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Nouvelles du Père Etienne Frécon, jeune missionnaire à Taïwan

4 janvier 2013

Chers amis, je 25 est passé, le 26 voit sa nuit tombée et me voilà maintenant, acculé à m’asseoir devant mon ordinateur pour essayer de mettre quelques mots sur mon expérience taiwanaise avant que le 31 n’arrive !

Ce n’est pas tellement que je ne veuille pas vous donner des nouvelles ou que je n’aie rien vécu ces derniers mois, mais bien plutôt la difficulté de trouver les mots justes pour exprimer la réalité de ce que je vis ici ! Ce n’est donc ni une histoire de chiffres ou de jours décomptés pour arriver à l’heure avec mes vœux mais plutôt une invitation, pour moi, à me reccueillir pour que les mots retenus du cœur trouvent leur agencement dans ces quelques paragraphes qui vous partageront ma vie missionnaire !

Mission, Taiwan, chinois, apprentissage, difficulté, découverte, joie de la rencontre, foi… Voilà tout ce que je voudrais vous exprimer et qui pour l’instant reste une réalité encore difficile à mettre en mots ! En effet, l’arrivée à Taiwan a marqué le début de l’étape auquel aucun missionnaire ne peut échapper : l’apprentissage de la langue ! Je vis donc cette étape entre un désir enthousiaste de maîtriser la langue de Confucius et une espèce de peur face à l’immensité de ce qu’il me faut ingérer devant la difficulté de la pratiquer. Etonnant paradoxe ! Mais bon, le chinois rentre et il ressort, il s’énonce et ne trouve plus ses mots, il fait face à l’angoisse de ne plus savoir comment se dire avec le bon ton et retrouve finalement son lit en laissant le courant de la vie et de la relation avoir le dernier mot ! Le chinois et l’aridité de son apprentissage invitent à laisser le temps avoir le dernier mot ! Les trois premiers mois, je l’ai apprivoisé en prenant des cours en groupe ! Nous étions 6 au départ et 3 à l’arrivée ! Ce fut une bonne expérience où l’on se rend compte que ce n’est simple pour personne ! Après une trêve à Hong Kong, je suis maintenant en cours individuel ! Je n’arrive toujours pas à savoir quelle est encore la meilleure méthode d’apprentissage mais ce dont je suis sûr, c’est que les 4 murs de la salle de classe et la répétition incessante de mots et de phrases toutes faites ainsi que la relation avec les professeurs sont d’un important secours pour arriver à passer du laboratoire linguistique à la réalité de la vie quotidienne. Oui, venir à la parole n’est pas chose aisée et je ne compte plus les moments ou je reste sur la touche incapable ni de parler ni de comprendre ! La parole devient comme un événement qui prend petit à petit chair. Elle me rappelle la venue de l’enfant de Bethléem, la parole faite chair. L’enfant cherche ses mots et l’adulte apprend à maîtriser la frustration d’un homme devenu presque muet ! Expérience d’incarnation, expérience de renouveau, expérience humaine et chrétienne : « Le verbe s’est fait chair ! »

Apprendre une langue ne peut se limiter aux mots. Une langue, c’est une culture, une manière de penser, d’agir… Une langue, c’est une histoire, une identité, une réalité qui dit l’autre… Je profite donc de mes heures de détente pour découvrir Taipei et ses environs, pour rencontrer ses habitants et les paroissiens jeunes ou moins jeunes qui fréquentent la paroisse. Ma première perception de la ville fut, je dois bien l’avouer assez négative ! La Malaisie et la richesse de Singapour jouant comme en contraste ne m’ont pas fait aborder Taiwan sous le meilleur œil ! Pourtant, à force d’arpenter ses rues bruyantes mais bien vivantes, regarder la beauté de ses montagnes, sentir les odeurs plus ou moins agréables de ses marchés et admirer la vitalité et les couleurs qui embellissent Taipei, je dois bien avouer que je commence à apprécier cette ville ! En écrivant ces mots, je me rappelle le petit prince de St Exupéry quand ce dernier demande au renard de jouer avec lui : « Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé. » Oui, ces premiers mois ont été comme un apprivoisement, un jeu de découvertes plus ou moins fascinantes, pour que je commence à apprivoiser cet univers chinois fort différent de celui que j’avais pu expérimenter en Malaisie ou à Singapour ! Depuis quelques mois maintenant, nous nous apprivoisons et comme le renard l’enseigne au petit prince : « Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde... ». Taipei est une ville qui s’apprivoise pour que transparaisse son attrait. Il en va bien sûr de même avec ses habitants où je découvre combien créer des liens et apprendre à se découvrir et à s’aimer n’est pas si simple ! Expérience de rencontre, expérience de découverte et d’altérité mais aussi de foi en Dieu, en soi-même et en l’autre et en la parole que nous nous donnons pour nous apprivoiser : « Le Verbe s’est fait chair ».

