Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
 
Document Actions

Laurent GATINOIS, un nouveau prêtre MEP

2 juillet 2012

Texte des homélies de la messe d'ordination et de la Première Messe du Père Laurent Gatinois.

Homélie du Cardinal André Vingt-Trois, samedi 30 juin 2012 pour les
ordinations sacerdotales en la cathédrale Notre-Dame


Lectures : Ac 12, 1-11 ; Ps 33, 2-9 ; Tm 4, 6-8.16-18 ; Mt 16, 13-25 

Louis, Paul-Marie, Nicodème, Laurent, Étienne, Grégoire, Arnaud, Nicolas, Jérémy, Édouard, Emmanuel, et Tanneguy,

Chers amis,

Vous voici appelés à devenir prêtres dans notre Église. C’est le Corps tout entier de l’Église qui vous a portés jusqu’à ce jour et qui vous entoure aujourd’hui par notre magnifique assemblée, symbole de notre Église diocésaine et de l’Église universelle. Le diocèse de Paris rend grâce à Dieu pour les dix prêtres qui vont y être envoyés en mission. Il rend grâce avec les Missions Étrangères de Paris et les Augustins de
l’Assomption. Le presbyterium parisien et les prêtres qui s’y joignent pour ce jour, les évêques qui m’entourent et particulièrement Monseigneur Ventura, le nonce apostolique, que nous remercions de sa présence, tous sont heureux de vous accueillir.


Oui, l’Église vous a portés avec patience et fermeté tout au long de votre vie. Elle vous a accompagnés à travers l’amour et les soins de vos familles que je salue et que je remercie en notre nom à tous. L’Église vous a soutenus par ses éducateurs et ses mouvements de jeunes, elle vous a permis de rencontrer le Christ, maître et Seigneur de nos vies. Elle vous a transmis l’appel du Seigneur à différents moments de votre cheminement, en particulier par des prêtres qui ont été pour vous des
signes du ministère apostolique et des frères aînés dans la découverte de votre propre appel. C’est à travers cette vie de l’Église que, peu à peu, vous avez entendu l’appel à suivre le Christ et à accepter la mission qu’il confie à ceux qu’il envoie. C’est encore l’Église qui, à travers les formateurs et les communautés de vos séminaires, vous a portés durant ces années où vous vous êtes préparés à devenir prêtres.

De tout cela, nous voulons rendre grâce et remercier le Seigneur qui n’abandonne pas ceux qui se confient en lui. Aujourd’hui comme hier, Il continue à appeler pour maintenir et déployer le ministère apostolique dans les temps que nous vivons. Mais en France comme dans d’autres pays occidentaux, nous sommes confrontés à une épreuve : le petit nombre de ceux qui répondent à cet appel. Avec courage, notre Église se mobilise pour faire face à la situation que nous connaissons. Elle s’efforce de comprendre à quoi l’appelle le Seigneur par cette réduction du nombre des
prêtres. Et elle se dépense pour être fidèle à sa mission en toute circonstance.

Devant ces changements, beaucoup de chrétiens semblent ne pas mesurer le risque de cet affaissement du nombre des prêtres. Ils imaginent qu’il y a toujours une solution qui viendra d’ailleurs, pourvu que l’Église soit à leur service. Mais ils ne comprennent pas, pas encore, pas assez, que l’accomplissement de ce service repose sur l’appel de leurs propres enfants à devenir les principaux acteurs de la mission de l’Église. Aujourd’hui je voudrais leur dire solennellement qu’ils se trompent s’ils imaginent que leurs fils auront une vie forcément plus belle s’ils se
lancent dans la course à la réussite sociale, que s’ils se donnent tout entier à l’annonce de l’Évangile. C’est un mauvais calcul que de mettre ses forces et ses attentes dans des schémas d’avenir dont chaque jour nous montre la fragilité et même la précarité.

