Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
 
Document Actions

Interview de S.E. Monseigneur Savio Hon Tai Fai, Secrétaire de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples

23 septembre 2013

A l'occasion de son passage aux Missions Etrangères de Paris, S.E. Monseigneur Savio Hon Tai Fai a accepté de répondre à nos questions sur Radio Notre Dame.
Voici le texte de cette interview.

1 – Bonjour Mgr, vous êtes secrétaire de la congrégation pour l'évangélisation des peuples: Quelles sont vos fonctions ? Vos responsabilités ?

C’est une bonne question puisque je continue moi-même à apprendre quelle est ma mission ! Mais de manière générale, je peux vous dire que je travaille dans une équipe, une très grande équipe. Au dessus de moi, il y a le préfet qui supervise le tout et je suis son médiateur direct, son assistant, le n°2 en quelque sorte. Nous travaillons ensemble, ainsi qu’avec le n°3 le secrétaire adjoint, et enfin le sous-secrétaire.

Bien sûr, chacun a son propre rôle, ses propres compétences comme le prévoit le livret du dicastère, donc de mon côté je suis principalement en charge du personnel, de la bonne organisation du dicastère puisque l’essence même de notre congrégation est de coordonner toutes les activités pastorales et ecclésiastiques des diocèses dans les terres de mission. Nous avons ainsi plus de 1100 diocèses sous notre responsabilité, principalement en Asie et en Afrique. Donc nous avons des liens avec eux, et pour cette coordination nous avons besoin d’une congrégation ! Beaucoup de personnes travaillent au dicastère, et j’essaie de faire attention aux aspects « ressources humaines », je fais en sorte que le personnel suive les grandes directives et orientations. Nous avons notamment un agenda qui récapitule le programme pour toute l’année ; voilà pour la partie exécutive de mon travail.

Et bien sûr, de temps en temps, nous nous devons de réfléchir, de faire le point sur tout ce travail, nous organisons des tables rondes avec l’ensemble des personnes en responsabilité.

Et enfin, de manière hebdomadaire, je reçois les personnes venant des terres de mission, que ces personnes soient des évêques, des prêtres ou encore des laïcs engagés dans l’Eglise. Je me dois à cet égard de m’intéresser de près à la formation des prêtres de différents continents, particulièrement dans les séminaires interdiocésains : pour faire simple quel programme suivent-ils, quelle est leur activité pastorale dans ces diocèses…

Par ailleurs, j’essaie d’aider les diocèses en difficulté : j’encourage, je propose, je fais référence à des diocèses modèles. Voilà grosso modo mon travail, toujours dans l’optique de la coordination entre le Saint-Siège et les diocèses locaux.


2- Quelle est brièvement l'histoire de ce dicastère?

Encore une fois, c’est une bonne question, et pour y répondre nous devons retourner aux origines du christianisme ! Après sa Résurrection et avant son Ascension dans le Ciel, le Christ a demandé aux apôtres d’aller par toutes les nations, de faire des disciples, de prêcher la bonne nouvelle et de baptiser ceux qui croient. C’est donc le premier précepte : allez et enseignez. Bien sûr, au cours de l’histoire, l’Eglise a fait cela. Mais au XVII° siècle plus particulièrement, il y a eu davantage de missionnaires envoyés en Asie et dans d’autres parties du monde. Il fallait donc une certaine organisation, une certaine coordination. C’est pourquoi le Pape Grégoire XV a créé cette congrégation en 1622. Il y avait en réalité eu 4 tentatives antérieures mais aucune d’entre elles n’avait fonctionné très longtemps. Grégoire XV, qui a été élu à l’âge de 67 ans et n’était pas en bonne santé, savait que son pontificat ne serait pas long, il a alors décidé de focaliser tout son énergie, tout son argent et également d’impliquer toutes les ressources humaines, notamment des cardinaux, dans le dicastère. C’est ainsi que le 6 janvier 1622, en la solennité de l’épiphanie, la congrégation vit le jour. De tous les temps, nous avons toujours suivi ce précepte du Christ: « Allez de par le monde, enseignez et prêcher l’Evangile ». Ainsi, nous aidons les missionnaires de trois manières :

- premièrement, pour avoir de bons missionnaires, il faut les former ici et là. Les missionnaires ont principalement été envoyés d’Europe, les missions étrangères de Paris font bien entendu principalement partie de cette dynamique puisqu’elles ont été créées dans ce but !

