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nouvelles du P. Gérald VOGIN (Cambodge)

12 janvier 2012

Chers Parents et chers amis...

Cette année, ma circulaire annuelle a une saveur un peu différente des autres, car cela fait déjà 20 ans -c'était le 3 novembre 1991- que j'ai été ordonné pour le beau ministère de prêtre missionnaire par le Cardinal Pierre Eyt, en l'église de la Trinité de Bordeaux. Je veux vous assurer que si c'était à refaire, comme on dit, je le referai de tout cœur ! Et même en ce qui concerne les souffrances, je peux dire qu'elles ont leur part de maturation vers plus de bonheur. Ce bonheur, c'est d'abord une proximité toujours plus proche avec Jésus, et pour lui, par lui et avec lui, toujours plus proche des autres. C'est vraiment Lui qui me guide. Pour moi, je connais ma faiblesse et je pense que sans sa présence, je ne serai pas allé bien loin dans la vie et vers les autres ! Donc je rends grâce ! Je Le prie lui, l'Ami de Toujours, pour nous tous, afin qu'Il naisse encore et encore en nos vies, car disait Maître Eckart :"Si Jésus ne naît pas en nous, alors sa Naissance dans le monde ne nous sert de rien !" Je veux remercier très spécialement tous ceux et celles qui nous ont gardé dans leurs prières. Je ressens toujours plus fort que nos succès d'ici sont le fruit de votre insistance auprès du Seigneur là-bas. Je remercie très vivement aussi tous ceux d'entre vous qui nous ont donnés les moyens d'accomplir notre mission, en assurant notre subsistance physique et matérielle.

 

La circulaire annuelle est l'occasion de faire un retour sur les événements de notre vie ici, de les méditer, de les garder dans mon cœur, et de vous les partager à la manière de Marie.

2011 est marquée par les rencontres. Il y a eu d'abord le groupe de Saint Médard -ma paroisse d'origine- qui avec leur curé Jean-Loup Ducasse sont venus pour deux intenses

semaines à Kompong Cham et Koh Roka. Leur visite a suscité un impact fort auprès des gens,
De la une rencontre par delà les cultures, un apprentissage des différences, et une meilleure compréhension des difficultés inhérentes à l'existence dans les pays dits en voie de développement. C'est aussi la reconnaissance du courage et de la résilience d'un peuple toujours ouvert, accueillant et souriant malgré les vicissitudes créées par un ordre économique inhumain -car l'Homme occidental s'est de lui-même asservi aux marchés financiers, entrainant le monde entier dans son esclavage. Les Cambodgiens pourraient nous en vouloir terriblement d'avoir créé cet ordre (ou plutôt ce désordre) économique. Bien sûr, ce voyage était une étape spirituelle, un pèlerinage sur les traces de la renaissance d'une église. Les martyrs nous ont éduqués, eux qui ont préféré l'amitié du Christ plutôt que de céder aux tyrannies humaines : nous avons célébré l'eucharistie sur le bas-flanc où Monseigneur Joseph Salas et ses compagnons résistaient par amour pour le Christ à l'idéologie khmère rouge qui les emportait. L'Eglise d'aujourd'hui prend sa source dans cette épreuve, selon le mot de Saint Irénée : "Le sang des martyrs est semence de chrétiens". Nous allons d'ailleurs commencer le processus en vue de la béatification des martyrs du Cambodge sous le régime de Pol Pot, c'est-à-dire de tous les Chrétiens qui sont morts entre 1970 et 1979.

Parmi eux, il y a deux évêques khmers, dix prêtres khmers, vietnamiens et français, quelques religieuses cambodgiennes et un nombre encore incertain de laïcs. Pour eux tous, nous devrons accomplir un grand travail d'enquête pour retrouver les traces de leur passage, de leur foi et de leur témoignage jusqu'au don du sang. Cela nous prendra peut- être deux ans voire plus. Mais c'est un devoir de mémoire qu'on doit aux générations futures. Il est important que les Chrétiens connaissent leurs racines et en soient fiers. Les martyrs sont nos frères et sœurs du Ciel, ils sont un exemple concret pour nous tous. La visite de mes amis de Saint Médard continuera de porter ses fruits tout au long de l'année puisqu'un groupe de cinq Compagnons a décidé de venir pour passer un mois au Cambodge, partageant leur temps entre Koh Roka (ballade en vélo avec pour but une sensibilisation de la population aux problèmes environnementaux), Kompong Cham (construc- tion de maisons en lien avec la Conférence de Saint Vincent de Paul) et une tournée dans le pays. J'ai eu aussi l'occasion de rencontrer beaucoup d'entre vous lors de mon congé triannuel en France de fin juin à début septembre 2011. Ce temps est très précieux surtout pour les parents et les anciens. Quant à moi, c'est un temps de resourcement où je me retrempe dans ma culture et mes racines, et cela grâce à toutes vos amitiés. Encore
merci, c'est très nécessaire !
 

