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Chronique du père Vogin, père MEP au Cambodge

Bien Cher(ère)s Ami(e)s,


       Il y a quelques jours, nous fêtions Noël et la naissance de l'Enfant Dieu, qui s'est fait Homme afin que l'Homme devienne Dieu. J'aime beaucoup cette phrase : elle est pour moi l'essence du Christianisme et donc de la venue du Christ dans notre Monde.

       Avec cette lettre vous parviendront mes voeux pour 2010. Je vous souhaite avant tout du bonheur, de la paix et de la joie. Je prie pour que la santé et l'argent ne vous manquent pas non plus. Enfin je veux remercier tous ceux et celles d'entre vous, et vous êtes nombreux, qui d'une façon ou d'une autre nous ont aidés l'année dernière : votre sollicitude multipliée à l'infinie est un soutien précieux qui se vérifie à chaque instant !

      Depuis douze ans, mon travail est avant tout centré sur les Eglises paroissiales du secteur pastoral de Kompong Cham. La première, la plus ancienne, est le bourg de Kompong Cham lui-même. Bien qu'il y ait eu une église dans cette ville depuis 1884, la communauté actuelle, forte de 140 personnes, est entièrement nouvelle, issue du catéchuménat à 100 % (sauf une vingtaine de Vietnamiens). En 1995, deux groupes ont démarré, l'un à Koh Roka avec maintenant une soixantaine de baptisés et en tout une centaine de membres, et l'autre à Phum Thmey, avec respectivement 15 baptisés et quarante membres. Puis il y a eu la naissance de Suong en 1997 et qui continue de végéter et Thmo Pich en octobre 1999 avec une belle croissance ces derniers temps (environ trente personnes). La petite dernière étant Mémot, à proximité de la frontière avec le Vietnam, où se trouvent cinq chrétiens et où nous venons de construire une maison pour y commencer des activités. En ce moment, avec le P. François Hemelsdaël, nous cherchons à lancer une nouvelle église à Roliek où une vingtaine de personnes s'intéressent à notre foi. Au maximum, en comptant baptisés, catéchumènes et catéchisés, cela nous fait environ 350 chrétiens et sympathisants.


       Chaque petite communauté est centrée localement sur son village. L'accent est mis sur le groupe plus que sur le bâtiment ! Le bâtiment ne vient qu'après une longue maturation de trois à quatre ans. Au départ les gens se rassemblent chez l'un d'entre eux ou dans un local loué ou prêté à cette intention. Cette présence locale permet de démultiplier la surface de contact de l'Eglise avec la population et de donner un témoignage proche de la vie quotidienne. C'est ce témoignage qui va porter ses fruits. C'est aussi pour nous une occasion de manifester notre confiance en l'Esprit qui anime et dans les gens qui peu à peu se mettent à son diapason !

       Le défi ici est de relier ces communautés de base avec la Grande Eglise, de leur faire prendre conscience du peuple innombrable auquel elles appartiennent, et cela bien sûr multiplie le travail pastoral du prêtre qui se doit d'être présent sur le terrain et de soutenir ces communautés néophytes.

       Le premier devoir de ces communautés est de prier ! C'est-à-dire de se réunir le dimanche pour rendre grâce au Seigneur des merveilles que pour nous Il a accompli en Jésus son Fils. C'est puiser dans l'action liturgique le sens de notre travail, de notre oeuvre, de notre vie, c'est faire en sorte que l'action ne soit pas découplée de la prière. La prière trouve dans l'action sa continuité naturelle. Pour cela, les gens doivent entrer dans l'esprit liturgique de l'Eglise avec ses chants, ses prières, ses rites, ses temps et bien sûr sa façon d'être qui n'est pas celle du Bouddhisme. Il leur faut aussi pénétrer dans la Bible et recevoir la Parole de Dieu de manière fécondante.

       Le défi ici est de former jour après jour les liturgistes et de transmettre aux Chrétiens les richesses de notre Tradition. En effet quand ils quittent le Bouddhisme, ils laissent derrière eux une pratique riche. Pour nous, c'est un devoir réel que de leur redonner des rites et des signes qu'ils peuvent investir pour exprimer la profondeur de leur psyché. C'est là un défi majeur de l'inculturation de la Foi.

