Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
 
Document Actions

Homélie pour l'institution a l'acolytat de Philippe UGUEN.

23 juin 2013

Prononcée par le Père Georges COLOMB, en la Chapelle de l’Épiphanie, le 21 juin 2013.

Homélie pour l’institution à l’acolytat de Philippe Uguen le 21 juin 2013
Chapelle des Missions Etrangères de Paris
(2 CO 11, 18.21b-30 Ps 33 Matt 6,19-23)

 

Cher Philippe, chers confrères, chers amis,

Dans les lectures de ce jour,
Notons l’humilité de l’apôtre Paul qui met son orgueil dans ses faiblesses après avoir énuméré toutes les raisons pour lesquelles, plus que d’autres, il pourrait tirer une certaine fierté de l’expérience de son ministère : « ils sont ministres du Christ, je le suis plus qu’eux ».

Cher Philippe, toi qui vas recevoir le ministère d’acolyte, tu aurais sans doute bien des raisons d’être fier, mais comme l’apôtre Paul, à sa suite, tu es invité à mettre ton orgueil dans les signes de ta faiblesse, non pour t’y complaire, mais afin que la puissance du Christ habite en toi et agisse par toi.

L’apôtre nous donne une belle leçon de sagesse à tous et surtout à nous qui sommes ministres ordonnés, ministres institués ou qui sommes sur le point de le devenir car il ne faut pas se le cacher, la vie pastorale, la vie en communauté dans nos maisons, dans les séminaires sont source d’une vie fraternelle très riche, très belle, tout à fait évangélique mais les ministres du Seigneur ne sont pas à l’abri de l’orgueil et de la jalousie (formes d’orgueil car nous avons tendance à vouloir faire mieux, à nous comparer, à nous noter).

Dans l’une de ses homélies matinales, le Pape François, après avoir lancé un appel aux « chrétiens de salon » s’adresse aux « chrétiens qui commèrent », qui s’immiscent dans la vie des autres. Le Pape souligne deux manières de procéder :
- se comparer toujours aux autres,
- répandre des commérages (qui vont bon train dans de nombreuses communautés, y compris les séminaires).

Le Pape donne l’exemple de la petite Thérèse qui « dans son enfance eut la curiosité de comprendre pourquoi Jésus ne semblait pas juste : à un il donnait beaucoup, et à l’autre bien peu. Elle posa la question à sa sœur aînée qui prit un dé à coudre et un verre. Elle les remplit d'eau et demanda à la petite Thérèse : Dis-moi, Thérèse, quel est le plus plein des deux, le verre ou le dé ? Mais tous les deux sont pleins, répondit Thérèse ! Sa sœur lui répondit : « Et Jésus est comme cela avec nous : cela ne l'intéresse pas de savoir si tu es grand ou petit. Ce qui l'intéresse c’est si tu es plein de l’amour de Jésus et de la grâce de Jésus ! ». C’est ainsi que Jésus fait avec nous. Lorsque l’on fait des comparaisons, on termine dans l’amertume et l’envie, c’est le souhait du diable. Quand on (commère), quand on médit, c’est l’esprit de Caïn qui s’empare de nous : cela consiste à tuer son frère avec sa langue. Nous devenons des chrétiens aux bonnes manières et aux mauvaises habitudes !

Le propos de Paul, (Cf. la 1ère lecture samedi 22 juin) est le suivant : ce qui donne au chrétien l’estime de soi-même et l’assurance qui lui permet de tenir dans les épreuves, ce n’est pas sa propre force, mais c’est celle de Jésus, qu’il ne peut accueillir en lui que s’il n’est pas encombré intérieurement par l’illusion orgueilleuse de sa propre force, qu’il s’imagine ne devoir qu’à lui et suffire à la réalisation de sa propre mission/construction. La faiblesse n’est pas directement un sujet de gloire et elle n’a pas de valeur en elle-même, elle peut être éprouvée de manière aussi narcissique que le sentiment de puissance, mais si le chrétien la vit comme une écharde anti-orgueil et surtout en fait l’occasion de se remettre totalement à la puissance du Christ, alors elle devient paradoxalement un fondement sur lequel il peut s’appuyer et qui lui permet de relever la tête. Faisons nôtre cette invitation de l’apôtre Paul en en comprenant bien le sens : « C’est dans les signes de ma faiblesse que je mettrai mon orgueil » !