 

Depuis le mois de février-mars, j'ai laissé ma place de curé de la ville de Kompong Cham à un confrère plus jeune, le père François Hemelsdaël. Du coup, je n'ai plus que quatre paroisses mais assez éloignées les unes des autres, ce qui me demande d'avoir plusieurs lieux de vie. J'ai maintenant trois chambres : une à Koh Roka où je réside en début de chaque mois, une à Suong où je demeure en milieu du mois et une à Thmo Pich où j'habite en fin de mois. J'ai partagé mes richesses entre deux de ces trois résidences, à Koh Roka et à Suong. En fait, au début, je me suis rendu compte qu'il m'était difficile de quitter Kompong Cham où je suis resté quasiment 15 ans. D'abord je me retrouve actuellement partagé entre trois lieux de vie, ce qui me demande une itinérance, peut- être à la manière de Jésus : c'est finalement très inconfortable... mais cela me rappelle une plaisanterie de Francis, mon ancien curé au Grand Parc, me disant que j'étais un sybarite -je vous laisse chercher dans une encyclopédie ce que cela signifie ! Voilà aujourd'hui, j'ai l'occasion de mener une vie plus ascétique : adieu au lait d'ânesse et aux pétales de roses ! Cependant malgré l'inconfort, cette itinérance me donne d'être plus proche des populations de ces quatre paroisses, de mieux les comprendre, et je vois déjà combien cela les touche. Le point négatif est l'utilisation trop importante du véhicule qui m'est alloué : de Koh Roka à Mémot, il y a une centaine de kilomètres, Suong et Thmo Pich étant presqu'au centre de cette zone.


 

Mon ministère n'est pas que paroissial : il y a aussi une extension phnompenhoise. Chaque mois, je dois me rendre dans la capitale pour une semaine afin de participer à différentes commissions interdiocésaines liturgique et catéchétique. Au cours des trois jours de la commission liturgique, nous traduisons le missel romain écrit en latin dans la langue cambodgienne. Nous sommes une douzaine attelé à cette tache depuis presque six ans. Nous aurons probablement fait l'essentiel d'ici à la fin de cette année. La réunion des catéchètes nationaux ne dure qu'une journée, pendant laquelle on essaye de poursuivre tant bien que mal l'œuvre immense accomplit par le père Ponchaud : édition de parcours et de matériels pour la catéchèse de la foi (images, livrets de prières ou de vies de saints, chemin de croix, vidéos), formation des catéchistes, conférences et séminaires dans les provinces, organisation d'une assemblée annuelle, mise en route d'un magasin, etc. Enfin il peut y avoir une rencontre avec les confrères MEP -une tous les deux mois-, et des rendez-vous avec diverses personnes, en général des étudiants et des jeunes dont quelques un(e)s qui s'avancent vers le ministère et la vie consacrée.

 



 

La première semaine de chaque mois, je me rends à Koh Roka à 7 kilomètres en aval du chef-lieu de province. Je vous ai déjà présenté abondamment cette jeune église. Son dynamisme est toujours égal bien que sa population change. Les grands adolescents quittent le village chaque année pour aller étudier ou travailler à Phnon Penh. Mais les enfants continuent d'affluer et donc pour l'instant le renouvellement est encore assuré. Les pré ados commencent à s'habituer à moi. Un soir, après le temps de prière, ils m'ont raconté, à qui mieux mieux, et avec beaucoup de rires, toutes les bêtises qu'ils avaient déjà pu faire, dans l'église, dans le village et à l'école ! Avec tous les catéchistes, presque une vingtaine, nous sommes allés fin novembre faire une retraite itinérante à la frontière du Laos. A chaque causerie, on s'arrêtait en forêt pour méditer et prier. Et dans le bus, on gardait des temps pour le chapelet, la prière de Jésus et d'autres formes de louanges. Noël à Koh Roka, c'est toujours la grande affaire. Cette année, ils ont construit une crèche en forme d'Angkor Vat miniature, et nous avons rejoint, en extérieur, les bergers autour d'un feu. Nous avons écouté la Parole de Dieu résonner sous les étoiles et nous avons célébré l'eucharistie dans la joie de savoir que Jésus naissait en pays khmer pour nous tous.

