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Messe d'envoi de 7 pères MEP - Homélie du Père Gilles Reithinger

2 octobre 2017

1er octobre 2017

Mt 18, 1-5

"Vous n'aurez pas à prolonger le passé, mais à vivre l'Evangile de manière inventive."

1. Nous voici rassemblés pour un événement de la famille des Missions Etrangères de Paris : l'envoi de 7 frères prêtres. Et si nous sommes ici, c'est que nous sommes -d'une manière ou d'une autre- liés à notre famille Mep. Nous manifestons ici, chacun à notre manière, un attachement à la Mission de l'Eglise ici et au-delà de nos frontières.

Nous ne vivons pas un départ "triomphal", nous nous mettons en route, entouré des amis et familles, mais également de nombreux prêtres d'Asie et d'océan Indien.
Mes amis, l'Eglise est universelle : nous l'avons sous nos yeux aujourd'hui ! Soyons dans la joie !

En ce 1er octobre, deux piliers missionnaires vont accompagner notre méditation : Thérèse de Lisieux, patronne des missions et, bien entendu, l'Evangile de ce jour.

2. Tout d'abord, laissons Thérèse nous éclairer.
Sainte Thérèse a pris très au sérieux l’amour de Jésus : elle a tout bâti sur la certitude d’être aimée. C’est ce qu’on appelle sa « petite voie ». Thérèse a trouvé normal que Dieu l’aime malgré sa pauvreté, tout simplement parce que Dieu est amour et qu’Il ne peut aimer à moitié. Et pour Thérèse, cela est merveilleux et exigeant à la fois. La certitude d'être aimé... et nous ?

Sainte Thérèse manifeste l’urgence de l’amour : « l’amour ne se paie que par l’amour » ; « ma vocation c’est l’amour » ; « dans le cœur de l’Eglise, ma mère, je serai l’amour ».
Amour réel et non éphémère, qui se confronte à la réalité de l’existence. Et par amour, elle s’est accrochée à la prière, à la conversion fraternelle.
Autour d’elle, beaucoup ne comprenaient pas… mais Thérèse, parce qu’elle avait tout misé sur l’amour de Dieu, a pu demeurer jusqu’au bout dans l’espérance.

C'est peut-être notre cas aujourd'hui : on ne comprend pas forcément ce qui se vit maintenant, pourquoi ces départs en mission. Alors soyons comme Thérèse : ayons la certitude d'être aimé de Dieu, de tout miser sur l'amour, la prière et la conversion fraternelle.

3. Chers Vincent, Cyrille, Dominique, Francesco, Guillaume, Ludovic et Brice, vous êtes envoyés aujourd'hui vers des Groupes missionnaires de Cambodge, Birmanie, Singapour, Laos et Thaïlande ; plus qu’une affectation dans un pays, c’est en Eglise que vous allez commencer votre itinéraire au-delà de nos frontières, au nom du Christ.
Vous vous mettez en route, car "La mission de l’Église est animée par une spiritualité d’exode continuel. Il s’agit de « sortir de son propre confort et avoir le courage de rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile ». La mission de l’Église stimule une attitude de pèlerinage continuel à travers les différents déserts de la vie, à travers les diverses expériences de faim et de soif de vérité et de justice. La mission de l’Église inspire une expérience d’exil continuel, pour faire percevoir à l’homme assoiffé d’infini, sa condition d’exilé en chemin vers la patrie définitive, tendu entre le « déjà » et le « pas encore » du Royaume des cieux" nous rappelle le Pape François.

Vous êtes envoyés pour proclamer l’Evangile, pas uniquement dans les églises ou pour "maintenir des communautés", vous aurez aussi à en être le signe au milieu des hommes, spécialement auprès de ceux qui l’attendent encore.
Ainsi, vous ne serez pas un missionnaire "de plus" dans un pays donné, vous serez des témoins de l’Evangile avec vos qualités et vos limites : ce sont les richesses de vos personnalités.
C'est ainsi que vous allez vous laisser façonner par le Christ que vous allez rencontrer en vous plongeant dans les cultures d'Orient.

Chers frères, cette mission que vous avez reçue lors de votre ordination diaconale, l’envoi en mission que nous vivons aujourd’hui ne consiste pas à rendre plus grave cet instant, au contraire ! C'est un chemin de Vie qui s'inscrit dans la longue histoire des Missions Etrangères et des Eglises locales.
En arrivant en Extrême-Orient, vous n'aurez pas à prolonger un passé missionnaire par votre présence, vous aurez à vivre l'Evangile en étant inventifs, en étant à l'écoute du Seigneur pour vivre votre mission en accompagnant la modernité.

4. Dans l'Evangile que nous venons d'entendre, pour répondre aux disciples qui l’interrogent, Jésus appela un « petit enfant » pour montrer aux disciples qui espèrent grandir en sainteté ce qu'ils doivent devenir. Dans le Royaume, Jésus est « le plus grand », parce qu’il s’est fait le plus petit et il s’est fait homme, nous ouvrant les chemins de la vie.

