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Lettre du supérieur général des MEP, Georges Colomb

7 janvier 2013

Chers confrères, chers amis, au seuil de l’année nouvelle, n’hésitons pas à avancer pour que 2013 soit une année de service du Seigneur et de son Église, une année remplie d’affection et d’amitié ! L’élan que le Seigneur a donné à notre société MEP en 2012 est un encouragement !

L’élan de 2012


En mai, six jeunes confrères étaient envoyés en mission pour les groupes MEP de l’Inde, du Japon et de Malaisie-Singapour.
En juin et septembre, le cardinal André Vingt-Trois ordonnait, à la cathédrale Notre-Dame, un prêtre destiné au groupe du Cambodge, puis cinq diacres pour les groupes missionnaires de Chine, Corée et Thaïlande. Nous avons renoué
des liens missionnaires avec des pays où nous avons été absents pendant plusieurs décennies, nous sommes aujourd’hui présents dans tous les pays du sud-est asiatique.185 volontaires MEP sont partis en mission au cours de l’année écoulée.
À la rentrée de septembre, la Société comptait 27 séminaristes et le foyer vocationnel Saint Théophane Vénard accueillait 5 jeunes. Une centaine de prêtres diocésains venant d’Asie et de l’océan Indien sont en formation dans différents établissements en lien avec notre institut, dont une bonne soixantaine sont accueillis dans notre maison de la rue du Bac.
Nous avons aussi nos « misères », une pyramide des âges qui est alarmante, de nombreux services à assumer pour répondre présent à l’appel du Seigneur et des forces qu’il faut renouveler.
En attendant, chacun fait un effort pour maintenir le cap vers la mission en Asie ! Nous croyons que le Seigneur exaucera notre prière et nous enverra les ouvriers dont nous avons besoin, car c’est pour son Église que nous vivons. N’est-elle pas faite pour la Mission ?

L’exposition consacrée aux « Missions du Toit du Monde » a été inaugurée le 29 septembre par S.E. le Cardinal Fernando Filoni, préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples en présence de S.E. Monseigneur Luigi Ventura, nonce apostolique en France et le Cardinal André Vingt-Trois est venu nous honorer de sa présence le lendemain. Cette exposition permet de découvrir un siècle de présence MEP dans les Himalayas. Des conférences mensuelles sur le thème de la mission et sur son contexte dans cette partie du monde sont prévues jusqu’à la fin de l’année universitaire. Cet élan, que nous recevons comme une grâce et que ces chiffres rapidement exposés caractérisent, ne doit pas nous faire oublier l’essentiel. La célébration des 50 ans du concile nous y oblige.


Vatican II et ses fruits en Asie

Le 11 octobre 1962, dans l’impressionnante procession de tous les évêques venus du monde entier, un certain nombre appartenaient à notre Société et, cette année, Mgr Yves Ramousse (vicaire apostolique émérite de Phnom-Penh) les représentait tous auprès du Saint-père. En Asie, nous sommes les témoins privilégiés de l’empreinte durable que le concile a laissée dans les Églises locales que nous servons. Ces nombreux souvenirs sont pour nous l’invitation « à entrer plus avant dans le mouvement spirituel qui a caractérisé Vatican II, pour se l’approprier et lui donner tout son sens » – et le Pape Benoît XVI soulignait que « ce sens fut et demeure la foi en Christ, la foi apostolique, animée par l’élan intérieur qui pousse à annoncer le Christ à chaque homme et à tous les hommes pendant le pèlerinage de l’Église sur les chemins de l’histoire ». C’est d’ailleurs pour cette raison que le Saint-père décida d’ouvrir le 11 octobre dernier une année consacrée de façon privilégiée à la foi au Christ – cœur de toute la réflexion conciliaire – afin qu’en ce temps de grâce spirituelle que le Seigneur nous offre, nous fassions mémoire du don précieux de la foi. Même si 2012 fut une bonne année pour nous, nous ne pouvons oublier que notre cheminement de chrétien reste ainsi que le définit le Pape « un pèlerinage dans les déserts du monde contemporain, au cours duquel il nous faut emporter seulement ce qui est essentiel : ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent... ».(Benoît XVI, Homélie pour l’ouverture de l’Année de la Foi, 11 octobre 2012).

