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Une année de la foi sous le signe de la nouveauté du Christ

2 janvier 2012

Lettre du P. Georges Colomb, supérieur général des Missions Etrangères pour l'année 2012

 

Chers confrères,
chers séminaristes et volontaires
chers prêtres des pays d’Asie qui étudiez parmi nous,
chers parents et amis,

 


l’été passé, juste avant de se rendre à Madrid pour les Journées Mondiales de la Jeunesse, quelques-uns de nos confrères sont venus en France accompagnés de jeunes de leurs différents pays de mission. Ils ont ainsi saisi l’opportunité de leur faire découvrir nombre de hauts lieux qui, plus que de gros livres, parlent de l’aventure de l’Evangile dans notre pays. En allant ainsi à Lisieux ou à Lourdes, à Vézelay ou à Paris, nos confrères ont pu redécouvrir, grâce au regard émerveillé de ces chrétiens venus d’Orient, tout l’héritage de la « fille aînée de l’Eglise » dont ils sont les dépositaires. Il est vrai que peu de pays ont été ainsi modelés par le christianisme et vivifiés au long des âges par une chaîne ininterrompue de saints et de saintes. En ce sens, il est bon que grâce au regard émerveillé de ces jeunes d’Asie, nous échappions un moment à l’esprit défaitiste, aux complexes typiquement français, à la rhétorique du déclin, pour entendre d’une façon nouvelle les paroles du légat pontifical Eudes de Châteauroux lors de la consécration de la Sainte-Chapelle en 1248 : « La France est le four où cuit le pain spirituel pour le monde entier ».


Pendant ces différents pèlerinages avec des chrétiens chinois, coréens, karens, khmers, taïwanais, vietnamiens, nos confrères ont pu contempler toute la nouveauté de Jésus et ceci est, à mon avis, l’un des plus grands privilèges de notre vie missionnaire. En effet, un jour, nous avons accepté d’être déracinés et comme sevrés de la culture qui nous a portés, nous avons dû reprendre pied dans des pays où l’Eglise est profondément minoritaire et bien qu’implantée depuis longtemps, a encore peu transfiguré les cultures traditionnelles. En un sens, nous avons été comme de petits enfants apprenant à être chrétiens en contemplant la façon dont l’Evangile transforme la vie de nos frères asiatiques. Dans ces lieux de commencements, nous avons découvert une saveur insoupçonnée du christianisme et nous avons compris combien nous étions les porteurs d’un message qui nous dépasse et qui est d’une infinie et éternelle nouveauté.

Bien sûr, longtemps avant l’arrivée des missionnaires, l’Esprit-Saint avait déjà travaillé les cultures asiatiques, les préparant mystérieusement à la rencontre du Sauveur, mais, en même temps, nous savons combien la nouveauté du Christ s’est révélée aussi fascinante que subversive. De ceci, les martyrs portent témoignage, eux qui « par la foi, […] donnèrent leur vie, pour témoigner de la vérité de l’Évangile qui les avait transformés et rendus capables de parvenir au don le plus grand de l’amour avec le pardon de leurs propres persécuteurs »(BENOIT XVI, Lettre apostolique Porta fidei, 13). Dans la fidélité de nos aînés jusqu’à la mort, nous découvrons en toute clarté que « la foi chrétienne est toujours pour l’homme un scandale ». Le fait « que le Dieu éternel se préoccupe de nous, êtres humains, qu’Il nous connaisse ; que l’Insaisissable soit devenu en un moment déterminé saisissable ; que l’Immortel ait souffert et soit mort sur la croix ; qu’à nous, êtres mortels, soient promises la résurrection et la vie éternelle »(BENOIT XVI, Rencontre avec les catholiques engagés dans l’Eglise et la société, Freiburg, 25 septembre 2011) , tout cela est difficile à comprendre pour le monde.

