Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
 
Document Actions

Lettre du père Bertrand de Bourran, missionnaire à Madagascar

28 janvier 2013

Chers parents, Chers amis.
Comme vous n’avez pas eu de nouvelles de Madagascar par l’actualité, vous pourriez en déduire que la vie est apparemment calme en politique et à Tsarahasina où je me trouve depuis deux ans.

Au niveau politique, le calme est réel mais cependant il semble qu’il y ait un léger frémissement pour enfin, après beaucoup de tergiversations de toutes sortes, commencer à envisager des élections qui résoudront le problème politique qui perdure depuis 2009. Le gouvernement de transition est bien installé et de ce fait les bailleurs de fonds ne se pressent pas. Tous les projets sont en dormance. Reprendront-ils de l’activité ? Cela est moins sûr avec la crise en Occident. L’Asie, et plus particulièrement la Chine, ont pris la place pour vendre les produits à bas prix et même pour racheter des usines : sucreries et usine de coton…L’économie vivote et les quelques touristes qui viennent parcourir Madagascar ne suffisent pas à la relancer, malgré leur enchantement qui est réel dans le Sud comme dans le Nord.

L’Eglise de Madagascar a vécu un moment historique cette année avec la canonisation à Rome le 21 octobre du Père Jacques Berthieu, jésuite français mort martyr en 1896 à Ambiatibe, à l’ouest de la capitale. Une grande célébration a été organisée à la même date sur le lieu du martyre. Avec d’autres prêtres MEP et beaucoup de prêtres malgaches, j’ai eu la chance de pouvoir y participer. Ce fut un moment fort de l’Eglise malgache pour découvrir le chemin parcouru depuis cette époque en restant confiant dans l’avenir.
Dans le diocèse, le 18 octobre nous avons eu l’ouverture de la nouvelle mission du Pont-Sofia, sur le secteur de Mandritsara. Des prêtres lazaristes malgaches devraient venir en 2013 prendre en charge cette mission.
Sur la mission de Tsarahasina le calme n’est qu’apparent. Comme vous l’imaginez, et ceux qui sont passés ici cette année l’ont vécu, commencer une nouvelle mission sous un tel climat ne se fait pas sans beaucoup de transpiration.

Au niveau pastoral : cela avance lentement. La mission est petite avec 24 églises en brousse et la plus éloignée à 7 h de marche seulement. Je peux les visiter deux fois par an et revenir plus souvent dans les centres. Les communautés sont très petites et très fragiles. Les chrétiens sont une infime minorité, moins de 2% sur le diocèse. La religion traditionnelle est très forte et une certaine indifférence aux croyances commence à poindre. Annoncer l’Amour du Christ dans un tel environnement se fait à petits pas à la vitesse locale.

Aider son prochain sans rien attendre en retour cela questionne les gens car ce n’est pas habituel ici. Nous avons à les aider à se poser les bonnes questions et le Seigneur fait le reste.
Au niveau des chantiers, l’activité redouble sous la responsabilité du volontaire Antoine, ingénieur en bâtiment. Il est soutenu par sa femme Julie qui enseigne le français à l’école. Il travaille en
étroite collaboration avec Mr Ladin qui encadre les maçons et les manoeuvres. Il y a souvent plus de 20 personnes qui travaillent sur les chantiers, plus la menuiserie de la mission qui fabrique les portes, les volets, les tables-bancs pour l’école, plus les casseurs de cailloux, les ouvriers qui chargent et déchargent le camion qui transporte les pierres et le sable, et les terrassiers. Les chantiers font vivre beaucoup de monde. Entre l’école et les chantiers, la mission est le premier employeur du secteur.

Le centre de formation est quasiment terminé. La maison des soeurs est aussi achevée, elle a été bénie par l’évêque le 24 juin. Le premier bâtiment de l’école, avec 6 salles de classes plus deux bureaux, est enfin terminé. Grâce à mon neveu Jean-Baptiste et Florian, nous avons pu installer deux panneaux solaires et deux batteries, et ainsi toutes les classes sont éclairées pour l’étude du soir. Grâce aux efforts des maçons, des volontaires, et de toutes les personnes et groupes de France qui nous ont aidés avec des petits moyens, nous avons pu réaliser une belle école. Les parents et les élèves sont fiers de leur école.
Nous avons entrepris la construction du collège avec 8 salles de classes ; les fondations sont terminées et l’élévation est bien commencée. J’espère qu’il sera fini en septembre prochain mais notre principal frein c’est l’argent.

