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Séisme au Népal : des nouvelles d’un missionnaire jésuite sur la zone

Le Père Yann VAGNEUX, MEP, missionnaire à Bénarès en Inde nous communique la lettre d'un missionnaire jésuite vivant dans la région touchée par le séisme du 25 avril 2015.

En ce qui me concerne, tout va bien mais, dans le pays, quelle désolation ! Notre mission de Tipling (dont article dans l’Annuaire S.J. de 2013, que vous avez peut-être reçu) semble fort touchée, d'après les dernières nouvelles reçues: une douzaine de morts. Beaucoup de maisons effondrées, dont la petite résidence de nos deux confrères. Tipling, au nord-ouest de Katmandou, se trouve en fait relativement proche de l'épicentre du séisme.

Samedi dernier, 25 avril, nous nous trouvions, les scolastiques (étudiants jésuites) de Kamal Niwas, Bill Robins et moi-même, à Okhaldhunga, un village de moyenne montagne à quelque 150 km à l’est de Katmandou. Un confrère jésuite, Tek Bahadur Paudel, enfant du pays, y était ordonné prêtre. Le village est entièrement hindou, y compris la famille de Tek. Lui-même est le seul à être devenu chrétien, il y a, je crois, une quinzaine d’années. Pas d’église donc. L’ordination avait lieu en plein air, sous un pavillon temporaire qui occupait le terrain de jeu de l‘école du village. Le détail est important… Car cela nous a sauvés. La cérémonie commença à 9.00am et se termina vers 11.30am. Beaucoup étaient encore sous le pavillon, à féliciter le nouveau prêtre, lui mettant autour du cou la khada traditionnelle, lorsque la première secousse sismique (à 11.57am) a secoué la région : violente et relativement longue. Tout tanguait come un navire sur les vagues. Moi-même je venais de quitter la zone couverte par le pavillon. Mais scène effrayante : nous étions en hauteur et pouvions voir de l’autre côté de la vallée des nuages de poussière qui s’élevaient ici et là, accompagnés de hurlements. Chaque nuage signifiait qu’une maison s’écroulait ou qu’un pan de montagne glissait créant un éboulement de rochers et terres et descendaient en grondant des sommets vers le creux de la vallée.

Beaucoup de dégâts à Okhaldhunga également : les maisons effondrées n’étaient pas trop nombreuses, mais je n’en pas vu une seule qui ne fut plus ou moins gravement endommagée - avec annexes, étables et greniers - et donc inhabitables. Y compris la maison des parents du nouveau prêtre, et celle qui m’hébergeait. Cependant – miracle au sein de la catastrophe – ni mort ni blessé à Okhaldhunga. Quasi tout le village était en fait à la cérémonie d’ordination. Quand en soirée, avec Tek, je rendis visite à quelques familles, on nous disait souvent : « C’est votre Seigneur qui nous a sauvés… ! Grâce à la cérémonie nous étions tous à l’extérieur.»
Je ne voudrais pas être trop long aujourd’hui. J’espère cependant revenir sur cette expérience plus tard, dans un texte plus long. Si cela vous intéresse je vous en enverrai une copie.
Il nous a fallu trois jours pour rentrer à Katmandou. Tout le long de la route de retour (pour une longue section du trajet, une simple piste empierrée et boueuse car il pleuvait par intermittence) , de villages en bazars et de bazars en petits bourgs, quelle désolation ! Beaucoup de maisons ne sont plus qu’amoncellements de décombres, pas encore dégagées. Je ne doute pas que le nombre de morts officiellement recensé à 4700 (alors que je vous écris) va augmenter. Les secousses vont en diminuant d’intensité. J’en ai compté 10 jusqu’à hier soir, (28 avril 16.45pm) peu après mon arrivée à Kamal Niwas (Katmandou). La 7ème, le 26 avril à 13.10pm (25 heures après la première) fut aussi intense que la 1ère, mais plus brève. Nouveaux dégâts et nuages de poussière. Là où je logeais le mur latéral de la maison, largement fissuré par le premier séisme, s’est alors écroulé : les pièces de l’étage ouvraient sur le ciel. (voir photo)

Le voyage de retour, avec notre bus de 25 places, fut épique, avec grand détour de 60kms supplémentaires car un pont, devenu dangereux, était fermé à la circulation.

Nous craignions que découvrir à Kamal Niwas… Mais les deux bâtiments ne semblent pas avoir subi de dégâts structurels. A l’intérieur, par contre, le spectacle était navrant. Dans ma chambre la bibliothèque était tombée éparpillant livres et papiers dans toute la pièce. Dans la chapelle quelques statues au sol, et brisées. Quelques pertes matérielles, en somme, mais rien de grave. Une 10ème secousse nous accueillait peu après notre arrivée à KN : très sentie mais brève. Cela crée de l’anxiété évidemment et nous maintient sur une sorte de qui-vive permanent, prêts à sortir du bâtiment ou nous tapir sous le lit. A quand la prochaine ?

La ‘ Nepal Jesuit Society’ (‘Compagnie de Jésus au Népal’) s’organise et voit ce qu’il y a moyen de faire avec nos ressources. Deux équipes des facultés universitaires Saint-Xavier sont déjà sur le terrain dans deux villages différents.
Propos recueillis par le Père Yann VAGNEUX, MEP