C’est donc parce qu’ils sont la manifestation de la foudroyante nouveauté de l’Evangile que nos martyrs sont la plus grande richesse de notre Société mais chacun d’entre nous est aussi une pierre vivante de cet héritage spirituel commun. En effet, tous, après un an, dix ans, trente ans et même plus de cinquante ans de mission, nous pouvons dire en quoi Jésus a apporté une nouveauté inouïe dans les cultures de nos pays d’élection. Tant d’aspects ici seraient à évoquer : la capacité de dire « Je » car nous sommes en Christ des personnes uniques, la liberté intérieure que nous gagnons, la dignité infinie dont est recouvert chaque être même le plus méprisable aux yeux de la société, le pardon que nous recevons de Dieu, la valeur infinie de chaque vie depuis sa conception et jusqu’à son terme, l’ouverture sans limite sur une communion qui déborde toutes les frontières de nos petits mondes… et surtout la certitude que chacun est aimé pour lui-même et qu’il n’est plus seul car le Seigneur est avec lui. Je pourrais encore allonger la liste de ces nouveautés et surtout je devrais les replacer dans le contexte culturel de chacun des pays où nous sommes présents. Ainsi, la nouveauté du christianisme apparaîtrait encore plus manifeste.

 

 Je crois qu’ici se trouvent les bases d’un travail que nous pourrions entreprendre tous ensemble pour être mieux conscients du trésor que nous portons. Nous pourrions dans nos groupes missionnaires réfléchir sur la nouveauté que représente la personne de Jésus pour les peuples des pays où nous servons. Ensuite, nous pourrions partager cette réflexion dans toute la Société et chacun de nous serait profondément renouvelé dans sa foi chrétienne. Je crois aussi que ceci pourrait être une très belle contribution des Missions Etrangères à cette année de la foi que le Pape Benoît XVI vient d’annoncer et qui aura lieu d’octobre 2012 à novembre 2013. Il serait bon aussi que nous puissions offrir les fruits de ce travail à nos frères chrétiens de France et d’Europe car nous savons bien que l’un des plus grands péchés des pays européens qui reçurent les premiers la Bonne Nouvelle a été justement de s’habituer à elle et à n’en plus percevoir toute la nouveauté – comme des époux en arrivent après quelques années à se séparer après s’être trop habitués l’un à l’autre jusqu’à ne plus éprouver ni émerveillement ni gratitude pour la présence du conjoint. L’affirmation de Charles Péguy selon laquelle un chrétien habitué est pire qu’un chrétien mauvais rejoint la remarque du Saint Père à l’égard de certaines régions du monde, surtout l’Occident, où « on constate une sorte « d’éclipse de Dieu », une certaine amnésie, voire un réel refus du christianisme et un reniement du trésor de la foi reçue, au risque de perdre sa propre identité profonde » (BENOIT XVI, Message pour les Journées Mondiales de la Jeunesse à Madrid en 2011).

Dans la ligne de cette invitation à recueillir toute la richesse de notre expérience missionnaire et dans la perspective de l’année de la foi que nous allons vivre avec toute l’Eglise, nous pourrons raviver le don reçu lors de notre ordination sacerdotale et de notre envoi en mission en menant courageusement le combat spirituel pour ne pas nous habituer au double charisme que nous avons reçu (le sacerdoce et la mission). Je sais combien nos frères d’Asie – chrétiens ou non – nous aident à rester fidèles à notre mission et nous gardent dans cette jeunesse d’esprit et cette joie simple que nous admirons chez nos anciens. Nous savons tous que pour ce renouveau nous pouvons nous appuyer sur notre ministère lui-même. Chaque eucharistie, en effet, nous plonge dans le mystère de celui qui nous a aimés jusqu’au bout (Jn 13, 1). Chaque eucharistie est toujours nouvelle, non seulement parce que nous la célébrons en divers lieux ou avec des personnes différentes – parfois même aussi seuls – mais surtout parce qu’elle nous fait vivre profondément en Christ et « si donc quelqu’un est dans le Christ, c’est une création nouvelle : l’être ancien a disparu, un être nouveau est là » (2 Co 6, 17). Plongeons-nous aussi, par la prière et la lectio divina, dans les Saintes Ecritures : là, nous mesurerons toute la nouveauté de la Parole de Dieu qui s’est faite chair et qui nous a conduits en Asie. Ayons souvent recours au sacrement de la réconciliation pour que nous puissions expérimenter personnellement, dans l’aujourd’hui de nos existences, la puissance et la nouveauté de la miséricorde de Dieu à notre égard et à l’égard de toute l’humanité. En pensant à tous ceux d’entre nous qui vivent dans des lieux où se développe « une forme nouvelle de christianisme, qui se diffuse avec un immense dynamisme missionnaire, parfois préoccupant dans ses formes », écoutons le Pape Benoît XVI qui nous invite à regarder ce que ce « christianisme de faible densité institutionnelle, avec peu de bagage rationnel et encore moins de bagage dogmatique et aussi avec peu de stabilité » a « à nous dire de positif et de négatif »(BENOIT XVI, Rencontre avec les représentants du Conseil de l’Eglise Evangélique, Erfurt, 23 septembre 2011). Nous ne pouvons plus en effet ignorer la vitalité de ces frères chrétiens des groupes pentecôtistes qui vivent une forte expérience de la nouveauté du Christ dans leur vie. Nous ne pouvons pas accepter comme un fait acquis que la mission appartient à ces groupes évangéliques et que nous sommes des « has been ». Nous ne pouvons pas nous satisfaire de l’ironie dans les commentaires que nous pouvons entendre sur eux et nous serions bien inspirés de découvrir la générosité et le zèle missionnaire qui les animent !

