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Messe dominicale du dimanche 9 février 2014

13 février 2014

Chers Frères et Sœurs,

Qu’est-ce que Dieu attend de nous ? Voilà une question à laquelle il nous faut bien répondre !

Le livre d’Isaïe nous donne une réponse qui, depuis le VIème siècle avant Jésus-Christ, n’a pas pris de ride !
A cette période où le retour d’exil est chose faite, bien des séquelles persistent puisqu’Isaïe, quelques versets plus loin parle des « dévastations du passé, des ruines à relever ».
Le message d’Isaïe au peuple est clair et simple : « vous voulez plaire à Dieu, seulement voilà, le culte qui plaît à Dieu n’est pas ce que vous croyez ! ». Les jeûnes spectaculaires ne suffisent pas.

Quelques lignes avant notre texte d’aujourd’hui Isaïe écrit ceci : « le jour de votre jeûne, vous savez tomber sur une bonne affaire, et tous vos gens de peine vous les brutalisez !», vous jeûnez tout en cherchant querelle et dispute, et en frappant du poing méchamment ! Vous ne jeûnez pas comme il convient en ce jour où vous voulez faire entendre là-haut votre voix. Doit-il être comme cela le jeûne que je préfère, le jour où l’homme s’humilie ? S’agit-il de courber la tête comme un jonc, d’étaler en litière sac et cendre ? Est-ce pour cela que tu proclames un jeûne ? ».

Depuis Abraham, on a tout essayé pour plaire à Dieu : les sacrifices humains, les sacrifices d'animaux, les jeûnes, les offrandes diverses. Les prophètes ont toujours rappelé que ce qui est le plus important n’est pas le culte mais l’alliance avec Dieu vécue au quotidien : « le jeûne que je préfère n’est-ce pas ceci : dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient ? ».

Le texte que nous avons lu nous invite au partage : nourrir l’affamé, désaltérer l’assoiffé, recueillir le malheureux sans abri, vêtir celui qui a froid… bref venir au secours de toutes les souffrances. Cette invitation nous rappelle tout simplement que nous sommes faits pour être à l’image de Dieu. Et si nous faisons cela, nous dit Isaïe, « alors ta lumière jaillira comme l’aurore…ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera comme la lumière de midi ». Cela nous rappelle ce très joli chant de Taizé « ubi caritas et amor, ubi caritas Deus ibi est ».

Fait à l’image de Dieu, il nous est donné d’être pour nos frères la lumière de Dieu et le psalmiste complète cette définition de l’homme qui craint le Seigneur : c’est un homme heureux. Oui heureux sommes nous si nous avons conscience de la sainteté de Dieu, si nous savons reconnaître ce qu’il fait pour nous. Le psaume reprend le thème de la justice envers les autres : « L'homme de bien a pitié, il partage […] A pleines mains, il donne au pauvre. »
Notre relation à Dieu est intimement et très concrètement liée à notre relation avec nos frères et sœurs. Le psalmiste reprend le thème de la lumière « Lumière des cœurs droits, il s'est levé dans les ténèbres », thème que nous avons noté dans le livre d’Isaïe.

A cette question « qu’est-ce que Dieu attend de nous ? » correspond un autre « qu’est-ce que l’homme attend de Dieu ? ».

Saint-Paul, dans sa lettre aux Corinthiens, en opposant mystère de Dieu et sagesse des hommes, langage de l’apôtre et éloquence, nous rappelle que le mystère de Dieu s’accomplit par un messie crucifié. C’est paradoxal ! Cela ne correspond pas à l’attente d’Israël qui attend un messie, mais pas un messie crucifié, et c’est Paul qui enfonce le clou, si j’ose dire, « Parmi vous, je n'ai rien voulu connaître d'autre que Jésus Christ, ce messie crucifié. »
En effet, c’est Jésus crucifié qui nous révèle le mystère divin, la véritable sagesse, refus de la violence, don de soi jusqu’à la croix, pardon aux persécuteurs et à leurs complices. Sagesse de Dieu que Paul oppose à la sagesse des hommes, à la raison humaine, à la force, Paul le sait. A Athènes, il a été confronté à cette sagesse.

