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Homélie du Père Joseph de DINECHIN pour sa première messe aux MEP.

17 septembre 2013

Le Père Joseph de DINECHIN a été ordonné prêtre à Toulon le 29 juin 2013. Il est destiné à la mission en Chine.
Voici le texte de son homélie pour la première messe qu'il a célébré dans la Chapelle de l'Epiphanie des MEP.
(Dimanche 15 septembre 2013 - 24° dimanche du temps ordinaire)

Lectures : Ex 32, 7-14 : Moïse intercède pour le peuple idolâtre
Ps 50 : repentir de David : le coeur brisé
1Tim 1,12-17 : Paul bénéficiaire et ministre de la miséricorde de Dieu
Lc 15,1-32 : les trois paraboles de la miséricorde


Homélie
Loué soit Jésus Christ !
Frères et sœurs, nous voilà au cœur de l’Évangile de Luc, avec ce qu'on appelle « les trois paraboles de la miséricorde » du chapitre XV. Nous avons l'impression de les connaître par cœur, surtout la troisième, celle du « Fils prodigue » que nous entendons fréquemment pour nous aider à faire pénitence. J'aimerais aujourd'hui que nous nous attardions sur les deux premières, dans un premier temps, puis que nous nous essayions de comprendre quelle est la mission de l’Église et comment annoncer la Miséricorde de Dieu aujourd'hui.

1°/ Les deux premières paraboles : le secret du cœur de Dieu
Jésus sait que l'homme, depuis le péché originel, a une tendance psychologique à se focaliser sur son péché. La parabole dite « du Fils prodigue » met le projecteur sur la psychologie du pécheur. C'est sans doute pour cela que Jésus l'introduit par deux histoires qui tournent nos regards vers le cœur du Père. La parabole de la brebis perdue, cherchée et retrouvée et celle de la pièce d'argent perdue, cherchée et retrouvée nous mettent du point de vue de Dieu. Par bien des côtés, ces deux paraboles se ressemblent entre elles. Elles nous révèlent le cœur de Dieu. Ces deux paraboles appellent plusieurs observations :
1° observation : Dieu cherche LE pécheur. Il s'intéresse à UNE brebis plutôt qu'à cent, à UNE pièce plutôt qu'à dix. Il ME cherche, MOI. Ce qui le guide n'est pas la loi du nombre et des statistiques, des rendements, mais un regard personnel sur chacun. En ces temps de rentrée scolaire, politique, fiscale, les media nous poussent sans cesse à regarder le monde et à l'analyser avec des chiffres et des rendements. C'est bien. Nous sommes appelés à avoir un regard critique, intelligent et éclairé sur les réalités politiques et sociales de ce monde. Mais quand il s'agit de l'amour, de la miséricorde, du pardon de Dieu, du salut éternel, il convient de changer de regard, de convertir notre regard. Le regard de Dieu sur le monde n'est pas un regard de chef d'entreprise ou de politique, mais un regard de Père qui voit chacun comme unique. Il désire entrer dans une relation personnelle et c'est cela qui prime. Dieu est riche ; comme un berger qui a cent brebis ; comme une femme qui a dix pièces d'argent. Mais Dieu a un cœur de pauvre. Un cœur qui tient à nous comme s'il n'avait que nous. Pour lui, comme pour un pauvre berger, une brebis, c'est tout. Pour lui, comme pour une pauvre femme, une pièce, c'est tout. Pour Notre Père, chacun de nous est important plus que l'humanité entière.
2° observation : pour retrouver la brebis perdue, le berger met en œuvre des moyens. Pour retrouver la pièce égarée, la maîtresse de maison s'active. En Dieu, la miséricorde n'est pas qu'un sentiment vaguement stérile. Elle passe à l'acte ; elle cherche ; elle se bouge ; elle s'active ; elle quitte son confort pour aller au désert ; elle allume une lampe (celle de la Parole de Dieu ?) ; elle cherche avec soin. Elle balaye dans les recoins. La miséricorde est une tâche. L'amour est actif. Dieu agit dans le monde, par sa Parole, par ses sacrements, par son Église, par chacun de nous.
3° observation : la joie ! Dans les deux paraboles, Jésus insiste sur la joie de celui qui a retrouvé ce qu'il avait perdu. Dieu se réjouit du pécheur retrouvé. Jésus se réjouit lorsqu'il mange avec les publicains et les pécheurs.
3bis° observation : cette joie, comme l'inquiétude de tout à l'heure, n'est pas qu'un vague sentiment. Elle se communique ; c'est un impératif : « Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue » ; « Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la pièce d'argent que j'avais perdu ». C'est peut-être ce qui devrait nous surprendre le plus dans ces deux paraboles. La joie de la miséricorde n'est pas seulement celle de Dieu et du pécheur sauvé, mais elle est destinée à être partagée, répandue à tous les amis de Dieu, à toute l’Église et au monde entier. On ne peut pas garder pour soi une telle joie, quand on l'a éprouvée. Ça n'est pas une joie destinée à rester dans la sphère privée mais à se communiquer à tous. Même aux musulmans, même aux païens, même aux francs-maçons et à ceux qui disent la refuser. Annoncer la joie de la Miséricorde, c'est le cœur de la mission de l’Église.

2°/ Ministère et Mission dans et par la miséricorde
C'est ce qu'a bien compris Saint Paul : « Voilà une parole sûre et qui mérite d'être accueillie sans réserve : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier je suis pécheur ». L'expérience de la miséricorde qu'a faite Paul sur le chemin de Damas est le moteur de sa formidable vie apostolique. Si nous voulons donc entrer dans notre vocation de baptisés confirmés appelés à être apôtres, il est urgent de faire et de refaire l'expérience de la miséricorde.
Cette expérience se fait dans la prière qui peut être un combat, comme pour Moïse qui comprend dans son intercession en haut du Sinaï que Dieu n'est pas un Dieu qui punit mais un Dieu fidèle à ses promesses, capable de pardonner l'abominable idolâtrie de son peuple.
Cette expérience de la miséricorde se fait éminemment dans le sacrement de conversion, en se confessant. « En effet, le sacrement de la réconciliation avec Dieu apporte une véritable "résurrection spirituelle", une restitution de la dignité et des biens de la vie des enfants de Dieu dont le plus précieux est l'amitié de Dieu » (CEC). C'est dans ce sacrement que l'on fait comme le roi David l'expérience d'une re-création de notre être par Dieu : « crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle est raffermis au fond de moi mon esprit ». Ce sacrement, nous le savons bien, ''est suivi de la paix et de la tranquillité de la conscience, qu'accompagne une forte consolation spirituelle". Jamais Dieu ne repousse un cœur brisé et broyé. C'est au contraire le sacrifice qui lui plaît.
Alors, dans le sacrifice de cette Eucharistie, nous allons être conduits au pied de la Croix, où le Christ s'offre lui-même pour les pécheurs. Par notre communion, nous pouvons participer à ce sacrifice. Pour être véridique, le sacrifice extérieur doit être l'expression du sacrifice spirituel intérieur : "Mon sacrifice, c'est un esprit brisé …". En ce jour où nous faisons mémoire de notre Dame des Douleurs qui se tient debout au pied de la croix, demandons par son intercession : « fais qu'en mon cœur brûle un grand feu, pour mieux aimer le Christ mon Dieu, et que je puisse lui plaire » (Stabat mater).
Loué soit Jésus Christ !

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