La générosité et l’engagement des laïcs dans la mission de l’Église dynamisent beaucoup de nos paroisses et de nos mouvements, mais ils ne se substituent pas à la mission irremplaçable des prêtres, au contraire. Dans combien de lieux du diocèse aujourd’hui suis-je obligé de voir diminuer les possibilités d’action et de mission faute de pouvoir y nommer un prêtre ! Dans combien de quartiers l’arrivée d’un prêtre dynamique et motivé redonne confiance à tous, suscite l’ardeur des chrétiens et relance la mission ! Dans les années qui viennent un grand nombre des plus anciens de nos prêtres seront arrivés au bout de leurs forces ! Qui viendra
reprendre leur mission ? Comment l’Église pourra-t-elle nourrir et développer l’action des laïcs si les sacrements les plus nécessaires à la vie chrétienne ne sont plus célébrés que de manière épisodique et aléatoire ? Non, nous ne prenons pas notre parti de la situation présente. Nous savons que Dieu appelle des jeunes généreux, -nous en avons de nombreux témoignages-, et nous devons nous interroger sur le soutien indispensable qu’ils doivent recevoir de leurs proches et de leur environnement.

Frères et Sœurs, je peux vous dire ces paroles exigeantes aujourd’hui parce que l’ordination des ces douze jeunes hommes atteste que ce que je vous dis correspond à la réalité. Les prêtres qui sont ordonnés aujourd’hui ont entendu l’appel de Dieu parce qu’autour d’eux beaucoup s’en sont fait le relais, parce que cette vocation était justement valorisée, parce qu’ils se sont sentis soutenus et encouragés. Je puis
vous dire ces paroles parce que je sais bien d’ailleurs que vous portez vous aussi ces questions et que notre Église est assez forte et vivante pour les entendre et les prendre au sérieux. Je vous les dis parce qu’elles m’habitent constamment et remplissent ma prière devant le Seigneur. Je vous les dis parce que j’ai la responsabilité de mettre en œuvre tous les moyens possibles pour répondre aux besoins de nos communautés.

C’est pour répondre à ces besoins que, depuis des décennies, le diocèse de Paris donne la priorité aux investissements nécessaires à la formation des prêtres et des laïcs, comme en témoigne la croissance du Collège des Bernardins. Chaque année nous engageons des prêtres dans les études pour développer ces moyens de formation en poursuivant leur qualification universitaire. C’est aussi pour répondre à ces besoins que la Fraternité des Prêtres pour la Ville a permis, dans les huit diocèses d’Île-de-France, la fondation d’équipes de prêtres au service de projets de mission dans nos diocèses, et que la prochaine année verra la fondation d’une nouvelle équipe à Boulogne dans le diocèse de Nanterre. C’est pour répondre à ces besoins que des prêtres de Paris partent chaque année au service de la mission universelle, tout comme le font depuis 450 ans les prêtres des Missions Étrangères de Paris.

En ce jour, il est utile de redessiner quelques contours du ministère sacerdotal, pour lequel je vous ordonne, et qui est si nécessaire à la vie de notre Église. Ce serait une erreur de comprendre et de juger le ministère des prêtres à partir des modèles dont nous avons l’expérience courante. En effet, il ne se réduit à aucun des rôles ni aucun des modèles de l’action sociale.

Pour nous aider à approfondir ce qu’il a de particulier, je vous propose simplement de revenir à la scène du passage de l’évangile dont nous venons d’entendre la proclamation, justement appelée la confession de foi de Césarée. Le dialogue qu’elle nous rapporte entre Jésus et ses disciples nous montre deux dimensions constitutives de la relation de ceux-ci avec leur Maître : la foi en lui et la disponibilité à le suivre jusqu’au bout. Les opinions qui courent au sujet de Jésus reflétaient la diversité, pour ne pas dire l’éclatement, des regards portés sur le Christ. Mais au lieu d’entraîner ses disciples dans un débat sur ces diverses opinions, Jésus leur pose la question radicale qui ne fait pas appel à des opinions parmi d’autres, mais qui les appelle à formuler leur acte de foi. C’est ce
qu’ils font par la bouche de Pierre quand il dit à Jésus : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16). Cette profession de foi est interprétée par Jésus, non comme le fruit des réflexions des apôtres, mais comme un don de Dieu. Pierre, en confessant que Jésus est le Messie, accueille en lui la vérité de Dieu. D’ailleurs, à l’instant suivant, il se montrera incapable de comprendre par lui-même ce que Jésus leur annonce de sa Passion. Jésus lui dira : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. » (Mt 16, 23).