Pour les plus anciens d’entre nous, le concile a été résumé dans le mot fameux du bienheureux Jean XXIII: «aggiornamento » qui selon lui signifiait que « la foi devait parler d’une manière “renouvelée”, plus incisive – parce que le monde était en train de changer rapidement – en conservant intacts toutefois ses contenus éternels, sans céder ni faire de compromis ». Le Pape Benoît XVI à son tour commente : Le christianisme ne doit pas être considéré comme quelque chose du passé, et il ne doit pas être vécu le regard fixé en permanence en arrière, parce que Jésus Christ est hier, aujourd’hui et pour l’éternité (cf. He 13, 8) 1.

Le christianisme est marqué par la présence du Dieu éternel qui est entré dans le temps et qui est présent à chaque époque, afin que chaque époque jaillisse de sa puissance créatrice, de son éternel « aujourd’hui ». C’est pour cela que le christianisme est toujours nouveau. Nous ne devons jamais le voir comme un arbre pleinement développé à partir du grain de sénevé évangélique, qui a grandi, a donné ses fruits, et un beau jour vieillit et dont l’énergie vitale arrive à son crépuscule. Le christianisme est un arbre qui est, pour ainsi dire, dans une aurore éternelle, qui est toujours jeune. Et cette actualité, cet « aggiornamento », ne signifie pas rupture avec la tradition, mais en exprime la vitalité permanente; elle ne signifie pas réduire la foi, en la réduisant à la mode des époques, à l’aune de ce qui nous plaît, à ce qui plaît à l’opinion publique, mais c’est le contraire : exactement comme l’ont fait les pères conciliaires, nous devons amener « l’aujourd’hui » que nous vivons à l’aune de l’événement chrétien, nous devons amener « l’aujourd’hui » de notre temps dans « l’aujourd’hui » de Dieu (Benoît XVI, Discours lors de la rencontre avec les évêques ayant participé au concile Vatican II, 12 octobre 2012). Un tel aggiornamento n’est jamais achevé et il est la tâche de chaque génération.
Nous autres missionnaires, nous en faisons l’expérience quotidiennement quand nous tentons de transmettre la foi et la beauté de l’Évangile aux peuples d’Asie auxquels nous sommes envoyés. Or, ce que nous vivons dans la missio ad gentes et ad extra, « c’est-à-dire l’annonce de l’Évangile à ceux qui ne connaissent pas encore Jésus Christ et son message de salut », c’est ce que la nouvelle évangélisation est appelée à vivre – elle qui est « orientée principalement
vers les personnes qui, tout en étant baptisées, se sont éloignées de l’Église, et vivent sans se référer à la pratique chrétienne » ou même vers ceux qui n’ont jamais entendu parler du Christ dans un Occident devenu lui-même « terre de première mission » selon le Cardinal André Vingt-Trois.

Il était bien logique que le récent synode sur « la nouvelle évangélisation pourla transmission de la foi chrétienne » prit place lors du cinquantenaire de l’ouverture du concile et au début de l’Année de la Foi. En tant que missionnaires en Asie, représentés aussi dans cette importante assemblée ecclésiale par notre confrère Mgr Olivier Schmitthaeusler, vicaire apostolique de Phnom Penh, nous avons suivi avec beaucoup d’attention toute cette réflexion dont nous nous sentons solidaires non seulement parce que pour la plupart d’entre nous, elle a trait aux pays où nous sommes nés, mais aussi parce qu’elle nous stimule dans chacune de nos missions par sa volonté de permettre une nouvelle rencontre avec le Seigneur.

