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La Mission au Tibet : des désespoirs à l’Espérance !

Dans le cadre de l’exposition «Missions du toit du monde », Françoise Fauconnet-Buzelin a tenu le 2 mars 2013 une conférence sur l’histoire de la Mission au Tibet, dont voici le texte.
Retraçant la longue histoire de cette Mission, elle montre que la plus petite initiative ou la simple présence de missionnaires ne sont pas vaines. Les graines plantées dès le XVIIème siècle ont germé et portent des fruits prometteurs.

Le Tibet : une province convoitée


Au milieu du XIXè siècle, le Tibet vit depuis deux cent ans sous l’autorité spirituelle et politique du Dalaï-lama qui, après des siècles de luttes entre grandes familles et lignées religieuses, a permis l’unification du pays. Pourtant, depuis l’installation au pouvoir du Vè Dalaï-Lama en 1642, le Royaume des Neiges a connu bien des vicissitudes. L’affaiblissement des anciens protecteurs mongols et la montée en puissance de l’empire chinois sous la nouvelle dynastie mandchoue des Quing a poussé le hiérarque tibétain à se rapprocher de Pékin. Depuis sa visite en 1653 dans la capitale chinoise, un lien privilégié de religieux- protecteur s’est institué entre les deux gouvernements. À la fin du XVIIè siècle, la mort du Vè Dalaï-Lama, tenue secrète pendant 15 ans, puis le règne chaotique du VIè, ont conduit à un renforcement de la tutelle mandchoue qui ne fera que se confirmer au cours du XVIIIè siècle. Les morts prématurées des VIIè, VIIIè, IXè, Xè, XIè, et XIIè Dalaï-lamas entraînent le pays dans une période de régence et de rivalités internes qui durera plus de 150 ans.

En 1723 un représentant chinois, l’amban, est nommé à Lhassa dont il contrôle la politique étrangère. Cinq ans plus tard, la province orientale du Kham est détachée du Tibet et placée sous contrôle chinois. En 1793, après des décennies d’instabilité et de troubles, le Tibet est devenu de facto un protectorat chinois. Soucieux de protéger ses frontières en contrôlant autant que possible les Etats limitrophes, le gouvernement mandchou interdit l’accès au Royaume des Neiges à tout étranger non muni d’un passeport délivré par son administration. Le Tibet, déjà difficile à pénétrer en raison de sa position géographique, est coupé du monde pour des motifs politiques.

Alentours cependant, le contexte international évolue rapidement. Tout en continuant leur conquête de l’Inde, les Britanniques lorgnent vers la Chine, où ils espèrent trouver un débouché pour leur commerce d’opium. Après trois ans de guerre, ils l’imposent à coups de canon. Le traité de Nankin, signé en 1842 avec les Anglais, puis celui de Wampoa, signé avec les Français, arrachent au gouvernement de Pékin des concessions commerciales et une aléatoire liberté de circulation pour les ressortissants étrangers. Déjà affaibli par ces défaites extérieures, l’empire doit faire face à partir de 1850 à une véritable guerre civile provoquée par une secte politico-religieuse, les Taipings, qui durera près de quinze ans et fera entre 20 et 30 millions de victimes. La Chine impériale en sort d’autant plus affaiblie qu’entre temps, en 1860, elle a dû concéder de nouveaux avantages aux Occidentaux à la suite d’un conflit qui s’est soldé par le pillage de Pékin par les troupes franco-anglaises.

Cet affaissement de la puissance chinoise allège le contrôle qu’elle faisait peser sur le Tibet. Mais le Royaume des Neiges, convoité au nord par les Russes et au sud par les Britanniques qui s’efforcent d’ouvrir des voies commerciales à travers l’Himalaya, reprend à son compte une politique isolationniste et refoule systématiquement toute tentative de pénétration étrangère. Exerçant le pouvoir à partir de 1895, le XIIIè Dalaï-lama, après une dernière et vaine opposition aux Anglais qui entrent par la force à Lhassa en 1904, et des années d’exil, tente de profiter de la chute de l’empire chinois à partir de la Révolution de 1911 pour moderniser son pays et affirmer son indépendance. Mais il se heurte à l’opposition des conservateurs et des religieux et se replie dans l’exercice d’un pouvoir de plus en plus autoritaire. En dépit de quelques avancées technologiques, le Tibet politique reste accroché à sa structure féodale et inégalitaire qui concentre la grande majorité des terres et des richesses entre les mains des classes privilégiées, nobles et grand monastères, et maintient le peuple dans un état de soumission tant économique que religieuse.