Au moment où s’approche l’heure décisive de sa mission, Jésus sollicite de ceux qui le suivent un acte de foi en sa divinité et une disponibilité à prendre sa croix, c’est-à-dire, à perdre sa vie. Nous pressentons qu’il y a un lien direct entre l’attachement radical à la personne de Jésus et l’acceptation des épreuves que comporte le chemin du Messie. D’une certaine façon, « ceux qui veulent marcher à sa suite » (Mt 16, 24), comme il dit, sont appelés à prendre le même chemin que lui et à manifester ainsi leur confiance en sa parole. Cette confiance, cette foi, c’est le socle de tout notre ministère. Nous ne marchons vraiment à sa suite que si nous vivons de cette foi en lui, si nous la nourrissons, la fortifions et la développons, par une relation privilégiée avec lui dans le cœur à cœur de la prière et dans l’offrande totale de notre vie. C’est dans cette union toujours plus fidèle à lui, que nous comprenons ainsi que les modalités des engagements que nous prenons - célibat, pauvreté, obéissance - ne sont pas des conditions accessoires par rapport au ministère, mais
une part essentielle de notre engagement au service de la mission.

Ce don total de notre vie s’accomplit dans la consécration du cœur, qui engage beaucoup plus profondément que les apparences d’un statut. Ce don total est le fondement de la mission que nous recevons, mission dont les contours ont été clairement rappelés par le Concile Vatican II : enseigner, sanctifier et gouverner. Il faudrait commenter chacun de ces points, mais, faute de temps, je voudrais plutôt insister sur notre manière d’exercer ces trois charges.

En effet, ni notre consécration personnelle, ni les trois charges définies par le concile ne suffisent à définir exactement les tâches précises et concrètes à travers lesquelles elles se réalisent. Ces tâches sont nécessairement contingentes. Elles dépendent toujours de la situation de notre Église en un temps et en un lieu donnés, comme des missions confiées par l’évêque. Ainsi, le Saint Curé d’Ars, patron des prêtres du monde, est certainement un modèle. Mais encore faut-il que nous comprenions bien en quoi il est un modèle. Il l’est pour ses vertus chrétiennes et sacerdotales, son abandon complet à la Providence, son abnégation dans l’exercice de sa charge, sa générosité dans les contraintes physiques et spirituelles… En cela nous devons l’imiter, ou du moins essayer ! Mais nous ne serons jamais un curé de campagne du XIXe siècle, ni même un curé de ville du XIXe siècle. Les tâches auxquelles nous devons faire face sont incomparables. Et plus encore, j’ajouterai que vous ne serez assurément pas vicaire ou curé comme pouvaient l’être les prêtres ordonnés il y a
cinquante ou soixante ans. La situation dans laquelle nous sommes n’est plus la même.

Mais ce qui demeure inchangé, c’est notre mission fondamentale d’enseigner, sanctifier et gouverner à la manière du Christ. Pour y parvenir nous devons bien sûr nous inscrire dans le flux historique de ceux qui nous ont précédé, recueillir leur expérience, nous inspirer de leur exemple. Aujourd’hui, ils vous entourent de manière visible et je suis heureux de leur rendre hommage, en particulier à ceux qui célèbrent le jubilé de leur ordination : 10 ans, 25 ans, 50 ans, 60 ans et 65 ans de
sacerdoce. À sa manière et selon ses talents, chacun d’entre eux, a accompli les missions confiées. Mais surtout, tous ensembles, ils nous ont montré qu’une vie donnée tout entière à la suite du Christ permet à un homme de trouver sa pleine dimension. Qu’ils en soient remerciés, ceux qui ont ici et ceux que l’âge ou la maladie ont empêché de venir.