- la deuxième chose consiste à demander aux églises locales d’être plus ouvertes aux cultures locales et de fonder leur clergé local ;

- et la troisième chose, bien sûr, c’est le souci pastoral. L’Eglise est comme une petite communauté qui se doit d’être proche des gens qui sont en quelque sorte le chemin sur vers lequel l’Eglise choisit d’avancer.

Voilà pour l’essentiel, sans oublier naturellement qu’au cours de l’histoire et notamment dans ses débuts, le dicastère était concerné par la communion avec les églises orientales, notamment l’orthodoxie. Puis durant la Réforme, le dicastère s’est intéressé aux personnes élevées dans le catholicisme romain qui avaient fait le choix d’une autre confession. Mais depuis le Concile Vatican II, les choses ont changé : l’interreligieux, ou encore la vie religieuse par exemple ont fait l’objet de conseils pontificaux ou de nouveaux dicastères créés spécialement dans ce but, et on peut donc dire que la congrégation pour l’évangélisation des peuples a aujourd’hui un volume de travail moindre, ce qui nous permet d’être plus concentrés sur la coordination entre le Saint Siège et les diocèses locaux, en ce qui concerne notamment le choix et la formation des candidats à la prêtrise ou encore l’activité pastorale des diocèses.


3- Quels sont les pays du monde où les chrétiens sont persécutés, où l’Eglise manque de libertés, est contrôlée/surveillée ?

Le concept de persécution aujourd’hui a complètement changé. Dans les temps plus anciens, quand on parlait de persécutions, on entendait vraiment l’usage de la force.

Mais de nos jours, la persécution c’est davantage le fait de rendre impossible aux chrétiens de rester là où ils sont. Je sais qu’à certains endroits il y a des mouvements très puissants, de très fortes influences d’un certain type de fondamentalisme. Ces mouvements créent une situation dans laquelle les chrétiens locaux ont du mal à vivre et ressentent le besoin d’émigrer ou de d’exiler.

J’inclurais dans une forme de persécution, pas seulement la persécution des temps anciens, mais aussi les endroits du monde dans lesquels la liberté religieuse n’est pas donnée de manière suffisante aux peuples, notamment pour pratiquer leur religion comme ils l’entendent.

Ce que je dis est très global, car d’un continent, d’un pays, d’une région à l’autre, les contextes n’ont rien à voir, que ce soit en Afrique, au Moyen Orient, ou en Asie du Sud-Est. Mais voilà globalement les formes que prennent les persécutions auxquelles nous devons faire face.


4- Que pouvons-nous faire, nous chrétiens européens, qui vivons dans des pays libres ?

Quand vous utilisez l’expression « pays libres », j’aime me référer aux écrits de Benoît XVI qui disent que la liberté n’est pas seulement l’état dans lequel on peut choisir ce que l’on veut. Nous, humains, nous sommes créés par Dieu. Certes, la liberté nous est donnée de dire oui ou non, même à Dieu, cela est vrai. Mais la liberté doit avoir un sens, une certaine perspective : si l’on veut être plus humain, nous devons être plus près de Dieu. Donc, quand vous parlez de « pays libres », je vois ici en Europe que beaucoup de pays ont été bercés dans la culture chrétienne mais ont une certaine tendance, au nom de la laïcité étatique, de mettre Dieu à la porte et parfois de déchristianiser les traditions et les valeurs, à commencer par le droit à la vie dès les premiers moments de l’existence humaine, je pense à l’avortement, mais aussi aux droits et devoirs de la famille : nous ne voulons pas voir les familles divisées, ce n’est pas la volonté de Dieu. Donc, il y a une certaine tendance en Europe, au nom de la liberté, qui consiste presque à forcer les personnes à s’éloigner de Dieu. Cela ne peut pas être bon !