Quand le XIIIè Dalaï-lama meurt en 1933, il lègue à son pays encore coupé du monde un sombre testament prédisant ruine et malheurs pour son peuple. Son successeur, le XIVè, subira toutes les applications de ce lugubre pronostic que les Chinois convertis au communisme et à la révolution culturelle s’emploieront à réaliser.

C’est ce Tibet-là, bien concret et bien humain, et non le mythe élaboré par des littérateurs en mal d’ésotérisme, ni non plus, hélas, le pays d’origine d’une grande tradition de sagesse et de connaissance, que les missionnaires français vont rencontrer. Et cette rencontre, très vite, va tourner à l’affrontement.

De l'inaccessibilité du Tibet à l'expulsion des missionnaires, les soubresauts historiques de la Mission (1694-1952)

La mission du Tibet a toujours été qualifiée de mission impossible. En plus de trois cents ans d'efforts, aucun missionnaire n'a pu s'y établir durablement : ni les jésuites portugais d’Agra qui, à partir de la première expédition menée en 1624 par Antonio d’Andrade, tentent plusieurs incursions mais ne se maintiennent que très provisoirement dans le pays ; ni au siècle suivant les capucins italiens qui, sous la direction d’Horace della Penna, construisent une chapelle à Lhassa mais doivent quitter la ville sans avoir obtenu de conversions. Cent ans plus tard, les deux lazaristes français Evariste Huc et Joseph Gabet ne seront pas plus heureux : partis de Mongolie, ils parviennent à Lhassa au début de 1847 mais sont expulsés vers Macao au moment même où, à Rome, la mission du Tibet acquiert une existence officielle.

Espérant en effet que les Traités inégaux récemment signés par la Chine avec l’Angleterre et la France à l’issue de la guerre de l’opium favoriseraient la circulation des missionnaires européens dans l’Empire du Milieu, la Congrégation de la Propagande crée le 27 mars 1846 le vicariat apostolique de Lhassa et en confie la responsabilité aux Missions étrangères de Paris en la personne de Mgr Pérocheau, vicaire apostolique du Sichuan. L’objectif est alors de pénétrer au Tibet à partir de cette province chinoise où les Missions étrangères disposent de bases solides. Bien que peu favorable à ce projet qu’il estime irréalisable, Mgr Pérocheau envoie un de ses missionnaires, Charles Renou, explorer la possibilité d’accès par la route mandarine qui relie Pékin à Lhassa et traverse les petites principautés semi-indépendantes du Kham, passées de la tutelle tibétaine à la tutelle chinoise au début de XVIIIè et connues sous le nom de Marches tibétaines. Arrêté à Chamdo dès son entrée en territoire tibétain, Charles Renou est reconduit par les Chinois à Canton. La signature des traités n’a pas fondamentalement changé la situation des missionnaires qui ne peuvent voyager que munis de passeports chichement octroyés par les autorités chinoises.

Face à ce barrage, les directeurs des Missions étrangères décident de tenter une pénétration par le sud-est, du côté de l'Assam ou les Britanniques sont en train de s’établir. À la suite d’un accord conclu avec le vicaire apostolique anglais du Bengale, trois missionnaires sont envoyés à Calcutta avec pour objectif de remonter le cours du Brahmapoutre jusqu’au Tibet. En 1852, et en dépit d’innombrables difficultés, l’un d’eux, Nicolas Krick, parvient en territoire tibétain et passe quelques semaines à Someu d’où il est expulsé par les autorités locales. Deux ans plus tard il revient en compagnie du jeune Augustin Bourry, mais tous deux sont assassinés en septembre 1854 et la mission du Tibet-Sud, jugée trop dangereuse, est abandonnée.

De retour dans les Marches en 1856, Charles Renou réussit à pénétrer au Tibet à partir du Yunnan. Il crée un premier poste à Bonga, dans la vallée de la Salouen, sur des terres incultes achetées à un notable local. Mais une fois le terrain défriché, l’achat est contesté en vertu de la législation tibétaine qui ne reconnaît pas le droit de propriété du sol. Cet argument juridique va être utilisé pour justifier toutes les tentatives ultérieures d’expulsion des missionnaires.
Tandis que Renou intente un long procès pour récupérer Bonga, le premier vicaire apostolique du Tibet nommé en 1857, Mgr Thomine-Desmazures, s’appuyant sur les clauses du traité de Pékin, tente de se rendre officiellement à Lhassa pour y faire valoir les droits de sa mission. Mais il est repoussé par les Tibétains dès qu’il a franchi leur frontière et finit par repartir pour Paris en 1863 afin d’y chercher un appui diplomatique auprès de Napoléon III.