Cher amis, à votre tour vous reprenez le flambeau pour être attentifs à la réalité présente et y apporter la lumière et la force de Dieu par l’annonce de l’Évangile, la célébration des sacrements et la présidence de la charité. À votre tour, vous êtes appelés à montrer, par la radicalité de votre vie, la radicalité du don de Dieu pour les hommes.

En terminant, je voudrais m’adresser aux nombreux jeunes de notre assemblée, et spécialement aux 400 servants d’autel qui ont répondu à mon invitation. J’espère que cette célébration les remplit de joie et certainement aussi d’admiration ! Mais nous ne sommes pas là pour nous dire que ces douze prêtres sont magnifiques, tellement magnifiques que personne ne pourrait rêver de les suivre et de prendre leur place. Alors, je vous le dis, magnifiques ils le sont comme les centaines de prêtres qui m’entourent, comme les séminaristes qui se préparent à devenir prêtre et
qui nous attendent dans le Chœur de la cathédrale, et comme les quinze jeunes qui entreront au mois de septembre prochain au Séminaire pour le diocèse de Paris. Mais les prêtres et les séminaristes ne sont pas des objets à admirer dans une vitrine. Nous sommes des maillons d’une chaîne qui s’étire depuis le dialogue de Pierre avec Jésus et se continue aujourd’hui. Les prochains maillons sont parmi vous. Je ne sais pas qui ils sont. Peut-être eux-mêmes ne le savent-ils pas encore. Je ne vous demande donc pas de vous engager aujourd’hui sur un chemin inconnu. Ce que je vous demande, c’est de développer votre vie de prière et votre dialogue
avec Jésus, d’écouter ses questions et d’y répondre avec générosité et confiance. Si vous le faites, je suis sûr que dans quelques années d’ici certains d’entre vous auront accepté de se mettre à la suite du Christ et qu’ils deviendront les prêtres du Seigneur pour le bonheur du monde.

Pour vous y encourager, je voudrais vous lire quelques lignes d’une lettre de saint François-Xavier qui peut nous aider à réfléchir : « Dans ce pays, quantité de gens ne sont pas chrétiens, uniquement parce qu’il n’y a personne aujourd’hui pour en faire des chrétiens. J’ai très souvent eu l’idée de parcourir toutes les universités d’Europe, et d’abord celle de Paris, pour hurler partout d’une manière folle et pousser ceux qui ont plus de doctrine que de charité… De même qu’ils se consacrent aux belles-lettres, s’ils pouvaient seulement se consacrer aussi à cet apostolat, afin de pouvoir rendre compte à Dieu de leur doctrine et des talents qui leur ont été confiés !

Beaucoup d’entre eux, bouleversés par cette pensée, aidés par la méditation des choses divines, s’entraineraient à écouter ce que le Seigneur dit en eux et, en rejetant leurs ambitions et leurs affaires humaines, ils se soumettraient tout entiers, définitivement à la volonté… de Dieu. Oui, ils crieraient du fond du cœur : Seigneur, me voici : que veux-tu que je fasse ? Envoie-moi n’importe où tu voudras, même jusque dans les Indes. »

Frères et Sœurs, que chacun dans son cœur puisse dire : Parle, Seigneur, ton serviteur écoute !

Cardinal André Vingt-Trois, Archevêque de Paris

 

Homélie de la première Messe du père Laurent Gatinois – 1er juillet 2012

 

Lectures : Livre de la sagesse 1,13-15 ; 2,23-24 – Psaume 29 - 2 Corinthiens 8, 7.9.13-15 - Saint Marc 5, 21-43

Homélie prononcée par le supérieur général dans la chapelle des Missions Etrangères de Paris.

