Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

Père Nicolas LEFEBURE, Mep à Bangkok

" Le Christ est ici ma boussole "

« Avant même de vivre au milieu du peuple thaï qui m'accueille, se laisser envoyer suffit déjà à goûter la grâce donnée de pouvoir annoncer le Seigneur en des contrées où encore si peu de gens ont vécu la Rencontre, le Passage... Me voici donc à Bangkok depuis déjà quatre mois. Autant l'avouer, tout reste à découvrir! Mais déjà le regard change... Le désir de mieux connaître la population en ses modes de vie et de pensée, ainsi que le travail d'inculturation y afférent, permettent un dévoilement progressif de la culture thaï, tandis que l'écoute des confrères est instructive : quand bien même le Christ est ici ma boussole, les anciens sont un bon moyen de gratter quelques kilomètres dans la course à l'Annonce! Etudes, immersion et prière sont devenues mon quotidien pour un bon moment encore... Je suis heureux d'arriver au pays qui le premier accueillit les Missions Etrangères et place mon espérance dans le Christ qui y établit sa demeure. » (Extrait de la Revue MEP n°406, mars 2006)


Le début du Chemin


En guise de rappel, voici quelques dates majeures, pour ceux qui ne me connaissent pas et ceux qui m’accompagnent déjà…
Septembre 1999, entrée au séminaire. Dans la vie, le jour vient où il faut décider et montrer que l'adage johannique « Dieu premier servi » est pour tous et sous toute forme. Décider, c’est aussi répondre à un appel. Sous la motion de l'Esprit, l'engagement s'affine... En même temps que je goûtais à la pastorale diocésaine et à ses accents paroissiaux, il me fut donné de découvrir un autre visage d'Eglise, en Asie... J’y rencontrais des peuples admirables, jusqu’à ce que le désir de la mission lointaine confirme définitivement celui de la prêtrise. L’Asie devenait la prise de conscience d’un appel à davantage de détachement pour se mieux donner. Cette vocation se réalise aujourd'hui par le biais des Missions Etrangères.
Le 28 Novembre 2004, Je reçois avec paix et joie le sacrement de l'ordre. Le Seigneur m'a fait diacre, me voici ministre de l'Eglise et bienheureux serviteur nommé pour la Thaïlande! Nous avons eu une très belle célébration, vivante et joyeuse, dans notre quartier difficile de ROUEN où ce témoignage était le bienvenu. Une belle occasion de réjouissance et d'espérance pour toute la communauté!
Le 26 juin 2005, l'Eglise qui est à Rouen reçoit quatre nouveaux prêtres. Joie au ciel et sur la terre! Le diocèse compte quatre nouveaux prêtres : Henri, David, Jean-Baptiste et moi-même.
Six ans de formation commune pour le service du Christ et de l'Eglise qui vont maintenant se déployer dans une course unique pour la couronne impérissable. Pendant 6 mois, le diocèse de Rouen me donne de m’initier au ministère cultuel. Vie quotidienne des gens, baptême, mariages, enterrements, sacrement des malades, accompagnement et réflexion, je découvre la joie d’être pasteur! Je tenais à cette petite collaboration locale, prémices d!une coopération future que nous pourrons imaginer et réaliser ensemble…
Le 4 décembre 2005, Messe d'envoi rue du Bac. Mission m’est donnée de partir en Thaïlande, mais ce ne sont ni les Missions Etrangères, ni le diocèse de Rouen, qui m’envoient. « La mission, c’est le Christ ! C’est le Christ, qui me devance et qui m’envoie, le Christ que j’aime, qui me rend heureux, qui me donne envie de le manifester à la Jérusalem terrestre, depuis nos
champs de blé et jusque dans les rizières d’Asie. Il y a certes le précepte du Seigneur : « Allez par toute la terre annoncer la Bonne Nouvelle aux limites du monde », il y a aussi ma joie éprouvée du débordement d’amour de Dieu pour tous les hommes ».