Quant à l’évangile que nous venons de lire, il nous incite au discernement sur l’orientation de notre vie, sur nos choix, qu’est-ce qui a de la valeur pour nous, qu’est-ce qui compte ? C’est une page magnifique qui est à l’origine de conversions radicales, de changements de vie et, n’ayons pas peur des mots, de belles vocations sacerdotales et missionnaires.

Jésus nous donne deux images, celle du trésor et celle de l’œil. Il nous dit : « Faites-vous des trésors dans le ciel … là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » et « La Lampe du corps, c’est l’œil »

Que voyons-nous, que ressentons-nous ? Notre lampe est-elle bonne ? On dit bien souvent : « nous n’emporterons pas nos économies, notre fortune dans notre tombe ! » La sagesse populaire reformule ainsi ce que la sagesse chrétienne nous dit dans l’évangile de ce jour. Sommes-nous lumineux ? « Si ton œil est clair, ton corps tout entier sera dans la lumière » nous dit Jésus. Notre œil est-il bon ?
L’enseignement de Jésus dans cette péricope concerne la manière de regarder, comme ailleurs la manière d’entendre ses paroles, ce qui obscurcit notre regard, ce qui nous aveugle même, ce qui attire notre regard, lequel n’est jamais passif, mais toujours sélectif, et conditionné par les valeurs qui nous motivent, c’est ce que Jésus dit lorsqu’il affirme « là où est ton trésor , là aussi sera ton cœur ». Le regard de Jésus que nous découvrons tout au long de l’évangile nous révèle la manière de voir de Dieu et nous apprend à voir comme lui. Nous sommes des disciples aveugles auxquels Jésus rend la vue, nous avons besoin d’être guéris, d’être rééduqués !

Dans la société d’aujourd’hui, plus que jamais nous avons besoin de la clairvoyance de notre jugement, de la clarté de notre regard, de la finesse de notre intelligence afin que notre vie soit unifiée, afin qu’elle soit cohérente car nous chrétiens, soyons-en certains, nous sommes observés et nous sommes plus que jamais des témoins du Christ, de l’évangile. Alors ne donnons pas de contre témoignage faisons-nous des trésors dans le ciel, que notre cœur batte pour le Seigneur, pour son Eglise, pour tous nos frères.

Philippe, tu vas être institué pour le service de la prière communautaire et de l’eucharistie, en «prenant part à un titre particulier au ministère de l’Eglise, en s’attachant à ce que les fidèles soient formés à la prière et participent de façon active et consciente, à la célébration commune du Dieu vivant, en aidant les prêtres et les diacres à donner la communion aux fidèles, y compris aux malades » (Cf. rituel). Cette institution te donnera la charge permanente d’un service qui peut être confié de manière occasionnelle par un prêtre à tout baptisé. La différence ne porte pas sur le faire, mais l’institution confère une responsabilité permanente qui doit s’accompagner par un approfondissement spirituel et par un développement de la charité dans le service de l’Eglise. C’est pourquoi les candidats au ministère ordonné reçoivent d’abord les ministères institués.)

Voilà, cher Philippe, la beauté de ce ministère d’acolyte !

Cette dernière étape avant l’ordination diaconale, si Dieu le veut, est pleine de sens, ce n’est pas une routine, c’est à la fois une reconnaissance par l’Eglise d’un long, parfois difficile, mais d’un beau chemin parcouru à la suite du Christ dans l’amour de l’Eglise qui se traduit par l’obéissance et c’est la promesse d’une marche à la suite du Christ vers des horizons nouveaux.

Bonne continuation, cher Philippe, que le Seigneur te comble de bénédictions, qu’il fasse grandir les talents qu’il t’a donnés pour sa plus grande gloire, pour la mission auprès de nos frères en Asie auxquels tu annonceras l’évangile et qui t’évangéliseront également, tous à l’écoute de l’Esprit Saint, qui est le vrai « protagoniste de la Mission ».

 

 

<< Go back to list