Le synode s’est adressé aux Églises d’Asie : « à vous aussi chrétiens d’Asie, nous voulons offrir un message d’encouragement et d’exhortation. Vous êtes une petite minorité dans le continent qui recueille en lui pratiquement les deux tiers de la population mondiale. Votre présence est une semence féconde, confiée à la puissance de l’Esprit Saint, semence qui grandit dans le dialogue avec les différentes cultures, avec les antiques religions, avec les pauvres innombrables. Même si elle est souvent marginalisée dans la société, et même persécutée en certains endroits, l’Église d’Asie, avec sa foi ferme, est une présence précieuse de l’Évangile du Christ qui annonce justice, vie et harmonie. Chrétiens d’Asie, puissiez-vous ressentir la fraternelle proximité des chrétiens des autres pays du monde, lesquels ne peuvent oublier que Jésus est né, a vécu, est mort et ressuscité sur ce continent, en Terre Sainte ! » ( Synode pour la nouvelle évangélisation, “Message du Peuple de Dieu”).

La traversée du désert

Comment oublier ces pays d’Asie immensément peuplés et pourtant désertiques où le nom de Dieu n’est pas connu, son amour si peu partagé?: « Une vie, un monde sans Dieu, explique le Pape ; au temps du concile, on pouvait déjà le percevoir à travers certaines pages tragiques de l’histoire, mais aujourd’hui nous le voyons malheureusement tous les jours autour de nous. C’est le vide qui s’est propagé ».  L’Asie n’échappe pas à ce constat. Quelques jours auparavant, lors de la première session du synode, il affirmait que « la grande souffrance de l’homme est justement celle-ci: derrière le silence de l’univers, derrière les nuages de l’histoire, y a-t-il ou n’y a-t-il pas un Dieu ? [...] De nombreuses personnes qui ont besoin d’une nouvelle évangélisation, c’est-à-dire d’une nouvelle rencontre avec Jésus, le Christ, le Fils de Dieu, qui peut ouvrir de nouveau leurs yeux et leur enseigner la route » (Benoît XVI, Homélie lors de la clôture du synode sur la nouvelle évangélisation, 28 octobre 2012).

Nous pouvons trouver ce texte pessimiste, mais lequel d’entre nous peut nier que ce désert décrit bien notre monde contemporain? Cette analyse est-elle trop occidentale ? Je ne le pense pas. Il ne faut pas rêver d’un continent asiatique qui serait spirituel alors que le reste du monde serait matérialiste. Nous savons tous que la superficialité de la sécularisation ne connaît pas de frontières et qu’elle ronge les plus vénérables traditions: même si celles-ci continuent d’offrir au regard extérieur un ensemble de rites ancestraux, ceux-ci tournent si souvent à vide dans
la superstition ! Les jeunes en Asie préfèrent les néons artificiels des buildings commerciaux aux fragiles lampes à huile des pagodes ! Et que dire du taux de suicide qui en Corée, au Japon, en Chine n’a rien à envier à celui de l’Europe ou des États-Unis ! Les déserts contemporains, comme ceux redoutés par les peuples de la Bible, sont aussi inhospitaliers que les faubourgs miséreux des mégapoles où viennent s’entasser les immigrés et ils sont peuplés de la même solitude que les centres luxueux de ces mêmes villes. Ce sont dans ces villes que de nombreux missionnaires MEP sont envoyés.

OasIs et puIts

La foi : notre source dans le désert


Il n’y a pas de désert sans oasis, sans puits! Le désert nous invite à la marche vers la fraîcheur d’une source dont nous avons besoin. Les déserts contemporains sont un appel pour les disciples du Christ que nous sommes: « Mais c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre ; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative ». En effet, il n’est pas de désert sans un secret désir de trouver une oasis. Il n’est pas de superficialité qui ne soit pas une mystérieuse nostalgie de véritable profondeur. « Es-tu chrétien ? ». Cette question m’a été posée de nombreuses fois en Chine par des amis, enseignants
ou étudiants insatisfaits, à la recherche d’un sens, d’une direction dans leur vie. Voilà pourquoi ce monde qui est le nôtre, monde en attente, nous invite à rendre témoignage de l’espérance qui est en nous : « dans le désert il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance. La foi vécue ouvre le cœur à la grâce de Dieu qui libère du pessimisme. Aujourd’hui plus que jamais, évangéliser signifie rendre témoignage d’une vie nouvelle, transformée par Dieu, et ainsi indiquer le chemin ». L’espérance chrétienne n’est pas le produit d’un pseudo-optimisme échafaudé pour fuir l’âpre réalité du désert mais elle est, au contraire, la fécondité même de la foi.
 