Jésus nous montre l'enfant que nous avons à devenir ; celui qui révèle notre identité, car nous sommes tous appelés à devenir les fils bien-aimés du Père. C’est pourquoi il est nécessaire de devenir comme des petits enfants : avoir un cœur libre pour le Seigneur et les personnes qu'Il nous donne de rencontrer.
Cette disposition de cœur est une marche, un apprentissage ; on n’est enfant de Dieu qu’en cherchant à le devenir. On ne le devient qu’en gardant les yeux fixés sur le Christ, notre modèle et notre route.
Il nous faut apprendre à ne rechercher que la joie de notre Père des Cieux. C’est ce qu’on appelle le don de soi. C’est aussi entrer dans la vie divine. La grandeur des fils du royaume est d’être les « héritiers de Dieu », ceux qui reçoivent de lui la capacité de tout donner par amour.
Alors "libres", le cœur unifié, on comprend la grandeur des enfants de Dieu, on découvre ses trésors de simplicité et de grâce.
En partant, il vous fait avoir un cœur libre, comme celui d'un enfant qui fait ses premiers pas, en sachant s'émerveiller mais aussi se laisser accompagner.

5. Votre mission sera d’abord de porter l’Evangile, d’éprouver la joie de porter l’Evangile en priorité aux pauvres : pauvres de cœur et abandonnés par la société. Dans certains pays vous serez confrontés à la pauvreté matérielle, alors que dans d’autres ce sera la pauvreté des cœurs générée par des sociétés pourvues financièrement.
Comme nous y invite le Pape François, vous serez au nom de l’Eglise des oasis d’accueil, de réconfort, de soutien et d’accompagnement. Des témoins de la présence du Christ quel que soit le niveau de vie ; des témoins de la liberté intérieure que vous voulez vivre en vous donnant au Christ et en allant loin.

Vous prendrez des initiatives, de concert avec les Eglises locales qui vous accueillent, sans vous inquiéter des résultats immédiats car l’essentiel est d’avancer, le Christ au cœur de vos vies, portant dans votre âme et votre cœur les personnes que le Seigneur mettra sur votre route.
Nous sommes témoins du Christ, conscients que les graines d’amour de l’Evangile semées ne peuvent que porter du fruit… en leur temps.
La mission de l’Église n’est pas la diffusion d’une idéologie religieuse et pas même la proposition d’une éthique. Par le biais de la mission de l’Église, c’est Jésus-Christ qui continue à évangéliser et à agir, /.../. Par l’intermédiaire de la proclamation de l’Évangile, Jésus devient toujours à nouveau notre contemporain, afin que ceux qui l’accueillent avec foi et amour fassent l’expérience de la force transformatrice de son Esprit de Ressuscité qui féconde l’être humain et la création comme le fait la pluie avec la terre . « Sa résurrection n’est pas un fait relevant du passé ; elle a une force de vie qui a pénétré le monde. Là où tout semble être mort, de partout, les germes de la résurrection réapparaissent. C’est une force sans égale »

Tout au long de nos vies, il faut sans cesse annoncer l'Evangile et c'est ainsi que "l’Église veut conserver sa fraîcheur, son élan et sa force" . Cela peut prendre différentes formes concrètes : pastorale, enseignement, formation, groupes de jeunes, construction d'églises, d'écoles, de dispensaires, d'hôpitaux, centre d'accueil pour les blessés de la vie et tant d'autres exemples encore. Je rends ici un hommage appuyé à tous ceux qui œuvrent sur le terrain chaque jour, tout au long de leur vie.

Comme nous le rappelait les Instructions données aux missionnaires en 1659, cet élan et cette force ne réside pas dans le fait de vouloir exporter notre mode de vie ou notre culture, ; nous voulons nous émerveiller et rendre grâce en découvrant le visage du Christ présent en Asie et dans l'océan Indien, main dans la main avec nos frères et sœurs d'Orient.

En définitive, le chemin que vous allez parcourir est encore à découvrir ; il se créera d’ailleurs en grande partie au fur et à mesure que vous allez le parcourir.
Il sera aussi ce que vous en ferez et vous ne serez pas seuls : les confrères Mep des Groupes missionnaires que vous allez rejoindre vont vous accueillir, les frères et sœurs des Eglises locales seront également à vos côtés et, bien entendu j’aurais dû commencer par-là, le Seigneur vous y attend déjà.
Il y a eu vos prédécesseurs et d'autres se préparent à vous rejoindre : cette année, nous sommes encore dans la joie des 5 nouveaux prêtres et 3 nouveaux diacres ordonnés récemment.
14 séminaristes et 6 candidats sont également en formation dans différents séminaires.

6. Au fil du temps, vous entendrez la voix du Seigneur et vous discernerez les signes qui vous indiqueront où se trouve la route. Vous aurez à ouvrir vos cœurs, à faire preuve de beaucoup d’amour pour le Seigneur, les autres et pour vous-mêmes.
On peut être heureux presque partout, mais l’inverse aussi. Pour cela, la clé sera la liberté intérieure que vous aurez.

En partant, peut-être vous direz-vous un jour, comme saint Thérèse, « Jésus, je suis trop petit pour faire de grandes choses, et ma folie à moi, c’est d’espérer ». Et à l'exemple de sainte Thérèse qui avait acquis une réelle maturité au point qu’elle a pu avancer avec certitude et fermeté, non pas en comptant sur ses forces qu’elle connaissait faibles, mais en comptant sur la fidélité de Dieu et sa puissance à l’œuvre dans sa faiblesse, vous irez sur les chemins du monde.

Voilà votre programme : vivre avec le Christ pour témoigner de son amour là où vous serez. L'amour étant contagieux, c'est ainsi que l'Eglise grandira par attraction : attraction de l'amour qui nous vient de Dieu (et non pas prosélytisme).

Enfin, permettez-moi de conclure avec les mots de Mgr Budes de Guébriant, premier Supérieur général, qui en 1921 au terme d'une tournée pastorale en Asie, concluait :

"Admiration pour les missionnaires,
optimisme pour l'avenir des Missions".

 

 

Père Gilles Reithinger, mep.

 

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