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Fête des martyrs du Vietnam le 24 novembre 2014 dans la chapelle des MEP

13 janvier 2015

Texte de l’homélie donnée par Mgr Yves Boivineau, évêque d'Annecy, pour la fête des martyrs du Vietnam le 24 novembre 2014 dans la chapelle des MEP.

Si je suis parmi vous ce soir, c’est parce que parmi les 117 martyrs du Viêt-Nam, il y a un prêtre des Missions Etrangères originaire du diocèse d’Annecy : Saint François Jacquard. Une paroisse du diocèse aujourd’hui porte son nom.
J’ai donc essayé de « plonger » dans la vie de ce saint missionnaire, en particulier par la lecture de sa correspondance. Fils unique, il quitte sa famille, sa Savoie… simplement parce qu’il est appelé. Il part avec un réel enthousiasme, malgré l’inconfort et les incertitudes du voyage, et alors qu’il sait qu’il a bien des chances de ne jamais revoir son pays, sa famille : l’appel du Christ est le plus fort. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime », dit Jésus (Jn15,18). François aime ce peuple qu’il ne connait pas encore : « donner sa vie pour ceux que l’on aime », non parce qu’ils nous aimeraient, mais parce que Jésus les aime, et les aimer au nom de Jésus, et à la manière de Jésus… jusqu’au don total de soi-même. C’est vraiment folie aux yeux des hommes mais c’est sagesse aux yeux de Dieu. « C’est ta puissance qui se déploie dans la faiblesse quand tu donnes à des êtres fragiles de te rendre témoignage », dit la préface des martyrs. C’est la folie de l’amour : le martyre, qui donne de souffrir par amour pour Dieu et pour ses frères, est en effet le plus grand acte de charité.

Le premier sentiment qui doit nous habiter en cette fête des Saints Martyrs du Viêt-Nam, c’est la reconnaissance. Nous leur devons la vie. La semence de la foi a germé sur la terre vietnamienne dans le sang abondamment versé des martyrs : ceux que nous honorons et dont nous connaissons les noms, mais également ces milliers de chrétiens anonymes martyrisés dans les montagnes ou les forêts où ils avaient été relégués et exilés. Sans leur vie donnée, livrée, nous ne serions pas là ce soir. Ils sont nos membres, et « ils sont dans le Christ plus étroitement unis avec nous » (LG 50). Nous avons une dette à leur égard : nous les chrétiens, l’Église toute entière, mais également tout le peuple du Viêt-Nam, ceux-là même qui encore nourrissent de l’hostilité à l’égard de la foi chrétienne. N’est-ce pas ce que nous dit Jésus dans l’évangile quand il précise à ses disciples que dans leur persécution « il y aura là un témoignage pour eux et pour les païens » : à la suite de Jésus qui donne sa propre vie pour ses bourreaux. On veut lui prendre sa vie, il la donne. Le sang des martyrs qui été l’âme de l’évangélisation depuis 4 siècles a également fécondé cette terre du Viêt-Nam. Que serait le Viêt-Nam sans ses martyrs ?