 


Taiwan, c’est aussi les premiers balbutiements du prêtre missionnaire se découvrant bien démuni et fragile fasse à la place qu’il doit trouver dans le concert des différentes religions et d’une société qui vit assez bien sans Dieu ou avec l’idée d’un Dieu remplissant le rôle de grand magicien ! Que dire et que faire pour laisser découvrir que l’Evangile est Bonne Nouvelle ? Je dois avouer que tous les moyens sont bons jusqu’à aller se déguiser en père noël le jour de Noël pour aller fêter l’anniversaire du père noël dans une école le 25 décembre ! Au début, je rigolais du piège involontaire qui m’était tendu mais après deux heures assis sur un petit tabouret, me faisant prendre en photo avec chaque enfant pour orner les murs facebook de leurs parents, j’avoue que le rire se faisait un peu jaune !


Outre cela, la paroisse qui accueille 5 jeunes prêtres dont 4 des Missions étrangères de Paris est une réalité vivante qui cherche à répondre à l’appel du Christ : « Aller de toutes les nations… » ! Le curé, le Père Bernard de Terves, est un mep qui est depuis plus de 5 ans à Taiwan, son expérience de la vie ici et la maîtrise de la langue sont bien souvent d’une grande aide ! Il y a aussi un prêtre indien, le Père Stanislaus, mep aussi qui depuis maintenant deux ans subit les foudres du chinois. Nous étudions donc dans la même école… L’autre jour en regardant son livre, j’ai cru avoir un choc et j’avoue admirer la persévérance de tous ceux qui se sont mis à apprendre consciencieusement cette langue ! Le père Zhang est lui un prêtre du continent qui vient faire des études de théologie à Taiwan ! Il est un peu mon « check-point » en chinois ! J’essaye de lui dire toutes les phrases que je sais en chinois pour voir si je me fais comprendre ! Sa présence met un peu de Chine dans ce monde très français ce qui n’est pas désagréable. Il y a aussi un autre prêtre français qui alterne son temps entre la chine et Taiwan et actuellement deux jeunes volontaires. Cet univers a les limites et les difficultés de toute vie de communauté mais est quand même assez rassurant au moins pour les débuts ! Pour ce qui est du ministère en chinois, il n’est pas à l’ordre du jour même si je commence à lire la prière eucharistique ce qui toutes fois est bien modeste!
 

singtogetherz 3…noël 2012.jpgMon ministère de prêtre me permet aussi de faire un petit break avec le chinois pour continuer à vivre mon ministère en anglais et quelques fois en français en donnant un coup de main ici et là ! La petitesse de l’Eglise de Taiwan invite à un véritable acte de foi pour chercher à découvrir les traces de l’Esprit et faire résonner la Parole pour qu’elle prenne chair en chaque homme : « Le Verbe s’est fait chair ».

Après avoir écrit ces lignes et en relisant ce que j’écrivais il y a deux mois sur Taipei, je me rends compte qu’il s’agit bien de la même réalité qui s’approfondit : s’enraciner dans un lieu pour donner chair à une Parole entendue !

C’est sur ces quelques mots évangéliques, « Le Verbe s’est fait chair », que je voudrais vous souhaiter tous mes vœux pour cette nouvelle année qui s’annonce… C’est ce que je vis véritablement ici mais c’est ce que nous sommes tous invités à vivre pour que nous soyons fidèles à nous-mêmes, aux autres et à Dieu… Ce seront donc mes vœux pour chacun d’entre vous : Que la Parole de l’Evangile qui résonne au plus profond de votre cœur trouve au cours de cette année la possibilité de prendre chair et de se dire dans tout ce que vous vivrez car là est la source de la vérité et du bonheur !
En vous espérant tous en bonne forme et en attendant de vos nouvelles, je vous redis ma prière et mon affection.

Etienne Frécon, mep

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