Les quatre religieuses et les deux stagiaires font un travail formidable pour encadrer les professeurs, animer l’école et les différentes formations.

Cette année, nous comptons 604 élèves de la maternelle à la 5ème en 13 classes avec 18 professeurs. Nous avons ouvert une classe de 6ème spéciale pour les élèves qui ont eu l’examen en fin de CM2 mais qui n’ont pas le niveau pour entrer en 6ème. Nous leur donnons ainsi une chance de pouvoir poursuivre des études.
Cela est organisé au centre car en brousse nous avons 3 écoles avec déjà deux années scolaires et cette année, nous avons ouvert une nouvelle école dans un village en pleine expansion au bord de la route goudronnée. Dans deux écoles de brousse, les parents ont déjà porté les pierres jusqu’au lieu du chantier. Les charrettes tirées par les boeufs et, dans un village les pirogues, ont été utilisées pour le transport. A partir de septembre 2013, on devrait commencer à construire 3 salles de classes dans deux villages.
Ici nous pensons qu’en formant les enfants et les jeunes par l’école et les mouvements, nous pouvons aider les gens à se mettre debout et à se prendre en main.

En brousse, nous avons agrandi une église en ciment et construit une autre église qui est presque terminée.
Je gère aussi une école agricole à Port-Bergé. Elle a beaucoup de mal à démarrer car les jeunes veulent tous devenir fonctionnaires et quitter leur village !!!

Au niveau du diocèse, j’ai pu réorganiser l’économat pour y consacrer moins de temps. La soirée du dimanche et la matinée du lundi me suffisent pour ce travail.

Je m’occupe aussi des volontaires MEP sur Madagascar. Plus de 10 sont actuellement en poste, pour une durée de 6 mois à 1 an. Il s’agit d’une doctoresse, une infirmière, un chef de chantier, une architecte, un artiste, un comptable et des enseignants de français. Certains se sont retrouvés ici à Tsarahasina pour Noël. Le 26 décembre, le Père Adolphe, vicaire épiscopal, est venu bénir la nouvelle cloche offerte par la famille d’Héloïse Charruau. Sa soeur Laure était là pour représenter la famille, un grand merci pour ce geste si beau.
Vous l’avez compris, l’installation de la mission de Tsarahasina se poursuit, des chantiers dans les différents lieux avancent mais le principal frein reste les finances. Toute aide financière est la bienvenue, vous pouvez visiter les différents sites internet et obtenir des informations sur le fonds de dotation : « Ecoles de Madagascar ».

Un grand merci à toutes les personnes qui nous ont aidés, sans vous je n'aurais rien pu réaliser ici. Un grand merci aussi à tous ceux qui nous ont visités. Comment mieux comprendre la vie d'un missionnaire sinon en passant quelques jours dans une mission de brousse ?

Cette année de juillet à décembre, j'ai accueilli ici le P. Guillaume MEP français qui était en formation. Son séjour à Tsarahasina fut parfois rude pour lui mais aussi très enrichissant. Nous espérons recevoir ainsi beaucoup de prêtres MEP pour oeuvre à Madagascar.

Cette année, j’ai découvert les ravages énormes du microcrédit sur une population non formée : ventes de terres, de maisons, de boeufs, pour rembourser les prêts et même séparation des familles dans l’impossibilité de rembourser !

La formation est le secret de l’humanisation de l’homme. Mais il faut grandir sur les deux jambes : la jambe des études et la jambe de la foi, sinon tout est bancal. En cette année de la foi, temps pour approfondir notre propre foi, temps pour nous former à mieux connaître le Christ et l’Eglise, sachons-nous arrêter dans nos activités pour nous tourner vers le Christ lui qui nous appelle à vivre d’un Amour vrai.
Je rentre en France de début mai à début août. J’espère que je pourrai rencontrer certains d’entre vous.
Je devrais organiser une soirée de présentation de la mission sur Lyon, Paris, Blois, la région d’Angers et dans les Landes…

Centre de formation Agricole
 

 


Ecole de Tsarahasina

 


Ecoles de Madagascar par Reportageshumanitaires

<< Go back to list