L’incarnation : le puits où nous devons sans cesse puiser

Cette entrée de Dieu dans les déserts de notre histoire c’est le mystère de Noël que nous venons de célébrer à nouveau. Nous ne cesserons jamais de le contempler et de le méditer. Puissions-nous rendre présent, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Il est celui qui est devenu le puits au cœur de nos déserts, l’oasis recherchée.
Voilà d’ailleurs ici deux autres images magnifiques prises dans les textes du synode. Relisons par exemple le début
du « Message au Peuple de Dieu » des pères synodaux : « Il n’y a pas d’homme ou de femme qui ne se trouve, à un moment de sa vie, comme la femme de Samarie (cf. Jn 4,5-42), près d’un puits avec une cruche vide et l’espérance de trouver la réalisation de l’aspiration la plus profonde du cœur, la seule qui puisse donner sa pleine signification à l’existence. Aujourd’hui, nombreux sont les puits qui s’offrent à la soif de l’homme, mais un discernement est nécessaire afin d’éviter des eaux polluées.  Il est urgent de bien orienter la recherche pour ne pas devenir la proie de désillusions destructrices. Comme Jésus au puits de Sychar, l’Église aussi ressent le devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps, pour rendre présent le Seigneur dans leur vie, afin qu’ils puissent le rencontrer, car lui seul est l’eau qui donne la vie véritable et éternelle ». (Synode pour la nouvelle évangélisation, “Message du Peuple de Dieu”).

Pèlerins dans le désert : notre mission !

Pour que nous puissions devenir de véritables oasis en ce monde, il n’y a pas d’autres appels que de nous laisser renouveler dans notre foi en Jésus, la source d’eau vive. Le synode ne nous a pas offert un nouveau plan pastoral diocésain, il n’a pas inventé une nouvelle méthode ou une nouvelle stratégie de communication, il nous invite simplement à parcourir cet itinéraire dans le désert « en emportant avec nous l’essentiel : la compagnie de Jésus, la vérité de sa parole, le pain eucharistique qui nous nourrit, la fraternité de la communion ecclésiale, l’élan de la charité ».
La place donnée aux paroisses dans cette réflexion des pères synodaux est importante. Elles sont de « vivantes cellules, des lieux qui permettent une rencontre personnelle et communautaire avec le Christ, qui donnent d’accéder aux richesses de la liturgie, qui apportent une formation chrétienne initiale et permanente, qui soient des lieux d’éducation pour les fidèles dans la fraternité et la charité – spécialement envers les plus pauvres ». (Synode pour la nouvelle évangélisation, “Propositions finales”). Pour ceux d’entre nous qui sont au service de paroisses, ces lignes ne pourront pas rester lettre morte. Notre mission est d’aider les communautés que nous servons à croître dans une plus grande expérience spirituelle du Christ et à devenir ainsi les témoins de la beauté d’une vie renouvelée.

Le feu de la charité

(Le Pape nous dit que la foi doit se transformer en feu de la charité: que la vérité devienne charité, c’est ce que vivent les jeunes volontaires envoyés en Asie et dans l’océan Indien).

