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Homélie de la messe d’ordination diaconale de Vincent et d’Edouard

23 septembre 2015

Eglise Saint François-Xavier (Paris) – Dimanche 20 septembre 2015
Par le père George Colomb

 
Cher amis,


Au cours de cette ordination, l’Eglise va ordonner deux diacres. Si beaucoup de catholiques aujourd’hui savent ce qu’est un prêtre, le ministère de diacre leur paraît par contre plus mystérieux. Vous savez qu’il y a des formes différentes de ce ministère : certains sont des diacres permanents. Toute leur vie, ils exerceront effectivement ce ministère. D’autres, comme Vincent et Edouard, qui envisagent d’être prêtres, ne l’exerceront que quelques mois, même si toute leur vie, eux aussi, ils auront à en vivre l’esprit. Les formes sont donc différentes mais c’est toujours le même ministère.


Alors, me direz-vous, qu’est-ce qu’un diacre ? Qu’est-ce que le ministère diaconal dans l’Eglise ?
On peut, bien sûr, définir le ministère du diacre par un certain nombre de tâches qui lui sont spécifiques : prêcher, baptiser, marier, enterrer, assister le prêtre à l’autel pendant l’eucharistie, certaines fois présider la prière. Cette énumération ne rend pourtant pas compte de l’originalité du ministère du diacre, de sa signification profonde, de son esprit. Le mot diacre – vous le savez – vient du grec et il veut dire serviteur. Le diacre est serviteur. Son ministère doit évoquer, signifier, servir, actualiser pour nous aujourd’hui l’image même de celui qui est le Serviteur par excellence : le Christ, qui se présente à nous dans l’Evangile essentiellement comme celui qui sert. Ne dit-il pas, en effet : « Le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 28) ? Jésus se présente à nous comme celui qui se veut totalement et indéfectiblement au service du Père et au service des hommes. Il sert le Père en servant les hommes et il sert les hommes en servant le Père. Il est celui qui ne garde jalousement rien pour lui, celui qui se donne, se livre, devient l’esclave qui lave les pieds de ses disciples, le Crucifié qui donne sa vie pour la multitude. Ce que Jésus fait, il le demande aussi à ses disciples : « Si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ; car c’est un exemple que je vous ai donné : ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. » (Jn 13, 14-15) Jésus demande à son Eglise, c’est-à-dire à nous tous, d’être en tenue de service, en esprit de service, en attitude de service, du Père et des hommes. Et pour que nous vivions avec l’Esprit du Christ, pour que nous pratiquions les grandes attitudes évangéliques du Serviteur, le Seigneur a mis sur notre route des hommes chargés de nous le rappeler, de nous le signifier, de nous y aider : ce sont les ministres ordonnés et tout particulièrement les diacres. Ils sont au « service du service ». Ils sont au service de l’Eglise pour qu’elle soit bien servante comme le Christ. Les diacres ne monopolisent pas le service, ils veillent, au contraire, à le démultiplier, à le faire vivre par tous.
Les diacres viennent nous rappeler tout d’abord que la véritable attitude de service dans l’Eglise, comme d’ailleurs dans la société, implique un réel décentrement par rapport à soi. On peut parfois se tromper sur soi-même, sur son pouvoir, sur sa responsabilité, sur sa personne. L’attitude que dénonce le Christ dans l’évangile, c’est le service mensonger de Dieu. On dit qu’on sert Dieu alors qu’en fait on se sert surtout soi-même. On joue au notable et on en retire de secrètes satisfactions. L’évêque peut jouer au notable ; le prêtre peut jouer au notable ; des laïcs, dans les responsabilités qu’ils prennent, peuvent jouer aux notables : ils ont l’impression alors qu’ils sont indispensables, irremplaçables. Le service est l’antidote à l’esprit de pouvoir ou d’autopromotion. Il implique l’attention à l’autre, l’écoute gratuite et désintéressée, la simplicité, l’humilité, la volonté de mettre d’autres dans le coup, de passer la main, de penser que nul n’est absolument indispensable. C’est ce que Paul recommande aux chrétiens de Philippes : « Ayez un même amour, un même cœur ; recherchez l’unité ; ne faites rien par rivalité, rien par gloriole, mais, avec humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous. Que chacun ne regarde pas à soi seulement, mais aussi aux autres. » (Phil 2, 2-4). Ce n’est pas pour rien que dans l’Evangile d’aujourd’hui, le Christ invite ses disciples, qui se disputaient pour savoir qui était le plus grand, à se faire petits comme un enfant.