Chers séminaristes des Missions Etrangères, vous dont le groupe de vingt-cinq est une grande bénédiction de Dieu et le signe très fort de son encouragement à l’égard de notre mission, profitez de vos années d’études en Europe pour recevoir le meilleur de ce que notre culture peut vous donner, elle qui dans l’histoire a été profondément pétrie de l’Evangile. Soyez des « héritiers » et non des êtres déracinés et complexés par leur histoire ! Vous n’avez pas à demander pardon d’être chrétiens, restez fermes et fidèles face à toutes les attaques anti-chrétiennes de notre société matérialiste et déboussolée. N’imitez pas les persécuteurs de l’Eglise, n’utilisez pas leurs armes ! Soyez des héritiers de toute l’aventure de la foi en France pour pouvoir porter ce trésor à vos frères d’Asie. Puisque déjà, dans votre expérience missionnaire en tant que volontaire M.E.P., avant d’entrer au séminaire, vous avez fait l’expérience d’un certain décentrement par rapport à vos habitudes occidentales, vous êtes en mesure de discerner et de faire vôtre le meilleur de ce que l’Europe peut vous donner : non pas quelques particularismes chauvins mais la puissance même de l’Evangile telle qu’elle s’est incarnée depuis des siècles sur ce continent. Nous pensons tout particulièrement à vos sept camarades qui ont été ordonnés prêtres au cours de l’année 2011 pour le Cambodge, le Japon, le monde lao, Madagascar, Singapour et la Malaisie. Nous aurons la joie de célébrer ensemble l’ordination diaconale de Laurent Gatinois au cours d’une cérémonie présidée par Monseigneur le Nonce le 18 décembre et nous prions pour que de nombreux jeunes Français répondent à l’appel du Seigneur relayé par le Pape Benoît XVI dans l’encyclique Spe Salvi « Que puis-je faire pour que les autres soient sauvés et que surgisse aussi pour les autres l’étoile de l’espérance ? ».

Chers confrères prêtres étudiants venus d’Asie, c’est aussi cet héritage que vous recevez avec nous en France. Ne gâchez pas la grâce de ce temps même si souvent notre pays et notre Eglise peuvent vous sembler profondément étrangers. Profitez aussi de tout ce que nous allons vivre dans le cadre du prochain synode pour la nouvelle évangélisation car celle-ci est la réponse que l’Eglise fait, à l’invitation du Concile Vatican II à annoncer le Christ dans les circonstances présentes de nos sociétés occidentales traversées par une profonde crise de la foi. Pour le moment, vous n’êtes pas aux premières lignes de cette évangélisation mais, par vos études et surtout par votre vie de prière, vous participez à cette initiative car le monde d’aujourd’hui a besoin « de personnes qui annoncent et témoignent que le Christ nous enseigne l’art de vivre, le chemin du vrai bonheur parce que Lui-même est le chemin de la vie » et de « personnes qui avant tout gardent leur regard fixé sur Lui, Jésus, le Fils de Dieu » – voilà pourquoi l’évangélisation doit être fondée sur « un rapport profond avec Lui dans une intense vie de prière » : « le monde d’aujourd’hui a besoin de personnes qui parlent à Dieu pour pouvoir parler de Dieu »(BENOIT XVI, Rencontre avec les organismes ecclésiaux pour la nouvelle évangélisation, Rome, 15 octobre 2011).