Pour répondre à la sécularisation, véritable cancer du monde contemporain qui le plonge dans le désenchantement,
le synode, à la suite de Benoît XVI, a appelé l’Église à assumer sereinement son état de « minorité créative ». Pour nous aux Missions Étrangères, une telle acception par l’Église de son humilité rejoint profondément ce que nous vivons en Asie où nous ne sommes qu’une petite minorité dans le continent qui recueille en lui pratiquement les deux tiers de la population mondiale. Néanmoins, il nous faut bien comprendre cette condition de minorité. Elle ne doit nous conduire à aucun repli sur nous, signe de peur ou du relâchement de notre zèle apostolique ! Cette minorité doit être créative et elle doit être aussi ardente comme le disait le bienheureux pape Jean-Paul II. Dans cette ardeur, se trouve une autre image donnée par le Pape, celle du feu. Dans la méditation donnée lors de l’ouverture des travaux du synode, le Pape Benoît XVI parlait de l’évangélisation comme de l’action du feu de la charité qui vient allumer d’autres feux : (...) Le chrétien ne doit pas être tiède. L’Apocalypse nous dit que là est le plus grand danger du chrétien: qu’il ne dise pas non mais un oui très tiède. Cette tiédeur discrédite justement le christianisme... que la vérité devienne en moi charité et la charité enflamme l’autre aussi comme le fait le feu. Seulement dans cette action d’enflammer l’autre à travers le feu de notre charité, croissent réellement l’évangélisation et la présence de l’Évangile, qui n’est plus seulement parole mais réalité vécue (Benoît XVI, Méditation lors de l’ouverture des travaux du synode sur la nouvelle évangélisation, 8 octobre 2012).

Au terme de la procession aux flambeaux qui rappela celle de l’ouverture du concile, le Pape rappelait que « le feu de l’Esprit Saint, le feu du Christ n’est pas un feu qui dévore, ou qui détruit ; c’est un feu silencieux, une petite flamme de bonté et de vérité, qui transforme, qui donne lumière et chaleur ». N’est-ce pas ici une image très belle de ce que sont les communautés chrétiennes en Asie plongées dans des océans d’hindouisme, de bouddhisme, d’islam ou d’incroyance ? N’est-ce pas ce que nous voudrions pour notre vie missionnaire que nous soyons prêtres ou volontaires ? être tout simplement des lampes fragiles qui communiquent la lumière du Christ, pas seulement parole mais humanité partagée ?

Des critères

Pour vérifier la vitalité de notre ardeur missionnaire, le Pape et le synode nous ont donné trois critères qui pourraient s’appliquer à chacune de nos existences chrétiennes et à chacune des communautés ecclésiales répandues à travers le monde. Ce sont la disponibilité au martyre, la contemplation du Mystère, la place donnée au plus pauvre.

Disponibilité au martyre

Notre société a vu 23 de ses enfants portés sur les autels après avoir fait don de leurs jeunes vies. Aujourd’hui, nos frères chrétiens dans le monde et particulièrement en Chine, en Corée du Nord, en Inde, au Pakistan, au Moyen-Orient,
dans d’autres pays, sont persécutés. Aucune Église, aucun chrétien ne peut se soustraire à cette disponibilité à donner sa vie au nom de sa foi si celle-ci emplit et transforme ardemment toute son existence. Le Pape rappelle que la disponibilité à souffrir appartient essentiellement à la confession chrétienne.

La contemplation

Le deuxième critère d’évaluation de notre ardeur chrétienne se trouve dans la contemplation. L’histoire de la transmission de la foi chrétienne en Occident nous rappelle la place des monastères qui dans les heures les plus sombres ont gardé vivante la flamme de l’Évangile et ont transmis l’expérience chrétienne dans toute sa pureté. Aujourd’hui encore, les monastères ne sont-ils pas des oasis où se pressent des chercheurs assoiffés de l’eau véritable ? L’exhortation du futur Cardinal Luis-Antonio Tagle, archevêque de Manille, à ce que « l’Église découvre la force du silence » a trouvé un bel écho dans le Message au Peuple de Dieu des pères synodaux qui invite à un regard d’adoration sur le mystère divin, au silence priant et rend hommage à tous ceux et à toutes celles qui consacrent leur vie à la prière et à la contemplation dans les abbayes.