Quant à l’éloquence qui s’oppose au langage de l’apôtre, Paul n’en a que faire ! Ce qui est rassurant pour nous et encourageant : « Mon langage, ma proclamation de l'évangile n'avaient rien à voir avec le langage d'une sagesse qui veut convaincre » et ce langage qui veut convaincre est même incompatible avec le message évangélique « Mais c'est l'Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu ».
Nous le savons bien, l’amour n’est pas une affaire de raisonnement, d’argumentation. Qui pourrait persuader quelqu’un de l’aimer ? Qui pourrait apporter la démonstration rationnelle d’un amour pour autrui ? Il en est de même du mystère de Dieu, on ne peut en faire la démonstration, nous pouvons tout simplement modestement découvrir, expérimenter cet amour ! Oui, c’est dans la pauvreté que l’évangile s’annonce !

L’évangile de ce jour apporte une réponse à la première question que nous nous sommes posés : Qu’est-ce que Dieu attend de l’homme ?
« Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde ».
Le Pape François nous parle souvent et de multiples manières des périphéries. Notez, chers amis, que l’Eglise est faite pour la mission, pour le monde. Lumière pour le monde : ce qui est important c’est le monde. Sel de la terre : ce qui est important, c’est la terre !
Nous sommes invités à trouver notre juste place et cette place est dans le monde et non dans nos sacristies. Notre mission, notre responsabilité est grande. Certes, on peut vivre si on est mal-voyant ou peut-être au régime sans sel. Autrement dit nous ne sommes pas indispensables, on peut se passer des Chrétiens, de nous ! Nous nous en sommes aperçus et nous nous en apercevons ici ou là…

Alors lumière du monde et sel de la terre : pourquoi ?
Parce que comme le sel donne une certaine saveur aux mets préparés, l’homme de Dieu donne du goût, du sens à la vie de l’homme, l’homme de Dieu éclaire le visage de l’humanité par son regard rempli de l’amour du Christ. Il voit l’homme différemment, il voit le monde autrement et ce regard divin se communique comme par clin d’œil fait à nos frères, le clin d’œil de la charité, de l’espérance, de la foi qui met les hommes debout, qui fait des hommes nouveaux. Ce sera ta mission, cher Pierre, de donner du goût à la vie, d’apporter dans cette Société coréenne qui n’a pas besoin de nous, dans cette Eglise coréenne qui compte de nombreux prêtres, cette saveur, ce goût, ce supplément évangélique qui fait dire aux gens après le passage des missionnaires « Nous n’avons pas besoin de vous, mais vous nous manquez ! »
Mais attention, il ne faut pas abuser du sel, sinon la cuisine est immangeable. La lumière trop forte éblouit, elle aveugle ! Cela signifie que la nouvelle évangélisation à laquelle nous sommes invités est avant tout une présence d’amour. Etre la lumière du monde selon l’évangile, c’est se mettre au service de nos frères et Isaïe nous donne des indications très concrètes : c'est faire tomber tous les obstacles qui empêchent les hommes d'être libres : « Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante… ». Un beau programme en perspective, cher Pierre et pour l’accomplissement duquel tu pourras compter sur le soutien de nos confrères du groupe Corée..
Prions le Seigneur pour devenir, pour demeurer « l'homme de bien » dont parle le psalmiste. Il est une lumière pour les autres.
Et pour cela efforçons nous de vivre des béatitudes qui, dans l’évangile de Mathieu, précède le texte que nous venons de lire sur le sel et la lumière. Il y a un lien entre ces deux passages de l’évangile. Rappelons-nous la belle liturgie de dimanche dernier, jour où nous avons célébré la Présentation du Seigneur au temple et la prière de Syméon : Seul le Christ est lumière pour éclairer les nations païennes ! Portons cette lumière au monde ! Pierre, Porte cette lumière au pays du matin calme où tu vivras dès l’été prochain les Journées asiatiques de la Jeunesse avec le Saint-Père, le Pape François qui fera le déplacement pour toi et des millions d’autres !


P. Georges Colomb,
supérieur général des MEP


 

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