 

Le peuple juif et ses Saintes Ecritures occupent dans la Bible chrétienne une place d'extrême importance. En effet, les Saintes Écritures du peuple juif constituent une partie essentielle de la Bible chrétienne et sont présentes de multiple façons dans l'autre partie. Sans l'Ancien Testament, le Nouveau Testament serait un livre indéchiffrable, une plante privée de ses racines et destinée à se dessécher. » Ces propos du Pape Benoît XVI nous rappellent à juste titre l’importance de l’Ancien Testament dans la compréhension de notre foi, alors quelle lecture pouvons-nous faire de cet extrait du livre de la Sagesse que nous venons de lire ?

Dieu a crée l’homme pour une existence impérissable », nous dit l’auteur du livre de la sagesse. Cette affirmation est une invitation à la réflexion sur un thème qui nous est cher à tous, que nous soyons chrétiens ou que nous ne le soyons pas ! Quelle est l’espérance qui nous habite ? Nous avons tous de nombreuses espérances ou plutôt de nombreux espoirs.

Espérances petites et grandes qui varient selon les âges :
- un grand amour qui nous comble lorsque nous sommes adolescents
- une certaine position sociale, une belle carrière professionnelle lorsque nous sommes plus grands
- la réussite de tous ceux qui nous sont chers
- une bonne santé, etc.

Toutefois lorsque ces espérances se réalisent, nous ne sommes pas pleinement satisfaits, nous cherchons toujours plus. Nous cherchons l’infini dans l’espérance qui nous habite et cette quête a pris des formes variées dans l’histoire des hommes :
- le positivisme, le scientisme
- l’espoir des lendemains qui chantent, le grand soir
- le changement qui fait rêver

Une politique plus ou moins scientifiquement fondée a semblé réalisable. L’homme contemporain semble vouloir oublier l’espérance du règne de Dieu sauf dans les périodes de catastrophe naturelle ou de drame national lorsqu’il s’aperçoit que l’espérance qui substitue au règne de Dieu, le règne de l’homme conduit à la catastrophe, au totalitarisme. L’échec des idéologies criminelles du XXème siècle nous le rappelle. Nous le savions déjà, mais nous l’avions oublié « Qui veut faire l’ange, fait la bête !

L’espérance de l’homme ne peut pas être une espérance collective, elle est forcément personnelle, sinon la liberté, le libre arbitre, la réflexion personnelle en sont exclus ! Même s’il est bon d’améliorer, de réformer la société, voire de la changer dans certains cas, les projets économiques, politiques, sociaux et tous les rêves qu’ils peuvent faire naître ne sauraient constituer l’espérance de l’homme. Il y a donc les petites espérances et la grande Espérance : Dieu qui nous permet d’atteindre ce que seuls, nous ne pouvons pas atteindre, Dieu est la base de l’espérance humaine parce qu’il donne la vie, parce qu’il est ressuscité notre Dieu, le Dieu qui nous a donné son Fils Jésus, qui a un visage humain, vrai Dieu et vrai homme, parce qu’il est amour, l’amour vrai, l’amour pur, l’amour gratuit, parce que au delà de la gratuité , tout est grâce !

L’espérance chrétienne se nourrit d’une éthique de vie qui repose sur l’expérience que nous avons de l’amour de Dieu. Saint-Paul dans la Lettre aux Corinthiens nous trace un chemin, il nous dit : « Frères, puisque vous avez reçu largement tous les dons…. que votre geste de générosité soit large, lui aussi. ». Nous le comprenons bien, la morale qui nous sert de repère dans la vie, la morale qui nous vient de la Parole de Dieu, de l’enseignement de l’Eglise n’est pas normative, ce n’est pas une loi, un décret, un arrêté dont le contenu varie selon les majorités parlementaires, selon les gouvernements. Cette morale, c’est bien mieux qu’un texte codifié appelé à dire demain le contraire de ce qu’il affirme aujourd’hui comme étant la vérité. Cette morale est le fruit de l’expérience personnelle et de l’expérience communautaire de l’amour de Dieu que nous avons ! Le fondement des conseils de l’apôtre Paul, c’est l’expérience vécue dans le Christ et dans l’Esprit ! Si nous n’oublions pas l’amour de Dieu, si nous sommes capables de pardonner, si nous pouvons faire preuve de miséricorde, c’est parce que nous avons fait l’expérience du pardon, de l’amour, de la miséricorde de Dieu. Nous pourrions même dire que nous chrétiens, nous n’avons pas besoin de leçon de morale de la part de nos gouvernants et que si la Société était chrétienne, vraiment habitée par l’évangile, nous pourrions vivre sans loi, mais cela est bien sûr excessif, le chrétien doit se soumettre aux lois à condition que celles-ci soient inspirées par l’évangile et dans certains cas, il a un droit d’objection !

