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PERE BRETAUDEAU - L'histoire d'un missionnaire en Malaisie depuis 55 ans

18 décembre 2012

Le petit Pierre Bretaudeau a 8 ans lorsqu’il découvre sa vocation au sens premier du terme. A l'heure où ses copains jouent encore aux billes, l'enfant décide qu’il servira les Missions Étrangères de Paris, société qui œuvre pour l’évangélisation des pays d’Asie. Le Français est ordonné prêtre le 2 avril 1956. A peine un an plus tard, il embarque pour un long voyage vers la Malaisie dont il n’est jamais revenu… Lepetitjournal.com vous raconte son histoire.

Un voyage au long cours pour aller prêcher la bonne parole en Orient
Le père Bretaudeau se définit comme un "heureux missionnaire". En janvier 2013, cela fera exactement 56 ans qu’il est arrivé en Malaisie. Il est âgé de 26 ans lorsqu’il pose pour la première fois le pied sur le sol malaisien après un voyage en bateau de 3 semaines. "Et oui, à l’époque, il n’y avait pas de vol en avion, ou alors très cher !".

Après son départ de Marseille, il traverse la Mer Méditerranée, le Canal de Suez, le Mer Rouge puis l’Océan Indien et arrive enfin à Singapour. Il achève son voyage jusqu’à Kuala Lumpur en voiture. Quelle aventure ! L’expédition vers l’Orient ne se fait pas sans heurts. Le compagnon de cabine du père Bretaudeau, un missionnaire d’une soixante d’années "très aimé", décède lors de la traversée de la Mer Rouge.

Un "heureux missionnaire" en Malaisie
Le père Bretaudeau a rejoint les Missions Etrangères de Paris (MEP) parce qu"l'Eglise manquait de ce type de vocations". Il voulait "être un bon missionnaire" et même "mourir en martyre". en Asie. Pourtant, rassurez vous, la vie en a décidé autrement et, du haut de ses 82 ans, il est toujours aussi vaillant !

Les prêtres missionnaires de la MEP sont envoyés en Asie et dans l’Océan Indien à vie. Ils ne peuvent choisir leur destination. Le père Bretaudeau s’est retrouvé parachuté du jour en lendemain en Malaisie. "C'est un petit pays qui s’est beaucoup développé en 55 ans. je suis très heureux de mon affectation" ne cesse-t-il de répéter. A son arrivée à la fin des années 1950, Kuala Lumpur comptait 400.000 habitants contre près de 2 millions . Encore aujourd’hui, il est toujours aussi impressionné par le développement du tigre asiatique. Après plus d’un demi siècle passé sur le territoire malaisien, le père Bretaudeau serait-il le plus vieux Français de Malaisie ? L’un des plus vieux assurément, mais deux ou trois prêtres âgés de plus de 90 ans pourraient lui voler la vedette.

Un prêtre devenu polyglotte pour mieux répandre la parole de Dieu
A son arrivée en Malaisie, celui qu’on appelle Father Peter ne connaît pas un mot d’anglais, et encore moins de Malais. Il apprend ce dernier au quotidien même s’il affirme encore ne pas très bien le parler. Il se donne un an pour assimiler la langue de Shakespeare dans la cathédrale St John’s de Kuala Lumpur. Il lui faut également apprendre la langue des Indiens Tamouls qui représentent la grande majorité des catholiques du pays. En 1958-1959, le Français part même quelques mois en Inde pour mieux s’en imprégner et parfaire son apprentissage. Il avoue pourtant avoir gardé, durant quatre ans, ses notes à portée de main pour dire la messe en Tamoul. Il l’a d’ailleurs célébrée au cœur de Brickfield durant un an.

En 55 ans, le missionnaire s’est occupé de dix paroisses différentes en Malaisie. Il a prêché, et prêche toujours en tamoul et en anglais. Depuis une quinzaine d’années, pour répondre à l’accroissement de la communauté catholique française et francophone de Malaisie, il célèbre également une messe par mois en français aux Petites Sœurs des pauvres à Cheras. Un autre prêtre des MEP effectuant un voyage mensuel de Singapour, deux messes sont dites en français chaque mois dans cette chapelle. Tous les week-ends, il est aussi possible d’assister à la messe en anglais, en tamoul, en chinois et en malais à Kuala Lumpur.

Le catholicisme dans un pays à 60% musulman ?
Le catholicisme est aujourd'hui la religion de près de 3% des Malaisiens. Les catholiques représentent plus de 800.000 personnes dans un pays de près de 30 millions d’habitants. 300.000 d’entre eux vivent à Kuala Lumpur et selon le père Bretaudeau, on en compte 200.000 sur Bornéo. De nombreuses tribus de Malaisie sont catholiques !

"La très grande majorité des catholiques de Malaisie sont de fervents pratiquants ", observe le père Bretaudeau. D’après lui, ils sont plus de 80% à ne jamais manquer la messe du dimanche. De plus, ils montrent une grande ferveur et contribuent par le chant à l’animation des offices. "Dans toutes les paroisses, au moins 10% des fidèles, en plus d’être de bons pratiquants, sont de bons apôtres", ajoute-t-il. Finalement, après 55 ans passés en Malaisie, ce prêtre français avoue aujourd’hui avoir une petite préférence pour célébrer la messe en anglais et en tamoul.

Plus d'un millier d'adultes se font baptisés chaque année en Malaisie. Si la liberté de culte est totale pour les Chinois et les Indiens de Malaisie, ce n’est évidemment pas le cas pour les Malais, pour qui se convertir au christianisme est impossible. "Certains sont obligés d’aller se faire baptiser à Singapour", explique le prêtre des MEP. Lors des premières années de sa mission en Malaisie, alors qu’il allait visiter ses paroissiens, les Malais sortaient de chez eux pour venir le saluer. "Aujourd’hui, ce n’est plus le cas", regrette-t-il avant d’ajouter : "Il est impossible de faire le moindre apostolat auprès des Malais même si j'ai bon espoir que les choses changent".

Une dernière mission ?
Si le père Bretaudeau est heureux en Malaisie, il ne compte pourtant pas y finir ses jours. Il a pris la décision de retourner en France d’ici 18 mois. Il se sent rappelé dans sa Vendée natale pour une dernière mission. Il pense pouvoir agir en vue de revigorer un peu la foi de ses compatriotes. Ensuite seulement, le père prendra vraiment sa retraite et se retirera dans l’une des deux maisons des MEP pour prêtres missionnaires fatigués.

Camille Bondu (http://www.lepetitjournal.com/kuala-lumpur) Mercredi 5 décembre 2012

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