Une Eglise qui se veut servante est une Eglise missionnaire, une Eglise qui ne se replie pas sur elle-même, sur le seul souci de l’animation de sa vie interne. C’est une Eglise qui s’ouvre sur la société qui l’entoure, qui apporte la Bonne nouvelle de l’Evangile à tous et tout particulièrement comme le Christ, aux pauvres, aux malades, aux petits, aux étrangers, aux exclus. Que de fois le pape François nous a rappelé que notre Eglise devait être une Eglise « en sortie » !


Chers frères des Missions étrangères de Paris, c’est vraiment la raison même de votre Société que d’être missionnaire. Edouard et Vincent, tout à l’heure le Supérieur général va vous dire dans quel pays s’exercera votre mission. C’est un moment particulièrement attendu et émouvant. Par la mission que vous allez recevoir, vous serez invités à aller à la rencontre d’un peuple, à apprendre sa langue, à découvrir son histoire et sa culture, à devenir le compagnon de route de tous ces hommes, ces femmes, ces enfants et ces jeunes qui attendant mystérieusement de s’ouvrir à l’Evangile. Mettez-vous vraiment au service de ce peuple. Aimez-le, portez-le déjà dans votre prière.
Mais avant de le rejoindre, vous vivrez parmi nous votre ministère diaconal. Rappelez-vous que les diacres, au sein des communautés chrétiennes, ont la mission de sans cesse maintenir le désir d’ouvrir les portes et les fenêtres, de venir à la rencontre des hommes, d’être attentifs aux plus éprouvés, à ceux qui sont loin, à ceux qui sont blessés par la vie. Ils sont les serviteurs de Celui qui a dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger. » (Mt 11, 28-30) Les diacres viennent rappeler à l’Eglise qu’elle a sans cesse à prendre et à reprendre, comme dit le saint pape Jean-Paul II, « la route des hommes ».


Mais si le diacre invite à toujours reprendre cette route de la rencontre des hommes, il vient aussi rappeler à tous la source d’où jaillit le service, l’eau vive qui renouvelle en nous l’esprit de service et l’attitude de service : ce don de Dieu que nous recevons dans l’écoute de la Parole et dans l’Eucharistie.


C’est en recevant la Parole de Dieu, en la laissant travailler en nous, nous convertir, nous modeler selon l’Esprit de l’Evangile, que nous pouvons apprendre à sentir, à vivre, à orienter notre existence comme le Christ, à vivre véritablement « en lui ». Vincent et Edouard, n’oubliez pas ce que je dirai tout à l’heure à chacun de vous en vous remettant le livre des évangiles : « Reçois l’Evangile du Christ, que tu as mission d’annoncer. Sois attentif à croire à la Parole que tu liras, à enseigner ce que tu auras cru, à vivre ce que tu auras enseigné. »


Mais, c’est aussi en participant à l’eucharistie que nous pouvons recevoir du Seigneur cette grâce et ce dynamisme du service. Elevant avec le prêtre le corps et le sang du Christ, le diacre vient rappeler que c’est en nous unissant au sacrifice du Christ qui donne sa vie, s’offre au Père, et se livre pour les hommes, que nous pouvons à notre tour apprendre à donner notre vie, à livrer notre vie. L’Eucharistie est pour les chrétiens la source mystérieuse et le creuset du service. Cela aussi, Edouard et Vincent, vous aurez à le rappeler, mais aussi, tout d’abord, à le vivre.
Puisse cette ordination de nos deux diacres renouveler en nous ce soir le goût du service et la disponibilité à servir ! Amen.

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