Donc, quand vous demandez ce qui peut être fait, le pape Benoît disait : « Nous nous devons, en tant qu’Eglise, d’annoncer Dieu ». Et le pape actuel, François, dit lui aussi la même chose lorsqu’il déclare que Dieu est tellement miséricordieux, qu’être avec Celui qui nous aime tant revient à s’élever et donc à être plus humain. Nous nous devons donc d’insister sur une liberté non dépourvue de toute valeur fondamentale comme la vie humaine, la dignité humaine : nous sommes libres, bien sûr, mais nous sommes libres pour quelque chose, et à mon sens, ce quelque chose, c’est annoncer Dieu, un Dieu miséricordieux.

 


5- Quelle est la situation aujourd'hui de l’Eglise en Chine ?

C’est une question à laquelle il est difficile de répondre en quelques mots !

Le christianisme est arrivé en Chine dès le VIII° siècle, il y a ensuite eu de nouvelles vagues au XIII° siècle et au XVI° siècle avec Matteo Ricci. Avec cette troisième arrivée, le christianisme était plutôt bien établi. Et grâce au travail d’évangélisation par les missionnaires et le clergé local, différentes communautés se sont développées. Aujourd’hui nous avons 146 circonscriptions ecclésiastiques, nous avons plus de 130 évêques, environ 7000 religieuses et 3500 prêtres. Il y a 15 ans, nous avions 2000 séminaristes, mais actuellement le nombre de vocations baisse, et les séminaristes sont un peu moins de 1700.

Je voudrais vous dire que l’Eglise de Chine est aussi authentique que les autres églises, même si elle a de grandes difficultés pour maintenir une certaine unité du fait de raisons politiques. En réalité, deux extrêmes s’opposent : d’un côté les « pro-gouvernements », qui oublient l’importance d’un communion réelle et visible avec le Pape ; et de l’autre côté, des papistes, bien sûr c’est une bonne chose d’être papiste, mais ils devraient penser à être davantage ouverts à leurs frères qui se sentent un peu moins proches du pape. Et bien sûr, au milieu de ces deux extrêmes, il y a un large panel de différentes communautés.

Donc ce que je peux vous dire, en résumé, c’est que l’Eglise en Chine est aussi authentique que d’autres églises dans d’autres parties du monde ; mais qu’elle souffre de divisions pour des raisons politiques.


6- Avez-vous des nouvelles de l’Eglise en Corée du nord ?

Non, nous n’avons pas beaucoup de nouvelles de l’Eglise en Corée du Nord. Les dernières que j’ai eues remontent à ma rencontre avec un prêtre sud-coréen qui a pu se rendre en Corée du Nord et a même la chance d’y célébrer une messe une fois par an pour les soi-disant catholiques. Mais en réalité, il ne saurait dire si les participants sont réellement catholiques puisqu’il n’a pas de contact direct avec eux : il se rend là-bas, dit la messe et repart. A ma connaissance, la communauté catholique est très réduite et nous n’avons pas, au moment où je vous parle, de données exactes sur l’Eglise là-bas.


Mot de la fin : Je voudrais remercier Radio Notre Dame et tous ses auditeurs, et leur demander de prier avant tout pour la Mission du Christ et de son Eglise : prêcher la bonne nouvelle à toutes les nations. Je demande également aux personnes qui nous écoutent de prier pour les églises locales qui éprouvent des difficultés voire des persécutions comme je vous le disais : il y a des situations difficiles pour les chrétiens qui doivent parfois quitter leurs terres à cause de leur foi. Enfin, je vous demande de prier pour l’Eglise en Chine, pour les pays comme la Corée du Nord, dans l’espoir que la situation politique deviendra plus favorable pour les chrétiens locaux. Je pense que nos frères et sœurs catholiques ont le droit à une authentique liberté religieuse, le droit d’être en pleine communion de manière visible avec le Saint Père, c’est pourquoi je vous demande de prier pour eux.

 


 

<< Go back to list