Sur le terrain, les prêtres français qui ont enfin obtenu la restitution de leurs biens retournent à Bonga et profitent d’une vague de conversions opportunistes, provoquée par la signature du traité franco-chinois, pour créer des stations dans les villages environnants. Cette concurrence religieuse, aggravée par le comportement maladroit et parfois arrogant des missionnaires, va redoubler l’hostilité des lamas du voisinage qui perdent ainsi une partie de leurs serfs comme de leurs revenus et font appel aux grands monastères de Lhassa pour les aider à chasser les étrangers.
Bénéficiant de la neutralité complice des fonctionnaires chinois et du soutien formel du Dalaï- lama, les lamaseries des Marches contre-attaquent. En 1865, tous les postes missionnaires sont attaqués et détruits. Le 28 septembre, Gabriel Durand est tué en fuyant son poste. Ses confrères, Jean-Charles Fage, Jean-Baptiste Goutelle, Auguste Desgodins, Jules Dubernard, Félix et Alexandre Biet, se replient de l’autre côté de la frontière. Bonga devient pour tous les missionnaires du Tibet à la fois un but et un symbole, la terre promise vers laquelle vont converger leurs regrets comme leurs espoirs.

Ayant renoncé au projet d’une installation rapide à l’intérieur du pays, les missionnaires se redéploient dans les extrémités occidentales du Sichuan et du Yunnan. Le siège épiscopal est fixé à l’Est, à Tatsienlou, point de rencontre des zones culturelles chinoises et tibétaines. À l’Ouest, les rescapés de Bonga s’établissent le long de la frontière, à Yerkalo (Sichuan) et à Tsekou (Yunnan) d’où ils essaiment progressivement. Mais ces îlots chrétiens provoquent des jalousies au sein de la population et demeurent la cible des lamaseries. Périodiquement harcelés, attaqués ou expulsés, les missionnaires invoquent le protectorat français sur les missions de Chine pour réintégrer leurs postes et obtenir des indemnités.

En 1880 Mgr Biet reprend l’idée d’une pénétration par la frontière indienne. Auguste Desgodins et Henri Mussot s’installent en 1882 à Pedong, près de Darjeeling, au Sikkim. Leur mission jouit de conditions paisibles mais enregistre à ses débuts peu de conversions. Avec les premiers baptisés, Jean-Marie Hervagault fonde en 1891 le village chrétien de Maria Basti. Dans les années qui suivent, les deux communautés se développent régulièrement. Jules Douenel construit une église, un hôpital, des écoles et un grand orphelinat à Pedong. Aucun des missionnaires cependant ne se trouve en mesure de franchir la frontière tibétaine.

Pendant ce temps, dans les Marches, leurs confrères comptent sur la pression anglaise qui s’accentue sur le Tibet durant les premières années du XXe siècle pour forcer les portes du pays interdit tandis que les mouvements anti-occidentaux se développent dans l’Empire du Milieu. En 1901 les Boxers ravagent les postes proches de Tatsienlou, mais les missionnaires du Tibet échappent globalement aux violences xénophobes qui se déchaînent sur leurs confrères de Chine.

En 1904, l’entrée en force des Britanniques à Lhassa et la fuite du Dalaï-lama ont un effet opposé à celui qu’espéraient les missionnaires. La réaction de Pékin, qui renforce son contrôle sur les Marches, provoque une révolte de la population tibétaine contre l’administration chinoise et aussi contre ses protégés, les prêtres français. La plupart des postes sont attaqués. En 1905 Henri Mussot, Jean-André Soulié, Pierre-Marie Bourdonnec et Jules Dubernard sont massacrés par les lamas de Batang et Atentse.

De 1905 à 1911, Mgr Giraudeau profite de la reprise en main des Marches tibétaines par le commissaire impérial chinois Zhao Erfeng pour reconstruire les postes détruits. Mais les débuts de la Révolution chinoise, qui plonge le pays dans le chaos politique et les luttes intestines, ainsi que le retour à Lhassa du Dalaï-lama, bouleversent cet ordre péniblement rétabli.