Pour nous en Asie, une telle invitation ne peut rester lettre morte. Elle nous engage à nous enraciner toujours plus dans la contemplation et à conduire nos frères à un amour renouvelé de la prière en nous souvenant de ce que le bienheureux Jean-Paul II écrivait jadis : « Mes contacts avec des représentants des traditions spirituelles non chrétiennes, particulièrement les traditions asiatiques, m’ont confirmé dans la conviction que l’avenir de la mission dépend d’une grande diffusion de la contemplation. En Asie, siège de grandes religions, où les personnes et des peuples entiers ont soif du divin, l’Église est appelée à être une Église de prière, profondément spirituelle bien qu’elle soit engagée dans des préoccupations humaines et sociales immédiates. Tout chrétien a besoin d’une authentique spiritualité missionnaire de prière et de contemplation. »

La place donnée aux pauvres dans nos vies et nos communautés

C’est le dernier critère pour évaluer notre ardeur chrétienne et missionnaire ! Pauvres des bidonvilles, orphelins, handicapés physiques et mentaux, réfugiés politiques, enfants de la rue, jeunes drogués ou livrés à la prostitution... La crédibilité de notre témoignage est liée au service des plus pauvres, à notre engagement dans la lutte contre les formes de pauvreté et de souffrance sans tomber dans les pièges médiatiques et sans oublier les riches qui ont droit à l’évangile aussi. Comment les Missions Étrangères pourraient-elles rester fidèles au mandat reçu de l’Église si elles ne persévéraient pas dans ce combat ?

Mais il y a encore un niveau plus profond de cet engagement que nous a rappelé le synode : la crédibilité de notre message dépend de la place que nous donnons aux pauvres au cœur même de nos communautés. Cette place
doit être la première. Comment ne pas penser à mes confrères MEP qui accueillent chez eux les laissés pour compte
dans les pays pauvres de l’Asie du Sud-est ou les oubliés de la croissance au Japon, en Corée, à Taïwan... Comment oublier ceux qui visitent les réfugiés birmans dans le camp de Maela en Thaïlande ? Quelle joie aussi d’apprendre
que tel ou tel volontaire de retour d’Asie vit en communauté à Paris avec des gens de la rue en soirée à son retour
d’une journée de travail où il occupe une place importante dans une banque. Nous devons servir les pauvres,
mais nous devons aussi nous mettre à leur école, nous laisser enseigner par leur foi : « Tout ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait », Mt 25, 40.

Chers confrères, séminaristes, volontaires, parents, amis et salariés des Missions Étrangères, en me faisant l’écho
de la richesse de la parole du Saint-père et de la réflexion des pères synodaux, en examinant comment cette parole nourrit notre vie chrétienne, j’ai voulu proposer une nourriture spirituelle pour ce début d’année. Je formule le vœu que la célébration du cinquantenaire du concile Vatican II, le synode sur la nouvelle évangélisation, le lancement de l’Année de la Foi ne soient pas des événements qui appartiennent au passé mais que nous soyons renouvelés dans notre zèle missionnaire, que nous sachions relever les défis inhérents à la situation particulière de notre institut sans oublier l’essentiel : la mission en Asie et la réponse aux appels nouveaux des Églises locales où nous servons.

Tous en Asie, dans l’océan Indien, en France ou ailleurs, nous pouvons dire avec saint Paul : « nous sommes en ambassade pour le Christ » (2 Co5, 20). Que la traversée inévitable du désert au cours de cette année soit parsemée d’oasis où vous irez vous rafraîchir à la Parole de Dieu et où des communautés chrétiennes vous accueilleront.
Pour cette marche, je souhaite une bonne santé à chacun d’entre vous, l’affection dans vos familles, la solidarité
dans les épreuves. Pensons dans notre prière aux êtres chers qui nous ont quittés, restons en communion avec eux et que de nombreux frères puissent se réchauffer au feu de votre charité !
 

Très bonne année 2013 !
 

p. Georges Colomb

 

 

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