 

Après la messe, notre supérieur le Père Jean-Baptiste Etcharren me remet une croix de mission.
« Nicolas, reçois cette Croix, ne la perd plus de vue et marche d'un pas assuré. S'il arrive un jour ou l'autre que tu ne voies plus le chemin, que tu ne saches plus où tu vas, regarde la Croix et tu sauras au moins qui te conduit ».
Le 8 décembre 2005, Messe paroissiale d'envoi, à Sainte-Marie des Nations. Gens de nos villes et de nos campagnes, aimez et soutenez vos prêtres, ils vous sont tout donnés ! Soyez également heureux d’avoir accepté d’en céder un à la jeune Eglise d’Asie, car c’est vraiment en donnant que l’on reçoit! « Par Marie, Vierge immaculée, la « vie éternelle qui était tournée vers le Père nous est apparue ». Voilà, jeune partant, ce que je crois et ce que je suis appelé à signifier à l’extérieur de nos frontières. Vous aussi, sur les routes ou en vos prières d’intercession, vous devez missionner par le monde! Vous devez quitter un peu de vous-mêmes et de vos habitudes pour aller en introduire un autre que vous : le Tout Autre! Comme le Christ, acceptons d’être placé en situation d’étranger, fragile et démuni, comme pour être bien certain que ce n’est pas nous qui agissons, mais bien la puissance de Dieu qui se déploie. Dans notre mission, soyons confiants, car partout le Christ nous devance! Alors, laissons-Le nous envoyer et, comme Marie, mais à notre mesure, soyons les humbles médiateurs de l’Indicible ».
Arrivée en Mission en Thaïlande, où nous formons un groupe de 25 prêtres MEP. J'ai atterri à Bangkok le lundi 19 décembre 2005, à l’heure liturgique de l’Annonciation et de la Visitation, afin de continuer la proposition de la foi : voilà 350 ans que les Missions Etrangères sont présentes au Siam pour signifier l’espérance chrétienne… La Vie a voulu qu'un nouveau arrive tandis qu'un ancien s'en va... Quelques jours avant mon arrivée, Marcel, 82 ans, est décédé... Nous célébrions le mardi suivant sa messe d'inhumation, présidée par le cardinal archevêque de Bangkok. Il était un confrère manifestement très apprécié (accompagnateur et confesseur du clergé local). Noël 2005 Prier ensemble à l’étranger, une allure de « petit reste» qui favorise la fraternité ! Nous avons célébré Noël avec quelques unes des familles françaises chrétiennes qui sont à Bangkok. Après la messe de Noël, beaucoup sont restés dans le jardin où nous avions disposé tables et guirlandes, pour partager des gâteaux. Chaque dimanche aussi, après la messe, les fidèles prennent le temps de l’échange. Il faut dire que le climat est ici particulièrement favorable aux sorties de messes conviviales… Epiphanie 2006 La communauté paroissiale française est au grand complet. Les vacances sont terminées, les fidèles sont de retour ! Le père Jo me demande de présider la messe de l'Epiphanie dont notre chapelle porte le joli nom. « Aujourd'hui, la quête des mages est pour nous un exemple lumineux, car celui qui cherche Dieu devient lui-même lumière. Comme les mages, repartons par une autre route inondée de la lumière divine. Ce chemin n'est pas fuite mais confiance : il ne revient pas en arrière, celui qui se laisse guider par l'étoile sans laquelle nous ne pouvons rien faire ». Ici la paroisse française compte environ 150 fidèles, dont beaucoup de cadres expatriés avec femme et enfants. Ambiance sympathique! Il y a, pour un pasteur, un travail intéressant à faire, car ce sont des catholiques motivés, et la domiciliation à l'étranger crée une certaine fraternité : on s’ignore peu, quand bien même la vie à Bangkok est facile (il paraît que les français, en Indonésie, sont encore plus solidaires, conditions de vie et de religion obligent). Entrée en Carême « Ayons la Karen attitude » Par delà le désastre du tsunami, il est des lieux de pauvreté qui perdurent. Aussi, l’année