Chers volontaires M.E.P., la générosité de votre engagement est la réponse que vous donnez à cette question que nous posait le Bienheureux Pape Jean-Paul II bien avant que vous ne soyez nés : « France, Fille aînée de l’Eglise, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? France, Fille de l’Eglise et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’alliance avec la sagesse éternelle ? »(BIENHEUREUX JEAN-PAUL II, Homélie au Bourget, 1er juin 1980). Avec tous les catéchumènes qui sont baptisés dans nos diocèses chaque nuit de Pâques, vous êtes le signe de la fidélité et de la vitalité de l’Eglise de France – une Eglise qui, parce qu’elle a tant reçu, doit beaucoup donner ! C’est avec une grande confiance et une grande générosité que vous vous mettez au service de l’Evangile durant quelques mois ou années de votre vie. Vous ne demandez pas de réformer l’Eglise, vous désirez dans le fond de votre cœur que la nouveauté du Christ vous transforme, vous convertisse pour que le monde devienne meilleur ! En partant ainsi en Asie et dans l’océan Indien avec nous et pour le service de nos frères et sœurs souvent les plus pauvres, vous incarnez toute la nouveauté de Dieu fait homme en Jésus-Christ. Au moment où nous parlons tant de la nouvelle évangélisation de l’Occident, vous, les enfants des premières terres chrétiennes, vous partez vous mettre au service de l’évangélisation au loin et, profondément transformés par cette expérience – en un sens, évangélisés de nouveau – vous revenez chez vous pour apporter cette lumière et cette vérité de Jésus, tout d’abord dans votre foi renouvelée par cette aventure en Orient, mais aussi par l’orientation que vous donnez à votre vie. Vos chemins sont variés : vocations sacerdotale et missionnaire, vocation diocésaine, religieuse ou monastique, laïque en particulier dans le mariage et la fondation d’une famille. Quel que soit votre chemin, vous nous montrez par la beauté et la qualité de votre témoignage que le Seigneur est au cœur de vos vies ! Certains d’entre vous servent en Thaïlande et au Cambodge, pays éprouvés comme l’a été le Japon tout au long de cette année. Vous êtes en première ligne pour voir de vos propres yeux la foi à l’œuvre, nos frères chrétiens du pays et les missionnaires au service des plus pauvres, de ceux qui ont perdu leur famille, leur maison, de ceux qui ont tout perdu jusqu’au goût de vivre ! Vous pouvez reprendre la lettre aux Thessaloniciens (1 TH 1,3) et dire « Nous nous rappelons en présence de notre Dieu et Père l’activité de votre foi, le labeur de votre charité, la constance de votre espérance, qui sont dus à notre Seigneur Jésus Christ ».


Je voudrais terminer cette lettre en m’adressant à vous chers parents, chers amis, chers bienfaiteurs, chers bénévoles et salariés des Missions Etrangères. Je formule pour vous le vœu que, au cours de cette année, vous puissiez grandir dans votre foi – c’est-à-dire dans votre amitié avec le Fils de Dieu. Que sa lumière vienne éclairer toutes les dimensions de votre vie au cœur des joies et des peines que vous devrez traverser. Il est là, à vos côtés, trésor d’une vie inépuisable. Je fais encore miennes à votre égard ces paroles que le Pape Benoît XVI, vrai maître dans la foi pour le monde présent, adressait récemment à ses compatriotes en Allemagne : « La foi doit être vécue aujourd’hui d’une manière nouvelle pour devenir quelque chose qui appartient au présent. […] Ce ne seront pas les tactiques qui nous sauveront, qui sauveront le christianisme, mais une foi repensée et vécue d’une façon nouvelle, par laquelle le Christ, et avec Lui le Dieu vivant, entre dans notre monde »(BENOIT XVI, Rencontre avec les représentants du Conseil de l’Eglise Evangélique, Erfurt, 23 septembre 2011). Ceci vous pourrez le vivre dans cette communion qui nous unit entre la France et les pays où nous sommes en mission car à travers ces multiples liens spirituels et fraternels entre nous, vous découvrirez combien « la mission renouvelle l’Eglise, renforce la foi et l’identité chrétienne, donne un regain d’enthousiasme et des motivations nouvelles » et vous-même recevrez avec nous la récompense promise : « La foi s’affermit lorsqu’on la donne ! »(BIENHEUREUX JEAN-PAUL II, Redemptoris missio 2).

Voici donc chers confrères et prêtres étudiants, chers séminaristes et volontaires, chers amis des Missions Etrangères, chers parents, ce que je vous souhaite pour cette année nouvelle : que nous grandissions tous dans la foi en Celui qui « fait toutes choses nouvelles » (Ap 21, 7) et l’année 2012 sera pour chacun une bonne année !


8 décembre 2011, fête de l’Immaculée Conception

 

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