La vocation au martyre est celle de tout croyant qui accepte les conséquences extrêmes de son baptême, prêt à témoigner de sa foi et de son amour pour Dieu devant les hommes jusqu’au don suprême de sa vie, avec la grâce de Dieu. En ce témoignage suprême de la foi et de la charité, le disciple devient semblable au maître. « Si cela n’est donné qu’à un petit nombre, tous cependant doivent être prêts à confesser le Christ devant les hommes, et à le suivre sur le chemin de la Croix, au milieu des persécutions qui ne manquent jamais à l’Église », dit le Concile (LG 42,2).
De fait, l’histoire nous l’apprend, les persécutions n’ont jamais manqué à l’Église. Aujourd’hui encore ils sont nombreux à souffrir et à mourir à cause de leur foi. Pourrait-il en être autrement après les avertissements de Jésus : « Vous serez trainés devant des gouverneurs et des rois à cause de moi… Vous serez détestés de tous à cause de mon nom ». Le chrétien d’aujourd’hui n’a pas d’autre programme que celui de son Maître, Messie crucifié : « Le disciple n’est pas au-dessus de son maître, ni le serviteur au-dessus de son Seigneur » (Mt 10,24). L’histoire tout à fait étonnante de l’Eglise ne peut s’expliquer sans le martyre, sans le témoignage de toutes celles et de tous ceux qui, de manière sanglante ou non sanglante, ont consumé leur vie avec amour en témoignage de leur foi.
Si ce soir nous faisons mémoire, ce n’est pas simplement pour nous souvenir du passé, mais bien pour vivre le présent et regarder résolument vers l’avenir. En honorant les martyrs, nous affirmons notre foi en Jésus, le Christ. La sainteté de ces témoins exprime le mystère de l’Eglise et nous donne à contempler le visage du Christ.
La foi est vivante quand elle est annoncée. L’annonce de l’Evangile, le témoignage, font partie de l’acte de foi. Nous goûtons « la joie de l’Evangile » lorsque nous offrons l’Evangile par nos paroles, dans nos actes, par toute notre vie. La tiédeur n’engendre que la tristesse. Mais offrir l’Evangile, c’est toujours s’exposer. Ces derniers jours, j’ai rencontré des universitaires qui sont inquiétés dans leur carrière professionnelle parce qu’ils sont chrétiens, précisément même parce qu’ils sont catholiques. Ils assument. Mais il faut une force intérieure, qui ne peut être qu’un don de l’Esprit Saint, pour -comme les apôtres au tout début de l’Eglise- « être tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le Nom de Jésus » (Ac 5,4). Pour n’avoir pas à lutter, le risque aujourd’hui dans notre société occidentale est celui d’une « apostasie silencieuse ».

Saint François Jacquard fut soumis plusieurs fois à la torture. Une fois le mandarin commença par lui demander de consentir enfin à abandonner la religion de Jésus que le roi avait interdite. Surpris que l’on osât encore lui proposer d’apostasier, il répondit aussitôt : « Ma religion n’est pas un don du roi, je ne puis pas l’abandonner à la volonté du roi ».
Le Père Jacquard fut accompagné dans son martyre par un jeune chrétien, Thomas Thien, âgé de 18 ans, qui se préparait au sacerdoce. Arrêté, on le soumet à l’interrogatoire pour le forcer à apostasier la religion de Jésus, mais en vain. « Le jeune Thomas, écrit Mgr Cuénot, montra au milieu de ces horribles tourments une fermeté, un courage qui ne se démentirent pas un seul instant : aucune plainte, aucun soupir, aucune larme ne vinrent trahir la patience et la joie extérieure qu’il manifesta pendant toute la durée de ce cruel supplice ».
De retour dans la prison, ce jeune chrétien eut à affronter les reproches de quelques chrétiens apostats qui l’accusaient de prolonger leur détention par son obstination… et ils mirent tout en œuvre pour le faire apostasier. Quant au mandarin, excédé de se voir vaincu par ce jeune homme, le fit jeter dans le cachot où se trouvait le père Jacquard. Ils s’encouragèrent mutuellement à souffrir avec générosité pour Celui qui le premier avait souffert pour eux. La joie intérieure, et aussi extérieure, qu’ils manifestèrent ne peut être qu’un don du Seigneur. C’est l’Évangile à la lettre.
Nous avons beaucoup reçu de ces témoins de la foi, nous avons toujours à recevoir. Leur exemple nous stimule, mais surtout leur prière nous soutient et nous porte dans les combats qui sont les nôtres aujourd’hui. Puissions-nous nous laisser habiter par « la joie de l’Évangile », la joie d’avoir rencontré Jésus, de le connaitre, de le faire connaitre. Se laisser aimer par Jésus. Aimer Jésus. Faire aimer Jésus. Telle est notre joie !


 

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