authentiques de ce même Esprit, c’est-à-dire selon la charité, vraie mesure des charismes (1 Co 13) » (Cat. N° 800).

Chers frères et sœurs, L’Esprit Saint est le protagoniste de toute la mission ecclésiale (RM 21). Il guide le prophète et prépare les cœurs à accueillir le message. Tel est l’autre enseignement que l’on peut tirer des textes. « C'est l'Esprit qui pousse à aller toujours au-delà, non seulement du point de vue géographique mais aussi au-delà des barrières ethniques et religieuses, pour accomplir une mission réellement universelle » (RM 25). Puisqu’il est le feu d’amour qui pousse à l’action évangélisatrice  (AM 162), il est essentiel de se laisser guider par l’Esprit Saint (Ga 5, 20) \pour réaliser une mission fructueuse. Cette conviction a fortement inspiré les Pères des Missions Etrangères de Paris dès le début et tout long de leur activité missionnaire. Grâce à cela, ils ont été signes et instruments authentiques de l'action de l'Esprit dans les réalités concrètes de l'Asie. Ce travail se poursuit aujourd'hui encore à travers vous qui continuez de prendre part à l'annonce de la Bonne Nouvelle, en envoyant en Asie et dans l'océan Indien des prêtres missionnaires à vie. Il est heureux de noter que 27 séminaristes se préparent actuellement à s'engager à leur suite. Ma prière les accompagne afin qu’ils puissent répondre pleinement à l’appel du Seigneur. A l’exemple des pionniers de l’évangélisation en Asie, que l’Esprit Saint vous guide afin de proposer avec audace et inventivité la nouveauté permanente de l’Évangile aux populations vers lesquels vous êtes envoyés.


Le 50ème anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, l’Année de la Foi et le Synode des Evêques sur la nouvelle évangélisation invitent toute l’Eglise à s’engager avec plus de courage et d’ardeur dans la missio ad gentes afin que l’Evangile parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. Et, dans son message pour la prochaine journée mondiale de la mission, intitulé : « Appelés à faire resplendir la Parole de vérité »,  le Pape Benoit XVI rappelle la validité permanente du mandat missionnaire (Mc 16,15) et la priorité de l’évangélisation, en ces termes : « aujourd’hui comme alors, le Christ nous envoie par les routes du monde pour proclamer son Évangile à tous les peuples de la terre » (Porta Fidei, n. 7). Ces paroles nous interpellent tous, en particulier, vous qui êtes les héritiers de la longue tradition missionnaire de votre Congrégation religieuse en Asie. Efforcez-vous à « discerner dans les différentes situations du continent l'appel de l'Esprit à témoigner de Jésus Sauveur sous des formes nouvelles et efficaces » (Ecclesia in Asia, 8). Le Pape Benoit XVI vient de donner aux Evêques français une orientation claire à ce propos, lors de leur récente Visite ad Limina en affirmant que l'évangélisation demande de partir de la rencontre avec le Seigneur, dans un dialogue établit dans la prière, puis de se concentrer sur le témoignage à donner afin d’aider nos contemporains à reconnaître et à redécouvrir les signes de la présence de Dieu.

 

Chers frères et sœurs, animés par la force de l’Esprit Saint, et obéissant à ses impulsions, soyez à l’école du Christ pour annoncer l’Evangile par la parole et le témoignage d’une vie chrétienne authentique. Je vous confie à la Vierge Marie, Mère de l’Eglise et Etoile de l’Evangélisation, qu’elle vous accompagne toujours et intercède en votre faveur pour la fécondité de votre œuvre missionnaire.

+ Fernando Card. Filoni

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