Alors que des conflits frontaliers éclatent périodiquement entre Chine et Tibet, les missionnaires français, grâce à leur neutralité, vont connaître une période de stabilité et d’influence grandissante et multiplier leurs œuvres caritatives afin de venir en aide aux populations épuisées par les famines, les guerres et le brigandage. Pour les soutenir, Mgr Giraudeau fait appel à de nouvelles congrégations : franciscaines missionnaires de Marie et franciscains qui s’occupent de l’hôpital de Tatsienlou et de la léproserie d’Otangtse, puis chanoines suisses du Grand-Saint-Bernard qui entreprennent la construction d’un hospice de haute montagne au col de Latsa, entre Salouen et Mékong.

En 1927, bien que les mouvements xénophobes se développent, les missionnaires refusent de répondre aux consignes d’évacuation lancées par le gouvernement français. Pourtant, l’année suivante, le poste de Batang, jugé trop dangereux en raison des affrontements entre factions tibétaines et Seigneurs de la guerre chinois qui s’y concentrent, est abandonné. Au sud, la mission du Sikkim, trop éloignée et impossible à gérer depuis Tatsienlou, est détachée de la mission du Tibet en 1929, et érigée en préfecture apostolique de Kalimpong-Sikkim. En 1937, elle sera cédée aux chanoines suisses de Saint-Maurice.

En 1932, une modification de frontière fait passer sous administration tibétaine le poste de Yerkalo qui devient, presque soixante-dix ans après la destruction de Bonga, l’unique station chrétienne du Tibet interdit. Son curé, Victor Nussbaum, parvient à s’y maintenir en dépit de tracasseries en tout genres, mais il est assassiné par des brigands en septembre 1940. Neuf ans plus tard son successeur, le chanoine suisse Maurice Tornay, sera expulsé de son poste et tombera sous les coups des lamas de Karmda alors qu’il tentait de se rendre à Lhassa pour y plaider la cause de sa mission.

La Mission du Tibet, ruinée par le passage de la Longue Marche en 1936, puis par la guerre mondiale qui interrompt pendant six ans les communications avec l’Europe, ne fera plus que végéter et ne survivra que trois ans à la proclamation, le 1er octobre 1949, de la République Populaire de Chine. Sévèrement contrôlés à partir de 1950, les missionnaires seront arrêtés après la confiscation de leurs établissements et finalement expulsés en 1952.
 

Chrétientés actuelles : entre épreuves et espoirs (1952-2013)

Soixante ans après la fin de la mission officielle de la mission du Tibet, que reste-il aujourd’hui du siècle d’efforts déployés par les 108 missionnaires qui y consacrèrent leur vie ?

Dans les Marches tibétaines, les communautés fondées par les missionnaires ont connu le même sort que l’ensemble de l’Église en Chine. Jusqu’en 1980, bien que les églises aient été réquisitionnées par le gouvernement, de nombreux catholiques tibétains ont continué à pratiquer leur religion en privé, y compris durant la terrible période de la “révolution culturelle“ entre 1966 et 1977.

Au début des années 1980, à la faveur de la politique d’ouverture de Deng Xiaoping, les communautés tibétaines catholiques du Yunnan ont été rattachées au diocèse de Dali et regroupées en trois districts pastoraux : Cizhong, Xiao-Weisi et Gongshan qui totalisent entre 5000 et 7000 fidèles. Quant à la seule communauté catholique de la région autonome du Tibet, Yerkalo, rebaptisée Yanting, elle est passée avec ses 600 fidèles sous l’administration directe du bureau des affaires religieuses de Pékin. En outre, quelques communautés plus petites et clairsemées subsistent dans la région de Tatsienlou, aujourd’hui Kangding, et dépendent du diocèse de Leshan.

En raison de l’absence de prêtres, les activités pastorales reposent essentiellement sur le travail des chefs de communautés. Les catholiques se rassemblent le dimanche dans les églises, qui ont été restaurées ou reconstruites pour célébrer une liturgie de la parole. Les plus fervents se réunissent chaque soir pour des prières communautaires.
Depuis quelques années, et en dépit du phénomène de vieillissement dû à l’immigration de la plupart des jeunes vers les grandes villes, plusieurs séminaristes issus de ces communautés se sont formés au sacerdoce et prennent une part active à l’animation paroissiale. Mais au terme de leurs études, ils se heurtent au problème de l’absence de légitimité de leurs évêques qui ont été ordonnés sans l’accord de Rome.