Une question demeure toutefois et nous ne pouvons pas l’éluder : avons-nous tous fait l’expérience de la générosité de Dieu dont parle Saint-Paul ? Sommes nous des chrétiens habités par l’Esprit-saint qui vivent leur foi ou bien sommes – nous des chrétiens sociologiques ? N’ayons pas peur du « quand dira-t-on ? », ayons l’audace de rechercher dans notre vie personnelle à chacun d’entre nous la présence de Dieu, de son amour, de son pardon, de sa miséricorde, qui passent par des médiations et nous comprendrons le sens de l’éthique chrétienne, nous verrons la beauté de Dieu, la beauté de l’homme quand il aime, quand il se donne, quand il pardonne et n’ayons pas peur de mettre à mal tous les tabous de notre société individualiste, égoïste, hédoniste !
Il nous faut faire l’effort de retrouver dans l’évangile les racines de l’enseignement moral de l’Eglise pour comprendre cet enseignement. Alors, nous ne serons plus victimes des slogans qui caricaturent l’enseignement éthique de l’Eglise, alors nous n’aurons pas peur d’être seuls si nous sommes vrais, car l’homme qui hurle avec les loups ne se grandit pas ! Alors nous mesurerons et apprécierons la générosité du Seigneur « lui qui est riche est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riche par sa pauvreté » comme nous le rappelle la lecture que nous venons de faire.


L’évangile de ce jour nous rapporte la maladie d’un enfant et celle de l’hémorroïsse. La mort, cette mort dont le livre de la Sagesse nous dit que Dieu ne l’a pas faite, s’impose à nous. Ce récit de Saint - Marc très concret, détaillé nous fait toucher du doigt cette triste réalité. Que nous demande Jésus ? Il nous demande la foi, car sans la foi nous sommes incapables de comprendre ces miracles qui nous invitent à constater la guérison de la femme et la résurrection de la fille de Jaïre. Face à la tristesse de la mort, la Parole de Vie de Jésus l’emporte. Nous sommes ressuscités en Christ et en lui, nous sommes invités à donner la vie par nos paroles. C’est la beauté du sacerdoce, Cher Laurent, par la prédication, par l’exemple d’une vie cohérente et unifiée, par la méditation de la Parole de Dieu, par la célébration des sacrements, tu porteras l’Espérance là où le désarroi l’emporte, la vie là où les forces de mort sont à l’œuvre, la foi partout où le doute destructeur envahit le cœur de l’homme. Tu auras aussi à cœur de vivre l’évangile dans sa radicalité, d’être solidaire de ceux dont les droits sont bafoués. Nous pensons au manque de liberté, à la situation difficile de nos frères chrétiens dans certains pays. Tu annonceras le Christ en répondant aux exigences de l'inculturation, de manière que les valeurs spécifiques du peuple auquel tu es envoyé ne soient pas reniées, mais au contraire purifiées et portées à leur plénitude. Tu peux compter sur le soutien fraternel de tes confrères des Missions Etrangères et sur celui de la belle Eglise du Vietnam dont la vitalité et le courage font notre fierté. Tu seras à même de rendre au centuple tout ce que la Société des Missions Etrangères, ta famille, tes éducateurs, tes maîtres t’ont permis de recevoir jusqu’à aujourd’hui. Bonne route, toi qui es prêtre pour l’éternité !


Père Georges Colomb,

Supérieur Général des Missions Etrangères de Paris

 

<< Go back to list