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Homélie de la messe des funérailles du Père Robert Venet

L’Eglise du Cambodge a tout perdu, mais elle est riche de ses martyrs. Un procès en béatification est en cours pour les martyrs du Cambodge, dont le 1er évêque cambodgien. Le Père Venet a travaillé dans un contexte très difficile. Mgr Ramousse, ancien vicaire apostolique de Phnom Penh, rappelle la vie de ce grand missionnaire.

 HOMELIE DE LA MESSE DES FUNERAILLES DU PERE ROBERT VENET
12 février 1917 - 17 janvier 2013
Lauris, maison de retraite des Missions Etrangères de Paris
Le 22 janvier 2013, par Monseigneur Yves Ramousse

 

Ce texte a été écrit à partir de notes prises pendant l’homélie que Mgr Ramousse a prononcée quasiment sans notes.

Nous voici réunis pour rendre hommage à Robert Venet qui nous a quittés jeudi, après une vie bien remplie. Durant ses dernières années au Cambodge, une ‘historienne’ était venue de Singapour pour écrire le récit de sa vie, collecter de nombreuses histoires. Mais à ce récit manquait un fil rouge… Pour moi, le fil rouge de la vie de Robert Venet a été : Fidélité et espérance.
Dans l’Evangile de la Présentation de Jésus au Temple que nous venons de lire, le vieillard Syméon bénit Dieu, puis Marie, Joseph et Jésus.
‘Maintenant Seigneur, tu peux me laisser m’en aller dans la paix…’. Syméon a cru en l’avènement du Messie. On peut voir en lui un modèle pour la vie de Robert Venet placée sous le signe de la fidélité et de l’espérance.
Parti en mission en 1947, Robert Venet a dû d’abord servir comme aumônier militaire au Vietnam, seul moyen de rejoindre ensuite le Cambodge. Il est arrivé dans le village de Kompong Ko, perdu dans la forêt, à un moment où tous pensaient que l’Evangile n’était pas pour les Cambodgiens. Persuadé du contraire, il s’est mis au travail. Pendant 28 ans, il est devenu de plus en plus cambodgien tandis que ses ouailles devenaient de plus en plus chrétiennes. Soucieux d’améliorer leurs conditions de vie, il a construit pour eux une digue pour l’irrigation des terres cultivables ; à une époque où cela n’était pas courant, il a construit pour le village une église dans le style cambodgien. Il a été une référence pour tous ceux qui voulaient travailler avec les Cambodgiens. Mais toutes ces réalisations ont été ensuite détruites par la guerre, par les Vietnamiens, puis les Khmers Rouges…
Dans un contexte très difficile, le Père Venet est devenu un veilleur, il a été objet d’espérance pour les veilleurs.
Quand fin avril 1975 après la prise de Phnom Penh par les Khmers Rouges, les Pères sont expulsés et doivent quitter le Cambodge en camion, le Père Venet est avec moi dans le camion numéro 17. Homme humble mais fort, il a le don pendant ce périple de s’arrêter pour parler avec les gens.
Après une parenthèse où il a hâte de repartir, il voir s’ouvrir pour lui un autre terrain de mission, à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande. Il est un veilleur qui envoie des paroles d’espérance, à un moment où espérer est un devoir plutôt qu’une consolation.
Il représente l’espérance auprès des réfugiés dans les camps. C’est de cela que témoignera Vithaya Chhuor dont la lettre sera lue à la fin de cette messe.
Le Père dit la messe en cachette à la frontière, sous une touffe de bambous, à la même heure chaque semaine, au même endroit. Les Cambodgiens savent qu’il est là. Parfois se présentent dix personnes, parfois personne… Il confie l’Eucharistie à ceux qui viennent du Cambodge pour qu’ils la portent à leurs frères.
En 1991, après 16 ans d’absence, il peut enfin revenir au Cambodge, avec une immense joie. Au milieu de l’insécurité, il est signe d’espérance. 73 églises ont été détruites, presque toutes les églises, sauf à Kompong Som où il s’installera.
L’Eglise du Cambodge a tout perdu, mais elle est riche de ses martyrs. Un procès en béatification est en cours pour les martyrs du Cambodge, dont le 1er évêque cambodgien.
A Kompong Som, dans un secteur où l’Evangile n’avait jamais été annoncé, il se sert de sa notoriété pour faire grandir les communautés. Quatre nouvelles communautés voient alors le jour.
Il prend ensuite sa retraite à Phnom Penh où il gère la maison des MEP, en compagnie de Rogatien Rondineau.
Il quitte le Cambodge pour Lauris en mai 2009, où il deviendra de plus en plus humble. Le voici maintenant auprès du Père, pouvant dire à son tour : « Maintenant, Seigneur, tu peux accueillir ton serviteur dans la paix… »
Il a vécu complètement en conformité avec l’Evangile : « J’étais réfugié et vous m’avez accueilli »
« Venez, les bénis de mon Père »
Toi, fidèle serviteur, rentre dans la paix de ton Maître.
Telle est notre espérance…