dernière, la paroisse française avait décidé de maintenir son aide prévue en faveur de « Home Hal » (centre de soins pour enfants et mamans atteints du sida) dont s’occupe le père Auguste Tenaud, m.e.p. (vous pouvez consulter ici le blog de Gaspard, volontaire MEP : http://gaspardyasofr.blogspot.com/) Avec générosité, les paroisses de Saint Christophe de Cléon (76) et Saint Vincent de Paul (Paris 10ème) s’étaient jointes à cette action. Cette année, la communauté française de Bangkok soutient le père Alain Bourdery (m.e.p.), à l’oeuvre chez les Karen. C’est la rencontre providentielle des milieux économiques et décisionnels avec l’ethnie Karen ici fortement déconsidérée… Bangkok, oriental city. Une grande ville d’Asie dans toute sa splendeur… Bangkok est une énorme métropole (10 millions d’habitants). Il y fait très chaud, environ 35° et 70% d'humidité. L’atmosphère y est très bruyante et très polluée. Le pire, c'est qu'à force, on n'y fait plus attention, sauf quand un nuage de gaz d'échappement vous plonge subito dans une brume des plus noires… La densité urbaine est forte et les activités intenses... Ici, la population est à 70% d'origine chinoise. Toutes les réussites industrielles et commerciales d'envergure sont aux chinois. Cependant, que vous soyez au départ d'origine chinoise ou autre, vous êtes surtout fiers d'être thaï aujourd’hui. Ce sentiment quasi nationaliste pousse à ne prendre chez l'étranger que ce qui peut servir le pays, mais pas davantage. Cela explique sans doute aussi en partie la résistance au christianisme... Sur les trottoirs, des marchands aux petits étalages vous vendent absolument de tout : fruits, grillades, habits, ustensiles ménagers… Sur le plan architectural, la ville n’est malheureusement pas belle. En dehors du palais royal, des temples et de quelques maisons en bois, la ville a connu un urbanisme anarchique.
Silom Road, où se trouve notre Maison Régionale, est avantageusement située. Nous sommes à proximité de la Cathédrale, de l'Evêché, de la Nonciature, de l'Eglise Saint Louis, de l'Ambassade de France... Il y a cinquante ans, ce quartier était encore à moitié couvert d'anciennes rizières. Il est devenu aujourd'hui, tel Manhattan ou la City, le quartier des affaires, recherché. D'ici deux mois, je devrais changer de domicile pour augmenter mon immersion en milieu thaï et observer, en accord avec le Cardinal, le travail d’une paroisse thaïe. Pas facile à trouver cependant... La figure du roi quand un peuple aime son souverain.
Le pays s’apprête à célébrer les 60 ans de règne du roi, en grande pompe. L’actuel roi est très respecté, très apprécié. Son portrait est à l’affiche partout, absolument partout, en tous temps, en tous lieux : à la maison, à l’école, au restaurant, dans le bus… Attention, le moindre mépris vaudra à tout vilain un tour en détention... Sans rôle politique au sein de la monarchie constitutionnelle, le roi est très présent sur le terrain, pour le développement de l’homme et du pays.
Le petit Véhicule Ou la surprise du grand mélange. La Thaïlande a d'abord connu, au fil des siècles, la religion des esprits, l'hindouisme, puis le bouddhisme. Bouddha, ayant dit qu’il n’était pas Dieu, accepta de montrer aux hommes la Voie de Libération ; il leur livra à cet effet les quatre vérités… Pour en savoir plus, veuillez consulter un ouvrage spécialisé, car je ne saurais faire ici un exposé, n’ayant pour cela ni recul ni expérience. En revanche, je peux vous faire part d’un constat tout simple : Vraiment, la plus grosse surprise est de n'avoir pas découvert la Thaïlande bouddhiste telle que je l’imaginais... La pratique courante est loin des stricts canons. Mis à part les moines ou les personnes qui ont étudié, il semble que la population connaisse assez mal la pure doctrine...
