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Conversation avec Yann VAGNEUX, prêtre Mep

Yann, tu as 32 ans et tu vas être ordonné prêtre mep le 5 juillet prochain. Peux-tu revenir un peu sur ce parcours qui t’a conduit au sacerdoce ?

 

Depuis l’âge de 8 ans, je suis habité par cet appel à être prêtre. C’est donc une longue histoire ! Celle de la fidélité et de l’amour de Dieu à mon égard.

A l’âge de 19 ans, j’ai arrêté mes études de philosophie pour me marcher d’une façon sans retour sur ce chemin de la prêtrise. 13 ans se sont écoulés depuis, comme vous le voyez. Ce fut un voyage au long cours, passionnant, imprévu… sûrement à l’image de ce que sera ma vie de prêtre. En tout cas, je n’ai jamais regretté une seule seconde tout ce qu’il m’a été donné de vivre pour me préparer à être prêtre, et en 13 ans, j’ai vécu tant de choses. 6 années au séminaire bien entendu mais auparavant de nombreuses années dans des bidonvilles en Inde et en Argentine. Des périodes quasiment monastiques et des périodes en pleine pâte humaine, de longues journées d’études et aussi la découverte de la vie paroissiale. Des heures silencieuses de prière et d’innombrables rencontres humaines à travers les continents. Voilà tout ce qui a façonné peu à peu mon cœur de prêtre.


Et pour toi, Yann, qu’est-ce qu’être prêtre ?

 

Cela je vous le dirai effectivement dans quelques semaines ! A l’approche de l’ordination, je n’ai pas envie de fixer en quelques idées précises la grandeur de ce que je vais découvrir et vivre au jour le jour.

Pourtant, je dois bien confesser que j’ai quelques intuitions qui m’ont été données par des prêtres admirables que j’ai rencontrés et surtout par tant d’amis qui m’ont révélé la beauté du sacerdoce. C’est pour cela qu’il me semble qu’un prêtre est avant tout le serviteur du Mystère. Je veux dire le serviteur du Mystère du Christ. Ce n’est pas rien ! Je comprends d’ailleurs de plus en plus pourquoi beaucoup de prêtres m’ont conseillé depuis le départ de laisser Jésus creuser en moi cette profondeur en me laissant fasciner par lui afin que, quand le temps sera venu, je puisse le redonner en son mystère à beaucoup. Oui, Jésus est un mystère fascinant. Un mystère d’amour et de miséricorde, un mystère de tendresse, le mystère de Dieu même qui se fait proche de nous… Tout ceci il faut des années d’amitié avec lui pour que ce ne soit plus seulement des mots intellectuels mais une véritable expérience. Je sais aussi que je n’ai pas fini de grandir dans cette amitié avec lui et voilà pourquoi la vie est belle !


Ce prêtre, tu le seras en Inde pour toute ta vie. As-tu quelques idées de ce que seras ta mission ?

 

Ce que je voudrais tout d’abord souligner, c’est qu’il y a 10 ans, je suis parti pour la première fois vivre en Inde. Durant 3 ans, je me suis enfoui dans un bidonville de Madras où la plupart de mes amis étaient intouchables et hindous. Là, je me suis pris d’une véritable passion pour ce peuple, qui est un très grand peuple. Mais jamais, non jamais, je n’aurais imaginé que 10 ans plus tard, à mon ordination diaconale, les Missions Etrangères m’envoient en Inde à vie. C’est cela cette fidélité de Dieu à mon égard, dont je vous parlais au début.

Pour moi, c’est d’abord un grand privilège de vivre au milieu du peuple indien. Après ce que j’y vivrai concrètement, je n’en ai pas la moindre idée. Cela fait des décennies qu’aucun jeune confrère MEP n’a été envoyé là-bas. Tout est à découvrir au jour le jour et c’est bien ainsi.

Ce que je voudrais avant tout c’est aimer passionnément ce peuple, entrer de plus en plus en communion avec lui. Je sais aussi que petit à petit, avec lui, je découvrirai le chemin de ma vie missionnaire, comme je me suis laissé guidé dans cette aventure imprévue à Madras autrefois.

Mais comme prêtre de Jésus, je devrais aussi avec beaucoup d’amour et de délicatesse être le témoin de la nouveauté du Christ.


Qu’entends-tu par nouveauté du Christ ?

Pour moi, cela est quelque chose d’essentiel. Le Christ apporte une nouveauté insoupçonnée pour tout homme et je peux dire qu’il a apporté une véritable nouveauté dans ma vie. C’est là le cœur de mon amitié avec lui. Cet amour dont il nous comble est unique et toujours nouveau.

Je peux reconnaître aussi que mes amis hindous m’ont aidé à découvrir Jésus dans sa nouveauté. Il faudrait une autre interview pour le développer plus longuement mais je dirai très rapidement qu’en sortant à l’âge de 21 ans de mon monde occidental et chrétien pour plonger en monde indien et hindou, j’ai redécouvert le Christ comme j’avais ne l’avais pressenti. Et cette nouveauté qu’il apporte, c’est cette possibilité de vivre en communion les uns les autres par delà tout ce qui nous sépare et qui sont souvent des abîmes. En lui, nous nous découvrons si proches les uns les autres et si proches de Dieu.

Cette nouveauté est le cœur de notre expérience chrétienne. Quand elle a brillé devant nous, comment ne pourrions nous pas faire autre chose que vouloir en témoigner à tout homme ?


Qu’aurais-tu à dire à des jeunes qui ressentent l’appel à être prêtre et à être missionnaire en Asie ?

 

D’abord, ce que je me dis souvent à moi-même est qu’il faut tout faire pour que ma vie de prêtre et de missionnaire soit désirable. Malheur à moi si j’étais à ce point usé que plus aucun jeune ne désirait emprunter ce chemin pour lequel j’ai donné ma vie car ce chemin est magnifique.

Ensuite, je dirai à celui qui ressent en lui l’appel du Christ à son égard : « N’aies pas peur de l’inconnu ». Au contraire, l’inconnu est le signe que Dieu nous guide comme il veut et qu’en cela il rend grande et belle notre vie. Bien sûr, ce n’est pas un chemin de tout repos mais le chemin de Jésus ne fut pas de tout repos ! Mais le chemin de la prêtrise et du sacerdoce est rempli d’une immense promesse de joie intérieure d’abord pour soi et ensuite pour tous ceux auxquels le Christ nous envoie. Cela, il faut se rappeler souvent : il fait de nous ses ambassadeurs de paix et de pardon, de consolation et de joie.

A 32 ans, après tout ce chemin parcouru, je ne peux que rendre grâce au Bon Dieu pour tout ce qu’il m’a donné, mais je sais de plus en plus que les années passent à une vitesse foudroyante et que l’on ne parcoure qu’une seule fois le chemin de la vie. C’est pour cela que je dirai à tous ces jeunes « Vite, ne traînez pas », « l’amour de Dieu nous presse » comme l’affirme saint Paul ou encore, pour reprendre la phrase indienne de mon image d’ordination « Tout ce qui n’est pas donné est perdu »…