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LE DESTIN ETONNANT ET ACTUEL DE 2 FIGURES MISSIONNAIRES

7 juin 2011

Le 11 avril 2011, lors de leur session de printemps, les aspirants MEP ont consacré une journée à la découverte de l’étonnante aventure missionnaire des PP. Krick et Bourry, assassinés à la frontière tibétaine en 1854, dont le dossier de béatification est actuellement en cours d’instruction à Rome.

 « Les Pères Krick et Bourry, missionnaires catholiques des Missions étrangères de Paris, furent les premiers hérauts de la foi chrétienne en Arunachal Pradesh. Ils se dirigeaient vers le Tibet, leur lieu de mission, en février 1854. Arrivés au village de Somme, dans le district de Lohit, sur le territoire de Kaisha, un chef de tribu mishmi, ils rencontrèrent de l’opposition et finalement subirent le martyre dans le courant de la même année ».

C’est sur ces mots que s’ouvre le site internet du diocèse de Miao, érigé en 2005 dans l’état indien d’Arunachal Pradesh par séparation d’avec le diocèse de Dibrughar en Assam. Ce tout jeune diocèse, qui compte 75 000 catholique sur 450 000 habitants (soit 1 6,6% de la population totale ), a pour évêque un salésien indien de 57 ans, George Palliparambil, qui fut dans les années 1990 le premier missionnaire autorisé à séjourner officiellement en Arunachal Pradesh. Dans ce territoire situé à l’extrémité ouest de l’Himalaya, coincé entre la Birmanie et le Tibet et totalement replié sur lui-même où de lois anti-conversion furent sévèrement appliquées pendant des années, les adhésions au catholicisme se sont multipliées de façon spectaculaire depuis 1979 date du premier baptême, celui d’un jeune chef tribal nommé Wanglat Lowangcha par un autre missionnaire salésien, Thomas Menamparampil, aujourd’hui archevêque de Guwahati.

Or ces deux missionnaires indiens, loin d’imputer l’étonnante croissance de cette jeune église à l’action de leur congrégation salésienne qui effectue un remarquable travail d’éducation dans cette région depuis 1921, en attribue le mérite à deux missionnaires français qui n’ont fait que traverser le territoire, et sont morts sans effectuer la moindre conversion. Et dès son entrée en fonction, en 2006, Mgr Palliparambil a entrepris des démarches en vue de leur béatification.

Cette reconnaissance posthume de la fécondité spirituelle de deux missionnaires dont la carrière se solda à vue humaine par un échec absolu mais qui obéirent, jusqu’à la mort, au mandat qui leur avait été confié, nous renvoie à une profonde méditation sur ce que le pape Paul VI appelait « les racines souterraines de l’ordre de la grâce ». Elle peut permettre aussi de nouer des liens prometteurs entre cette jeune église au dynamisme époustouflant et la maison-mère des deux missionnaires, le séminaire de la rue du bac, ainsi qu’avec leurs diocèses d’origine, Poitiers pour le P. Bourry et Nancy/Metz pour le P. Krick.

vol 1451 (31-e) krick.jpgA l’issue de sa récente visite ad limina à Rome, Mgr Palliparambil a tenu à se rendre en France et en particulier à Lixheim, village natal du P. Krick, où une petite équipe de laïcs a entrepris de relayer en Lorraine la campagne de prière pour la béatification qu’il a lui-même lancée dans son diocèse. Il a aussi séjourné durant trois jours rue du Bac, et a pu donner les dernières nouvelles de son diocèse.

Après des années d’apostolat plus ou moins « sauvage », les structures ecclésiastiques s’y mettent en place avec un nombre croissant de prêtres et de religieuses, l’ouverture d’un séminaire et l’érection à Miao d’une cathédrale dédiée au « Christ lumière du monde ». Mais l’action des laïcs reste toujours déterminante dans la croissance de la communauté chrétienne grâce à un système de formation très performant. Constatant la curiosité, l’intelligence et la créativité des jeunes tribaux longtemps isolés du reste du monde, l’évêque, qui a été directeur d’un collège en Assam, multiplie les créations d’école où les jeunes peuvent recevoir un enseignement général et accéder ainsi à l’élite d’une société en plein développement, tout en ayant l’opportunité de découvrir la foi chrétienne. Ceux qui y adhèrent deviennent à leur tour des évangélisateurs qui apportent à leur pays des capacités de développement à la fois social, économique et spirituel.

Mais ce développement doit se faire dans le strict respect des multiples cultures locales auxquelles la population reste très attachée. Pour Mgr Palliparambil, le christianisme ne doit rien enlever, il doit apporter un plus. Ainsi l’Eglise ne se contente pas d’améliorer le système sanitaire par la création de centres de soins et de projets d’assainissement. Elle s’engage aussi dans la lutte pour la protection d’un environnement encore vierge mais menacé par les ravages de l’industrialisation au fur et à mesure que le pays s’ouvre sur l’extérieur. Sans trop s’attarder sur des subtilités dogmatiques ou théologiques trop étrangères à la sensibilité des populations locales, Mgr Palliparambil et son clergé mènent une pastorale pragmatique et féconde, animée par un zèle enthousiaste, réaliste et réconfortant.

 

 

A consulter :

Françoise FAUCONNET-BUZELIN, Les porteurs l’espérance, la mission du Tibet-Sud, Le cerf, 1999.

Chrétiens de l’Himalaya, un film de Laurent PORTES et Thomas RICH, Zoulou Compagnie, Kto, France 3, 2006.
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