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Père Vincent Sénéchal, prêtre MEP au Cambodge

Kompong Thom, le 17 décembre 2009


       Chers parents et amis,

 

 

       En cette fin d’année 2009, mon habituelle lettre de Noël et de Nouvel An vous rejoint, je l’espère, en bonne santé tant du corps que du cœur. Alors que nous nous préparons à fêter Noël et à remercier Dieu pour le merveilleux cadeau que Jésus constitue pour l’humanité, j’aimerais vous partager quatre mots qui me sont venus à l’esprit en repensant à cette année 2009… Ils traduisent ce que je vis et que je considère comme quelques cadeaux divins reçus en 2009…

 

 

Traduction/Transmission

 

       Ces mots étaient en partie le thème d’une rencontre de la Société missionnaire à laquelle j’appartiens (les Missions Étrangères de Paris : MEP) au mois de Novembre dernier. Ce fut l’occasion pour soixante d’entre nous qui sommes missionnaires au Japon, Corée, Chine, Taiwan, Indonésie, Singapour, Thaïlande, Inde, Brésil, Madagascar, Île Maurice et France de nous retrouver et d’échanger sur notre façon de traduire et de transmettre la Bonne Nouvelle de Jésus dans les pays où nous sommes. Pour ma part, l’exercice de traduction prend de plus en plus de place dans mes activités, dans le cadre de la Société Biblique du Cambodge où nous nous retrouvons entre protestants et catholiques pour traduire des livres pour nos églises. Cette collaboration œcuménique me procure se passe dans un bon climat, elle est agréable et m’aide pour l’apprentissage de la langue khmère. En 2010 devrait ainsi paraître une « Encyclopédie sur Jésus » dont nous venons de terminer la traduction. Une autre satisfaction de 2009 restera aussi d’avoir réussi à boucler la mise en forme de ma thèse pour la publication. Le livre devrait être imprimé en février 2010 et paraître sous le titre « Rétribution et intercession dans le Deutéronome » chez un éditeur de Berlin (W. de Gruyter).

 

Éducation

 

       Depuis quelques semaines, j’assure le suivi éducatif de la dizaine de lycéens que nous accueillons à la paroisse. Ils viennent de familles pauvres, sont pour la moitié chrétiens, certains sont catéchumènes, quelques uns sont bouddhistes. L’Église leur donne ainsi la possibilité de poursuivre leur scolarisation à un âge où beaucoup de jeunes ont déjà quitté l’école et font la rizière, aident leurs parents en gardant les bœufs ou en pêchant du poisson. Nous nous efforçons de leur donner le sens des responsabilités, le goût de l’effort, la joie d’une vie communautaire. Ils font aussi du sport, ont un temps de prière ou méditation en commun, réfléchissent à leur vie et partagent un texte d’évangile par semaine. Je vois la beauté de ce service en faveur de l’éducation de jeunes. Nous nous heurtons à des difficultés, notamment aux carences de l’éducation nationale où ils sont inscrits, à la corruption des enseignants et l’inégalité des examens. Mais en découvrant progressivement ce monde de l’éducation au Cambodge par les jeunes dont j’ai la charge, je me prends à me passionner pour leur croissance non seulement intellectuelle mais aussi humaine et spirituelle.

 

Partage

 

       En septembre dernier, notre province de Kompong Thom a été touché par le cyclone Ketsana. Ce cyclone a fait des dégâts plus importants encore au Vietnam qu’au Cambodge mais notre province a eu sa part de maisons écroulés, d’inondations et de victimes (20 morts). Les médias en ont parlé et nous avons reçu de l’argent tant de l’étranger (France) que du Cambodge (venant du diocèse, de paroisses voisines, du séminaire, d’ONG et de quelques donateurs individuels). Le Père Viney, curé de la paroisse, n’est pas tellement un administrateur. J’ai donc assuré la relation avec les personnes qui proposaient de l’argent pour mettre sur pied cette aide d’urgence. Je dois dire que j’ai été impressionné de la générosité des gens et institutions pour une urgence comme celle-ci. N’étant pas un organisme humanitaire, nous ne disposons pas des moyens ni en personnes ni en logistique pour aider les gens à grande échelle. Nous avons donc dialogué avec Caritas, qui coordonnait l’aide des ONG dans la province et nous nous en sommes tenus à aider les plus pauvres qui passaient à travers les mailles de l’aide des ONG dans quelques villages que nous connaissons. En fait, les laissés pour compte sont nombreux, sachant que pour établir la liste des bénéficiaires de l’aide, les maires ou même le personnel des ONG mettent souvent sur les listes les membres de leur famille ou leurs connaissances… Le Père Viney a eu la sagesse de savoir refuser les propositions d’argent au-delà d’un montant que nous n’aurions pas pu « gérer ». A Maneav, village où je suis chargé de la communauté chrétienne, la récolte a été très endommagée. J’ai procédé à une distribution d’urgence il y a quelques jours et j’ai mesuré la difficulté de ce genre d’exercice. Mais malgré tous les obstacles, il y a des moments où il ne faut pas (trop) avoir d’états d’âme, et agir.

 

Terre Sainte

 

       Finalement, je me souvenais récemment lors d’un trajet en transport collectif vers Phnom Penh (c’est-à-dire coincé au milieu de 21 autres passagers cambodgiens dans un minibus qu’on appelle ici « voiture à touristes ») que lors de mon séjour à Jérusalem, en 2006-2007, j’avais dit à un ami que j’appréciais beaucoup ces quelques mois dans la ville sainte sachant cependant que ma propre « Terre Sainte » se trouvait au Cambodge. Je disais cela beaucoup plus que par analogie. Je savais déjà que le Cambodge d’aujourd’hui et l’Israël de Jésus avaient des ressemblances (un grand lac, un peuple de paysans et de pêcheurs, un peuple qui a connu récemment la déportation, les occupations étrangères, qui a une diaspora importante…). Au-delà de cela, je pensais surtout que le pays qui m’était donné à aimer, les « galiléens », « samaritains », « judéens » qu’il m’allait être donné de rencontrer, d’épauler, d’enseigner, ce serait les gens du Cambodge. Arrivé depuis deux ans, je dois louer l’accueil reçu ici. Je me sens de plus en plus « dans mon élément », heureux en un mot. Parfois fatigué, mais souvent emmerveillé de ce que ma mission me pousse à faire, par vocation, et qui a du sens. Ça vaut la peine d’éduquer des jeunes. Ça vaut la peine de faire une distribution d’urgence à des personnes victimes d’une inondation. Ça vaut la peine de collaborer pour faire connaître la richesse de l’Évangile. Il me semble que c’est le même sens qu’avaient les gestes posés par Jésus il y a deux mille ans, et dont le sens était de produire du bon et du beau.

 

       Je vous souhaite un joyeux Noël et une bonne année 2010. Que du bon et du beau se produisent dans vos vies !