 

La deuxième semaine, je reste à Suong. C'est un gros marché très vivant et très poussiéreux. La paroisse est entre les mains d'un petit foyer ! 5 jeunes et une dame, Heng, comme responsable. Leur simplicité reçoit un bon écho du voisinage. Pour Noël, ils avaient bien préparé leur affaire. D'abord tout au long de l'Avent, on a marché, au pas de Marie et de Joseph (les deux statues étaient disposées sur un chemin fait de traces de pieds découpées), éclairés par les cierges des quatre semaines, en route donc vers la crèche de Bethléem. Dans cette crèche, la Parole de Dieu était déposée, en attendant d'être incarnée en Jésus. Chacun a pris une bouteille en plastique peinte pour y mettre chaque jour son obole. Enfin, nous avons aussi tiré un nom, que nous ne devions pas révéler : chacun était invité à prier pour cette personne, à lui faire du bien, et à lui offrir le jour de Noël un cadeau. Après la messe (nous étions une trentaine), nous avons convié nos voisins (une quarantaine de personne) à venir se joindre à nous pour un bon déjeuner, et l'après-midi, nous avons accueilli les enfants des rues pour un goûter festif. En début du mois de décembre, ils m'ont fait une très grande surprise en me souhaitant mon anniversaire : ils avaient fait un gâteau et m'avaient acheté un cadeau. Je leur ai fait remarqué que j'étais né au mois de juillet. Mais ils m'ont répondu, que ne sachant pas la date, ils avaient simplement décidé de me le faire maintenant ! 

 

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Thmo Pich a du mal à décoller après presque 10 ans d'existence : trop de divisions, trop de paroles pas toujours aimables, trop d'intérêts personnels... Mais enfin, après le départ de quelques éléments perturbateurs, on peut espérer des temps meilleurs. Les jeunes viennent mais ils restent encore très timides avec moi. L'Eglise est encore un corps étranger dans le village. Pourtant, on ne manque pas de surface de contact avec la population. Nous y avons une école maternelle, une conférence de Saint Vincent de Paul, des cours gratuits pour enseigner l'Anglais et l'usage des ordinateurs, des parrainages par Enfants du Mékong, et maintenant des cours de danses pour les petits. Cette année, on va essayer de louer quelques hectares de terre pour faire travailler quelques familles. Dans l'évangile de Jean, Philippe appelle Nathanaël et peut avoir l'impression qu'il est à l'origine de sa vocation, mais Jésus rappelle qu'avant même d'avoir été amené à lui, Il connaissait Nathanaël. On peut juger rapidement que l'aide est à l'origine de la conversion de certains, mais en fait, Jésus reste le maître ultime de la moisson. Une quinzaine de personnes assistent régulièrement aux offices.

Mémot est encore neuf même si nous essayons de nous y implanter depuis plusieurs années. C'est un gros bourg à la frontière vietnamienne. L'année dernière nous y avons bâti une maison et un catéchiste, Pich, anime l'ensemble. Depuis quelques mois, deux ou trois chrétiens supplémentaires ont rejoint ce district. Donc en fonction des compétences, de la foi des chrétiens présents, et des possibilités, on commence à chercher à démarrer quelques programmes légers, par exemple d'enseignement de l'Anglais aux petits, de transport des malades à l'hôpital, d'ouverture de bibliothèques, etc. Il se trouve que cette zone est celle qui a été la plus anciennement touchée par la mission chré- tienne, dès 1772. Saat, le village Stieng dont il s'agit, est à cinquante kilomètres d'ici. 2012 continue dans la même veine. Ma sœur Véronique et Fabrice sont venus au Cambodge et nous avons passé une bonne semaine ensemble. Ils ont été très impres- sionné par la discipline des jeunes. Il avait suffit que j'émette le vœu que la soirée ne s'éternise pas pour qu'à 21.30 tout s'arrête d'un coup ! En Asie, on ne plaisante pas avec les anciens (et oui, maintenant j'entre dans cette catégorie) ! Plus tard, nous aurons aussi la joie d'accueillir Monseigneur Jean-Pierre Ricard, l'archevêque de Bordeaux pour une visite amicale et pastorale. Et un petit peu après, certainement en Août, mon neveu
devrait venir : soit le bienvenu Valentin !

Ici, tous se joignent à moi pour vous souhaiter une bonne année. Je crois qu'on aura besoin de toutes les aides spirituelles disponibles, car malheureusement on ne peut pas dire que 2012 s'annonce sous les meilleurs auspices. Enfin l'espérance demeure (et c'est d'ailleurs dans ce genre de crise qu'il faut en faire bon usage). Je prie pour vous,

Avec toute mon amitié,

Gérald


 


 

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