En fait, la méditation bouddhique, qui conseille vie simple et générosité envers les moines, ne s’occupe pas du monde présent. Alors, pour intervenir dans le monde actuel (protection, fortune, récolte), les gens ont conservé des pratiques animistes fortes. Il s’en suit un joyeux mélange de rites et d’idoles…
A l’heure où j’écris, la distance me paraît importante entre la réflexion théologique actuelle (dialogue interreligieux, etc.) et les observations de terrain (dévotions, rituels... qui paraissent tellement idolâtres...). Peut-être ce sentiment est-il tout simplement celui de la nécessaire adaptation à un nouvel environnement... J'ai vraiment beaucoup à découvrir et à me laisser inspirer par l'Esprit Saint pour comprendre comment oeuvrer dans pareil contexte... La population locale est très gentille, très attentionnée, très serviable. Je la découvre, lentement, et je m'y attache. Mais la Thaïlande est un pays de mission difficile. Entre préparation divine ou idolâtrie, un discernement est à opérer, et c’est parfois à y perdre son latin, et son sanskrit!
L'atmosphère est résolument religieuse, mais selon un syncrétisme curieux qui ne gène personne. Il y a, par exemple, en face de notre maison, un temple plein de divinités hindoues. Tous les passants s'y rendent, quoique bouddhistes déclarés, pour y faire des offrandes et recevoir une bénédiction. Ils en ressortent marqués de rouge sur le front, ayant adoré sans vergogne quelques divinités, alors que le bouddhisme theravada n’a pas de panthéon.
Le rapport à la mort est délicat ; tout le monde a très peur des phii (esprits) ; sur le trottoir et dans les jardins, des petites maisons en bois sur promontoire abritent ces esprits… afin qu’ils n’errent pas ailleurs... On ne dit pas que l’on va pêcher le poisson. Si ce dernier entend, la pêche est fichue… A leur arrivée, on avertit les cadres occidentaux qu’ils ne doivent pas s’inquiéter de voir certains employés changer d’état civil du jour au lendemain. C’est pour conjurer le mauvais sort, lorsqu’un pépin est arrivé… Pas très loin de chez nous, le Grand Hyatt Hotel jouit d'une fortune singulière... Il faut savoir que la construction de l'hôtel, démarrée en 1953, avait accumulé de nombreux incidents (mort de manoeuvres, naufrage du bateau chargé de marbre d'Italie...). Les ouvriers refusèrent donc de continuer ce chantier maudit... Un astrologue observe alors que la première pierre a été posée à un moment défavorable... mais que cela peut être réparé en édifiant une chapelle à Than Tao Maha-Phrom (Brahma, premier les dieux de l'Inde éternelle). Depuis 1956, les travaux ayant été achevés sans encombre, la petite chapelle d'Erawan ne désemplit pas. Les passants offrent à Brahma argent, spectacles de danse traditionnelle, numéros d'acrobates, fleurs, encens, statuettes d'éléphant en bois. Mais très récemment, en mars dernier, un déséquilibré a réduit en miette, à coups de masse, la statue de Brahma. Il n'est pas bon de déclencher la colère asiatique... l'imprudent a été lynché sur le champ par les fidèles... Ajoutez à tout cela des freins puissants : la face, l'argent, le non-dit…
Au quotidien tout va bien, je suis en forme ! Bon contact avec les thaïs et bonne adaptation aux conditions climatiques et alimentaires (pas difficile, c'est très bon !). Le matin, avant d'aller à l'école, je célèbre la messe à 6h. Vous êtes tous dans mes intentions ! Pour l'heure, l'aspect cultuel de mon ministère consiste essentiellement dans le sacrement de l'Eucharistie.