       Les activités sociales sont notre interface avec la société dans de nombreux domaines. Notre action se fait à la carte. On a pour ainsi dire touché à tout : santé, éducation, construction de canaux, de routes, d'écoles, de ponts, de barrages, développement agricole, crédit, alphabétisation, aide à l'emploi, etc. À travers ce témoignage multiforme, les gens découvrent un groupe qui s'intéresse à eux et ne cherche pas à les capter à son profit. Au contraire, ils aiment cette liberté de parole, cette joie, et surtout cette amitié qui est l'antidote le plus sûr contre la solitude et une existence que la plupart pourrait qualifier de morne et dure ! Pour beaucoup l'Eglise est devenue comme une seconde famille -elle a donc naturellement des obligations-, un lieu où ils trouvent une sécurité émotionnelle.

       Le défi ici est d'être vigilant dans l'octroi des aides pour ne pas faire des Chrétiens des assistés qui embrasseraient la Foi uniquement pour un profit matériel.

       Cela est très vrai pour les jeunes. Leur besoin d'une direction adulte est très grand. Ils recherchent aussi un contact amical avec ce monde ! L'Eglise peut leur offrir les deux. La plupart s'investissent à fond dans les études : ils comprennent que c'est leur unique échappatoire pour sortir de la pauvreté. Donc concrètement pour eux, notre communauté offre des "services" qui correspondent exactement à leurs désirs.

       Le défi pour nous est de savoir rester humble, de ne pas vouloir faire du nombre à bon compte, sur le dos de la liberté de ces jeunes. C'est aussi savoir garder la tête froide devant leur enthousiasme à demander le baptême, car par après beaucoup ne poursuivent pas non plus.

       Chaque Eglise est sous la responsabilité d'un leader "éclairé" et d'un comité cherchant le consensus. Ce chef de communauté est le plus souvent un catéchiste mais pas toujours. En tout cas, il émerge naturellement comme la personne ayant le plus d'ascendant, de capacités en divers domaines (notamment littéraire, liturgique et d'animation), d'écoute et avec un pouvoir de réconciliation -et d'absorption des coups- assez élevée. Le comité est constitué des anciens, et de ceux qui ont quelques responsabilités dans le groupe.

       Le défi ici est de ne pas faire du catéchiste l'intermédiaire unique entre le prêtre et la communauté -pour éviter le clientélisme- et si le prêtre s'appuie trop sur lui de décourager le comité dans son rôle pondérateur et animateur.

       Chaque Eglise se trouve dans un processus d'inculturation où le plus important n'est pas l'art (la peinture, l'architecture, la statuaire, l'édition, etc.), l'expression lyrique (les chants, les psaumes, les prières et l'exactitude des traductions) ou les rites liturgiques -même si tout cela reste très très important-, mais la manière dont nous répondons à leur sentiment religieux et la manière de vivre en Eglise. C'est finalement et d'abord pour cela que les gens nous rejoignent. Bien sûr ils sont heureux que nous respections leur identité khmère, mais cela peut être fait de bien des façons. Quelle est la manière cambodgienne de vivre en Eglise ?

       Le défi ici est de découvrir la manière cambodgienne de faire Eglise, car ni les Khmers ni nous (les étrangers) ne savons à quoi pourrait ressembler l'Eglise quand elle épouse la condition khmère !
 

       Je vous partage ces quelques idées en forme de bilan alors que je me prépare à quitter la paroisse de Kompong Cham où j'étais présent pendant près de 14 ans. Je peux dire que j'ai là vraiment appris mon métier de pasteur et de prêtre ! Notre évêque, Mgr Antonysamy, est d'accord pour que j'aille servir l'Eglise au-delà du Mékong, dans la partie Est de la province. Des communautés citées ci-dessus, je garderai la charge de Koh Roka, Thmo Pich, Suong et Mémot. Cela va donc m'imposer un déménagement, c'est-à-dire comme une nouvelle naissance ! Je veux aussi confier à votre prière le nouvel évêque de Phnom Penh, le père Olivier Schmitthaeusler, des MEP aussi, qui vient d'être nommé pour remplacer Mgr Emile Destombes atteint par la limite d'âge. Cette année, je viendrai en France, brièvement (fin juin - mi-août), et comme participant à l'Assemblée Générale des MEP qui durera tout un mois complet. Mais je reviendrai en 2011 pour voir ceux que je n'aurai pas vus.