La situation juridique est évidemment plus facile pour les communautés fondées au Sikkim. En 1962, la préfecture apostolique de Kalimpong a été réunie au Bouthan pour former le diocèse de Darjeeling et s’est naturellement intégrée dans le fonctionnement de l’Église indienne. Cependant, les événements les plus surprenants se produisent plus à l’Est, sur le territoire de l’ancienne mission du Tibet-Sud abandonnée depuis 1854.

Tandis qu’à partir de l’arrivée en 1921 des salésiens indiens, le catholicisme s’étend progressivement en Assam, la zone frontalière entre Inde, Birmanie et Tibet, baptisée NEFA (North East Frontier Agency) par les Britanniques est tenue à l’écart du monde en raison de son intérêt stratégique. En 1947, le nouveau gouvernement de l’Inde indépendante en interdit l’entrée aux non-résidents. Déclarée territoire de l’Union sous le nom d’Arunachal Pradesh en 1952, cette région accède au statut d’État en 1987.

Sur le plan religieux, la population est soumise au Freedom of Religion Act, qui interdit toute conversion à une religion d’origine étrangère. Cependant de jeunes Arunachalis découvrent le christianisme dans les collèges salésiens d’Assam où ils viennent faire leurs études et se font baptiser. Ces conversions entraînent une réaction violente de la part des autorités. Mais en dépit des persécutions dont ils sont victimes, ces nouveaux chrétiens persévèrent dans la foi.
Les événements vont se précipiter à partir du baptême en août 1979 d’un jeune chef tribal d’Arunachal Pradesh, Wanglat Lowangcha, par un missionnaire salésien de Shillong, le P. Thomas Menamparampil. À sa suite, des villages entiers ainsi que des personnages influents se convertissent.

En 1983, Thomas Menamparampil, nommé évêque de Dibrughar, ouvre à Tinsukia en Assam une Bible School qui dispense à la fois un enseignement religieux et un enseignement général. De nombreux étudiants venus d’Arunachal Pradesh adhèrent au christianisme et, grâce à leur formation catéchétique, le propagent dans leur pays. Progressivement, ils accèdent à des postes élevés dans l’administration où leur influence grandissante permet l’abolition, en 2005, du Freedom of Religion Act.

Le 7 décembre 2005, Benoît XVI érige deux diocèses en Arunachal Pradesh : Itanagar, la capitale, à l’Ouest, et Miao pour la partie Est. Depuis, cette jeune Église, qui compte environ 150 000 fidèles, connaît un développement très rapide avec la multiplication des institutions caritatives et des lieux de culte.

Reconnaissance posthume

Pour Mgr Thomas Menamparampil et Mgr George Pallipparambil, ancien directeur de la Bible school de Tinsukia et aujourd’hui évêque de Miao, les Pères Nicolas Krick et Augustin Bourry, assassinés en 1854 par des membres de la tribu des Mishmis, doivent être considérés comme les martyrs fondateurs de la jeune Église d’Arunachal Pradesh. Pourtant, de leur vivant, les deux missionnaires français n’ont fait que traverser le territoire sans obtenir la moindre conversion. Mais le souvenir du passage de ces deux étrangers barbus et inoffensifs qui soignaient les malades sur leur route est encore présent dans certaines tribus, et tous deux sont l’objet d’une grande vénération, en particulier dans les environs de Tezu, la “capitale“ des Mishmis. Le dossier de béatification de ces témoins invisibles des “ racines souterraines de l’ordre de la grâce ” est actuellement en cours d’instruction à Rome, à la demande de Mgr Pallipparambil.
Françoise FAUCONNET-BUZELIN, Chargée de recherche aux Missions étrangères de Paris


Bibliographie

  • Laurent DESHAYES, Tibet (1846-1952), Les Missionnaires de l’impossible, Paris, Les Indes savantes, 2008.
  • Françoise FAUCONNET-BUZELIN, Les Porteurs d’espérance, la mission du Tibet- Sud (1848-1854), Paris, Cerf, 1999.
  • Françoise FAUCONNET-BUZELIN, Les Martyrs oubliés du Tibet, chronique d’une rencontre manquée (1855-1940), Paris, Cerf, 2012.