L'aspect pastoral n'est pas encore, car il se doit d'être déployé en langue thaïe. Je pense à vous, confrères prêtres jeunes et anciens, qui êtes bien débordés sur le terrain. Ce n'est pas encore mon cas... il me reste quelques fonds de culotte à user sur les bancs de l'école! Je m’y atèle sérieusement, car comme disent les anciens, griller une année c'est en perdre dix. Pour vous, donc, courage et, pour moi, patience ! Pour nous tous, joie de servir le Seigneur!
Je me rends ensuite à l'école de langue, tous les matins du lundi au vendredi, de 8h à 12h. Les progrès vont bon train. Dans les magasins ou sur les marchés, j'arrive à discuter. Dans la rue, à cause du bruit et de la subtilité des tons, c'est plus difficile. Petite leçon autour de ma première étole. Je ne dirai jamais assez combien, tout au long de la formation à la prêtrise, je me suis senti porté par la prière et accompagné par la foi et l’espérance de nombreux amis… Aussi ma première étole de prêtre est-elle ornementée de l’inscription « Jésus Sauveur » brodée par Soeur Agnès, ma tante, qui était aussi la marraine
de papa. Merci Tante Agnès ! Pour vous donner une idée de la calligraphie thaïe, voici l’acte de foi que les fidèles voient sur l!étole : cela tient en trois mots : Yéssouphra! Phu’u tha : Jésus Dieu Homme qui rachète
Le groupe de prière du mercredi soir « Je veux chanter Ton Amour Seigneur, chaque instant de ma vie, danser pour Toi en chantant ma joie et glorifier ton nom ». Tous les mercredis soirs, une louange du Seigneur a lieu dans notre chapelle. Mise en place à la suite du Tsunami qui secoua avec pertes et douleurs la communauté française à Bangkok, ce temps de prière spontanée, chantée, et éclairée par une lecture de la Parole de Dieu, perdure. Nous sommes actuellement 20 personnes. Des couples nouvellement arrivés à Bangkok sont venus augmenter le groupe ! De nombreuses intentions sont portées, à la faveur de ce nous vivons ou savons de la vie des autres. Vous pouvez nous confier des intentions, comme le fait déjà abondamment une amie fidèle !
Une rencontre de Taizé à Bangkok, histoire d’un charisme sans frontière… Qui connaît le frère Ghislain ? Frère Ghislain arpente inlassablement les routes d'Asie, invitant la jeunesse chrétienne à se rassembler autour de la Parole de Dieu et de la prière. Dernièrement, il animait une rencontre au collège Mater Dei (soeurs Ursulines de Bangkok). Une prière simple et profonde, en compagnie d'une centaine de personnes, parmi lesquels environ 70 thaïs, signe d’un relais efficace de la pastorale des jeunes à Bangkok. ! Prochaine prière méditative à
Bangkok, le 13 mai de 15 à 16h30, à la Chapelle Orthodoxe Saint Nicolas.
Dimanche 9 avril, trois jeunes de l’aumônerie française se sont rendus avec Benoît, leur responsable, à Mae Ramat, dans le Nord. Je les ai accompagnés. Le but était double : vivre une veillée pascale avec les Karen, et prêter main forte au chantier de construction d’une école d’agriculture. Le père Alain, qui nous a accueillis, s’occupe là-bas de 40 villages. Parce que rares sont les routes, il commence à célébrer Pâques 6 ou 7 semaines à l’avance, en tournée. Là où nous étions, nous avons eu la joie d’assister à 12 baptêmes, dans la simplicité extrême de ces minorités défavorisées. Dans la petite église en bois, les villageois s’étaient rassemblés, vêtus de tissages traditionnels faits à la main. On chante, des femmes allaitent, les vieux crachent par terre, la Résurrection ne manque pas d’Incarnation !
