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Lettre du père Lucien Legrand, père MEP en Inde

       Chers parents et amis,

 

       Voilà déjà trois mois que mon congé en Europe se terminait. Durant ce séjour en Europe j’ai essayé de vous revoir autant que possible. Mais comme c’était la période des vacances d’été, où beaucoup de monde voyage, je n’ai pas pu joindre l’un ou l’autre que je demande de m’excuser. Pour tous ceux que j’ai pu rencontrer, tous mes remerciements encore pour votre accueil chaleureux et familial. Les voyages accumulés devenaient fatigants mais les rencontres étaient bien réconfortantes.

       Donc, le 17 décembre, dans la nuit, au terme de 10 heures de vol direct, je retrouvais l’Inde et Bangalore. Bangalore c’est toujours cette ville de contrastes, ce curieux mélange d’ultra moderne et de Tiers Monde. D’une part, un dynamisme économique remarquable qui fait de cette ville de plus de 7 millions d’habitants un pôle mondial de l’informatique avec ses deux « electronic cities » aux bâtiments miroitants de style Centre Pompidou. Certains quartiers ont un petit genre Singapore avec leurs galeries marchandes, leurs façades d’alu et verre, et, le soir, les néons rutilant de toutes couleurs. Mais de l’autre côté, c’est aussi la ville qui suit mal ces développements avec sa circulation démentielle dans des rues trop étroites, trottoirs défoncés où traînent les ordures, égouts à ciel ouverts, bidonvilles, sans parler des coupures de courant programmées ou non. Dès qu’il pleut la ville devient bourbier,.. ou marécage. Tout cela à l’image de l’Inde turbulente de notre millénaire. La Presse prétend que la crise économique n’a pas de répercussion en Inde et qu’il y a encore de 6 à 8% de croissance. Il faut dire qu’on part de bien bas et que les 6 à 8% de croissance sont 6 à 8% de pas grand-chose. Il faudra beaucoup de progrès à 6% pour amener la grande masse de notre milliard d’habitants à un niveau de vie normal, surtout que la croissance s’accompagne d’une hausse du coût de la vie. A propos de la Conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique, un dessin humoristique du journal d’hier montrait une famille de bidonville assise devant leurs pots vides et disant : « notre contribution à la réduction de carbone est de 100% puisqu’on n’a plus rien à mettre dans la marmite».

       A mon retour à la mi-septembre, je retrouvais aussi évidemment notre séminaire et sa Faculté de théologie… et les cours qui m’attendaient. Il fallait même mettre les bouchées doubles pour rattraper mon absence : l’année scolaire en Inde commence en juin. Outre les cours, il y a l’accompagnement des thèses de doctorat et des mémoires de maîtrise et les cours et causeries que l’on me demande à droite et à gauche, à Bangalore et environs, mais aussi à Nagpur au centre de l’Inde et en Thaïlande où j’étais il y a quinze jours.

       Rentré en Inde, je retrouvais également mes confrères de notre groupe MEP local. Ce groupe se rétrécit de plus en plus. L’Inde ne donne pas de visa missionnaire et comme par ailleurs l’Inde serait plutôt exportatrice de missionnaires à l’étranger, les MEP ont d’autres priorités pour envoyer des jeunes, comme le Cambodge, la Chine, les minorités ethniques de Thaïlande, de Taiwan, etc. Bref, nous ne sommes plus que 5. Quelques jours après mon arrivée, le dernier missionnaire MEP de Pondichéry, le P. Yves Olivier, décédait d’un cancer généralisé. Partis régler sa succession, mes deux amis, Camille Cornu et Henri Bonal (que plusieurs de vous connaissent), étaient victimes d’un accident d’auto: un camion qui s’était déporté sur la droite dans un virage, percutait leur Logan et la ratatinait. Ca aurait pu être plus grave. Ils s’en sont tirés l’un, Camille, avec un dislocation et fêlure de la hanche, l’autre, Henri, avec un hématome au poumon. Ce fut pour moi l’occasion d’un voyage, pas très gai, à Pondicherry, pour m’assurer qu’ils étaient bien pris en charge. Pour Camille, ce fut une opération et incapacité de marcher pendant encore un mois; pour Henri des ponctions qui lui ont remis le poumon en place. Tels sont les aléas de la circulation anarchique en Inde. Je crois que l’Inde est le pays au monde qui a le taux le plus élevé d’accident par véhicule en circulation.

       Et Christupalayam dans tout cela ? J’avoue que je n’y vais plus que rarement. D’abord à cause justement des conditions de circulation. Quand j’y étais, le couvrais les 80kms à moto en une heure et quart tout décontracté. Maintenant avec la traversée de la ville tentaculaire de Bangalore et la ville champignon de Hosur, la circulation insensée sur la route qui les relie, et les bouchons fréquents, je mettrais plus de deux heures épuisantes pour faire la même route…. A supposer que je fasse encore de la moto, ce qui n’est plus le cas ! Ensuite et surtout, l’ensemble scolaire et les foyers de garçon et de filles que vous avez aidé à lancer sont maintenant bien partis et sont devenus une des institutions solides du secteur et du diocèse. C’est donc pour moi l’occasion d’appliquer la politique des Missions Etrangères: on lance du neuf et quand c’est bien parti, on s’en va ! Ma participation reste financière en leur transmettant les dons reçus pour les agrandissements toujours requis. D’autres projets méritent aussi notre considération. Mon diocèse de Dharmapuri est le diocèse le plus récent (1997) et le moins développé du Pays Tamoul. J’ajoute donc ci-dessous la mention rituelle.

       J’ajoute surtout tous mes meilleurs vœux de Noël et de Bonne Année

                                                                     Bien cordialement.

                                                                           L. Legrand

L. Legrand St Peter's Seminary

P.B. 5559 Bangalore 560055
((91-80) 221 96 523 e-mail: legrandmep[nospam]gmail.com