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Des nouvelles du père Gourdon, missionnaire en Indonésie

Depuis Noël 2010 je suis resté silencieux, mais qui suis connu comme bavard. En effet en 2011 j’étais en France où je suivais un traitement à Montbeton (maison de soins des MEP) et de temps en temps chez Françoise, ma sœur, de façon à pouvoir rencontrer la famille.

Le 30 avril 2012 j’étais de retour en Indonésie pour suivre avec mes confrères et amis une superbe retraite animée par Albert Rouet, ancien archevêque de Poitiers. Ensuite je me suis remis au travail, petit-à-petit et tout s’est tranquillement remis en place. Et maintenant c’est Noël avec tout son cortège de célébrations avant-pendant-et-après. Cela veut dire aussi qu’une année va s’ouvrir après les fêtes d’une naissance. Cela veut dire aussi que l’avenir est grand ouvert pour contribuer à faire grandir ce petit enfant qui vient de nous être donné. Oui donner naissance, c’est croire en l’avenir et c’est se mettre à l’œuvre pour faire progresser le Royaume qui nous est promis.

C’est la période des rassemblements grands et petits. Mais tout va se passer dans une ambiance familiale, sans oublier ceux qui n’ont pas de famille pour se retrouver et ceux que la guerre et l’incompréhension rejette sur le pourtour. Nos petites commu-nautés qui vont se réunir viennent de divers horizons et vont apporter, tels les bergers, leur offrande au pied de Celui qui les fait espérer. Cela va être l’occasion pour notre secteur de débuter une mutuelle santé afin de mieux accompagner ceux qui sont dans la nécessité. Le résultat de travail ensemble des petites communautés évangéliques de notre secteur se monte à plus d’un demi milliard de roupies en cinq ans.

Voilà donc un survol rapide de ce qui se passe à Métro où je suis depuis déjà 5 ans. En conclusion j’aimerais vous faire part de trois expériences d’inter-culturation qui peuvent nous permettre de nous ouvrir à ceux que l’on croit connaître ou à qui l’on voudrait faire connaître l’Évangile comme Bonne Nouvelle. La Bonne Nouvelle n’est-ce pas toujours quelqu’un qui vient et que l’on attend avec impatience !

La première expérience sera celle d’un évêque hexagonal qui a su se mettre à l’écoute des enfants. Dans son diocèse les mamans catéchistes avaient préparé une célébration eucharistique pour enfants à la Cathédrale du diocèse. Le Père évêque qui présidait, au moment de la prière d’ouverture, a ouvert ses mains tournant les paumes en direction de l’assemblée. Subitement un enfant est sorti de son banc et un pointé son index en forme de pistolet vers le Père évêque. Une dame, prenant le jeune par l’oreille l’a fait revenir à sa place avec un petit sermon de circonstance pour le rendre plus religieux. A la fin de la célébration, ce même Père évêque fait venir à la sacristie l’enfant et sa maman catéchiste. Il lui demande : « tu regardes la télévision chez toi ? » « Oui monsieur répond l’enfant » (« On dit Monseigneur pas monsieur, » fait remarquer la maman !) Mais le Père évêque poursuit : « qu’est-ce qui t’intéresse le plus à la Télé ? » «  Les polards Monseigneur ! » C’est bien ce que je pensais et te remercie de ta franchise, tu m’as aidé sans le savoir ». Et l’évêque de faire remarquer à la dame : « Normal cet enfant. En me voyant dans la position de l’agressé il a joué du pistolet. Il nous faut nous aussi savoir comprendre ces enfants, pas seulement les faire prendre nos habitudes ». Et le brave ‘Monseigneur’ a changé sa façon de prier en public. Il lève les mains en signe d’offrande car sa prière ‘devient comme l’encens qui monte vers le Père’.

La seconde est arrivée en Papouasie. Et ce n’est plus un évêque qui la raconte, mais un missionnaire américain protestant. Il arrive sur ‘son territoire de mission’ et après avoir appris la langue, se met à l’évangélisation. Il annonce la Bonne Parole in-scrite dans son Nouveau Testament. Et au bout d’un certain temps il s’aperçoit qu’il a dû se tromper, car les gens mettent en premier non pas Jésus de Nazareth, mais Judas l’Iscariote. Il essaie de comprendre ce qui se passe, quand un jeune garçon venu le voir avec sa fiancée lui dit que  « chez nous, selon la tradition, il faut savoir se faire un ami dans la tribut des voisins de façon à pouvoir y entrer et les battre au combat pour en faire nos serviteurs. Donc celui qui réussit à avoir un ami et ensuite à le trahir pour le succès de sa tribut, est considéré comme un héros. » Alors le brave protestant s’est mis en quête de renseignements pour pouvoir recommencer ce qu’il avait si mal débuté. Et il s’est aperçu que lorsque ce que lui avait dit le jeune se présentait et que la guerre n’en finissait pas, il y avait un rite. Une nuit de pleine lune, les chefs des deux tributs en conflit avançaient au milieu d’une clairière lunairement illuminée, en tenant haut dans leurs deux mains un tout jeune bébé qu’ils échangeaient. Et sans parole, chacun des deux chefs revenait parmi les siens avec l’enfant de la tribut voisine. C’est ainsi que la paix était assurée, car le risque était grand, dans les hostilités, de tuer un membre de sa propre tribut en guerroyant contre les voisins. Ce rite s’appelle ‘L’Enfant de la Paix’. Le pasteur a recommencé sa mission en alliant cette tradition avec celle de l’Évangile qui nous raconte comment Dieu a offert son Fils pour que les hommes construisent la paix.

La troisième est arrivée à Tanjungkarang où le Père Pecoraro résidait en face de la grande mosquée du lieu. Face à cette grande mosquée s’ouvrait timidement la cathé-drale du diocèse. Lors du ramadan d’une certaine année, les catholiques vivaient leur carême. Péco, (d’illustre mémoire) mit une banderole sur le frontispice de la cathédrale disant : « Action de carême » alors qu’en face était inscrit sur le devant de la mosquée : « Célébration du carême ». Les responsables de la mosquée se sentirent offensés par la banderole catholique et demandèrent à ce qu’elle soit enlevée. Péco n’en eut cure. Des menaces de morts lui furent adressées, mais Péco ne fit rien de plus. L’humour aidant, nous avons dit à l’évêque qui se paniquait que Péco avait déjà été condamné à mort plusieurs fois dans sa vie et que ceux qu’il l’avaient fait étaient déjà défunts depuis longtemps. Finalement, les voisins d’en face se sont retrouvés, méfiants les uns envers les autres, mais une fois la discussion terminée, ‘nos frères d’en face’ comme disait Péco, se sont excusés, car ils ne savaient pas que les chrétiens étaient en ‘ramadan’ aussi. Ils avaient simplement cru que les catholiques d’en face avaient affiché cette banderole pour les ennuyer.
Sur ce je vous souhaite à tous d’agréables partages en ces temps qui sont les derniers et qui vont devenir les premiers. Que la joie, l’amitié et la santé vous soient source de bonheur qu’il vous sera agréable de partager avec ceux qui n’espèrent peut-être plus rien.


Joyeux NOËL et BONNE ANNÉE Nouvelle.
Avec toute mon amitié.
Joseph Gourdon