Avant que ne commence la célébration, j’ai confessé de nombreux chrétiens Karen, femmes, enfants, maris, vieillards… J’ai remercié le père Alain qui m’avait sollicité, parce que ce fut pour moi l’expérience de l’écoute du coeur. Il avait prévenu les Karen que je les écouterais « avec les oreilles de Jésus ». Assurément, la Foi puise à la même Grâce. Et le cierge pascal a brûlé toute la nuit… Le lendemain, nous rejoignions Jean-Baptiste, sur le chantier de l’école d’agriculture. A la demande du père Alain, Jean-Baptiste pilote le chantier de A à Z. Afin de rendre service, nous creusons ce jour-là une tranchée pour recueillir les eaux de pluie au droit du toit. Le soir, nous étions logés chez le gendre du premier Karen chrétien de la région, baptisé il y a 40 ans par feu le père Quintard, m.e.p. Ce vieux chrétien est une figure locale : montagnard autrefois sorcier, médecin, il fit en son temps le tour de la Thaïlande à pied. A 70 ans, il nage encore dans les torrents à contre-courant. C’est un homme de foi, devenu conseiller principal du père Alain. Lundi matin, je célébrais la messe dans sa maison. Cela ne devait pas être beaucoup plus dépouillé au temps des Actes des Apôtres… Et l’on se sent tout petit serviteur, lorsque l’on s’entend dire par pareilles gens que l’on est vivement attendu… Et voici qu’avant de partir, nous sommes invités à un mariage. Au village, les deux jeunes mariés, qui ne se sont peut-être pas choisis, ont emménagé dans une petite maison en bambou.
Au pays Karen, les maisons sont sur pilotis, les cloisons sommaires et les toits le plus souvent en feuilles de tek. En dessous du plancher, les cochons et les poules. A l’étage, la famille. Assis au milieu des convives qui chantaient des ritournelles un peu lancinantes, nous avons nous aussi chanté et fait honneur aux plats tout simples et très épicés, ainsi qu’à l’alcool de riz,
redoutable. Faisant, comme tous, une petite offrande aux mariés, nous nous sommes vus gratifiés d’un joli maquillage sur les joues. Une rencontre magnifique, un vrai plein de joies simples! Enfin, retour à pied à travers les rizières desséchées et les brûlis de forêt… A cuire debout! La fête de Songkran Le nouvel an thaï où la fête de l'eau, du jeudi 13 au samedi 15 avril, c’est le Songkran Festival Day partout dans le pays. Trois jours d’arrosage joyeux comme on en rêve enfant. Toute la population, sur le trottoir ou entassée dans des pick-ups, asperge d’eau les passants et leur enduit les joues de talc. Il faut voir cela et, surtout, entrer dans la danse. C’est vraiment rigolo ! Les farceurs remplissent leurs canons d’eau glacée, tandis qu’au fond des bacs gisent quelques bonnes bouteilles de bière… C’est d’ailleurs là que se trouve le problème… Au bout de trois jours de festivités, la Thaïlande compte 500 morts et plus de 6000 blessés. Fatalité ou karma ? Qui sait ? Les critères d’émotion ne sont pas les mêmes que chez nous…
Point Coeur à Bangkok. Maison ouverte à tous les vents… Et que souffle l’Esprit !
Quatre filles de Point Coeur sont à Bangkok dans le quartier pauvre de Khlong Toey. Elles habitent une petite maison au coeur du bidonville, maison ouverte aux enfants des ruelles voisines. Leur vie est de compassion et de consolation auprès des plus pauvres, et parmi eux les enfants d’abord, car les plus innocents. Récemment, Raphaël, prêtre PIME (Missions Etrangères d’Italie) et moi-même y célébrions la messe. Ce jour-là, nous fêtions aussi mes quarante ans!


A bientôt
Christ est ressuscité !
Voici cette première lettre terminée. C’est dans la joie de Pâques que je vous dis à bientôt, répercutant sur vous la bénédiction du nonce apostolique venu cette année célébrer Pâques parmi nous!
 

P. Nicolas