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Lettre du père Joseph Gourdon, père MEP en Indonésie

Le 30 Novembre 2 0 0 9


                Chers Parents et Amis,

                 Déjà (ou enfin) une autre année en perspective. Oui que l'année écoulée ait été bonne ou n'ayant pas rempli les espoirs, on espère toujours le meilleur pour l'avenir. D'ailleurs c'est cela que nous souhaitons dans nos vœux de Noël et Nouvel An.
                 Notre groupe Missions Étrangères en Indonésie se rétrécit chaque année et au moment où je fais cette lettre nous ne sommes plus que deux sur le terrain: Paul Billaud et moi. En effet le Père Henri Jourdain après avoir célébré ses 81 ans a préféré rentrer en France, ne voulant pas gêner le jeune clergé de son diocèse qui, à son avis, le vénérait trop comme le 'grand-père' à qui l'on doit le plus grand respect. L'année passée c'était notre ami le Père Marcel Arnould qui nous quittait pour se soigner à Montebeton. Actuellement Henri et Marcel vivent sous le même toit ce qui n'était que rarement arrivé en Indonésie. Qu'ils soient heureux et profitent bien de leur retraite au calme dans le sud-ouest de la France.
                  Notre ami Jean Moriceau, lui est rentré en France aussi pour accompagner une amie qui, souffrant d'un cancer, le demandait à son chevet. Mais une quinzaine de jours avant son envol pour revenir en Indonésie, le docteur lui ordonnait un repos complet dû à une arythmie cardiaque. Donc repos forcé et retour 'post-ponné!'
                  Actuellement c'est notre ami le Père Vincent Le Baron qui vient de rentrer en France pour son congé régulier et quelques soins dont il sent le grand besoin. Il ne sait pas trop pour combien de temps il va être absent. Mais qu'il puisse nous revenir en meilleure santé pour remettre le collier.
                  Mais chaque année nous revient le Père Jean-François Meuriot qui a été envoyé à Paris par son évêque de Semarang pour faire un doctorat de sociologie. Donc chaque année il nous revient pour quelques mois faire enquête sur le terrain. Et aussi nous avons l'immense joie d'accueillir un nouveau pour le groupe, le Père Emmanuel Danjoux qui, avant de venir nous rejoindre, va faire une retraite en milieu monacal à Notre Dame de l'Atlas au Maroc et ce pour environ un mois.
                  Donc dans notre groupe l'espérance brille toujours.
                  L'année qui tranquillement coule vers la source d'un renouveau a été plutôt mouvementée dans tous les sens du terme. En effet la terre a tremblée, la terreur sévit avec des groupes organisés qui se réclament de l'Islam pur, les élections législatives ont créées des tensions, l'élection présidentielle a ravivé des querelles, une guè-guerre entre la Police Nationale et le Comité de chasse aux coorupteurs n'en finit pas de défrayer la chronique socio-politique.

                  Oui, en ce mois de novembre la terre continue, çà et là, de trembler mais de plus faible amplitude. Ce qui ne fut pas le cas dans la Province de Sumatra Ouest ou Province de Padang où un ou deux villages ont été littéralement engloutis sous les avalanches de pierres et de terre, sinon de boue quand la pluie s'en mêlait. Des centaines de morts, combien de familles désarticulées, combien de souffrances trop tardivement prises en comptes sans compter les dégâts matériels qui se chiffrent en millions d'Euros. Bien sûr le traumatisme demeure présent dans les cœurs, mais la vie veut toujours resurgir de ces décombres. Que de courage et de bonne volonté manifestés en cette occasion, mais aussi combien de profiteurs sautent sur l'occasion.
Nous avons eu droit aussi à la télé et en direct s'il vous plaît, à l'attaque d'une maison où s'était réfugiés quelques terroristes assez renommés dont le chef du réseau Indonésien, un Malaisien. Tout s'est terminé sans aucune forme de procès, car tous les terroristes furent tués dans les échanges armés entre eux et police. Mais ce faut aussi l'occasion pour le président dans sa campagne électorale de dramatiser les enjeux en laissant entendre que ses ennemis politiques se servaient peut-être de ces gens pour le faire 'chuter'. Il s'est même présenté à la télé avec des photos et des renseignements recueillis par les services d'intelligence nationale. Bref, l'Amérique a salué cette victoire sur le terrorisme en Indonésie et l'a fait savoir à la République. Mais le terrorisme existe toujours en Indonésie. Il y en a un qui n'est guère ennuyé par la police. C'est le Front de Libération Islamique qui, à l'occasion du mois du jeûne, s'est permis de vandaliser les petites échoppes qui vendaient de la nourriture ou de la boisson, et ce à Padang où le tremblement de terre allait survenir. Malgré la terreur que ce Front a semé et les dégâts causés par leur violence, la police n'a pas bronché et les autorités politiques ont été très discrètes sur l'affaire. On m'a dit, un matin que je ne comprenais pas mais qu'il fallait bien qu'un certain terrorisme soit toléré, ça sert aussi d'autres intérêts. Donc à chacun de tirer les leçons selon ses capacités !
                Bien sûr il ya eu aussi les élections législatives qui ont été décrites dans la presse, comme les éléctions les plus 'bidouillées' de l'histoire d'Indonésie. Mais ce qui est remarquable, c'est que la première session de la chambre est pour débattre d'une augmentation des salaires de ces représentants du peuple. La deuxième est d'aller déposer en banque leur titre de député et de retirer une grosse somme d''argent pour se faire refaire 'une santé oligarchique'. Bref le peuple râle devant de tels procédés mais ne se révolte pas semble-t-il cela fait partie de la vie politique, que peut-on y faire.
Ensuite nous avons eu droit à l'élection présidentielle qui elle s'est déroulée plus calmement mais dont on a dit qu'elle fut pleine de traficottage aussi. Le président sortant a été réélu haut la main au premier tour, même si certains demandaient une enquête sur certaines pratiques quelques irrégulières. Mais tout s'est plus ou moins calmé vu le tremblement de terre qui a fait s'orienter la presse sur d'autres sujets d'actualité plus brûlant.
                Avec tout cela, il y a eu aussi le président du Commité anti-corruption qui a été arrêté et écroué pour cause de meurtre d'un gros patron qui peut être (?)(!) faisait un peu trop dans la corruption. Le procès, qui n'est d'ailleurs pas terminé, traîne en longueur car les preuves ne semblent pas suffisantes, mais la Police s'entête. Depuis quelques temps l'affaire a rebondi car deux des membres de ce même Comité ont été rapidement écroués par la Police pour avoir (dit la police) reçu de l'argent de corrupteurs et pour abus de pouvoir. Bref assez rapidement on s'est aperçu qu'il y avait une entente entre police et justice pour démanteler ce Comité anti-corruption. Les deux derniers membres écroués ont été relaxés, mais le procès du président de ce Comité rebondit avec l'aveu de quelques personnages (témoins!) disant qu'ils ont été obligés par la police de faire des aveux qui ne sont pas conformes à la vérité des faits. L'affaire suit son cours et fait croître le tirage des journaux.
                Dans notre paroisse il y a eu des secousses aussi. Le jeune prêtre avec lequel je travaille a récolté trois accidents de moto en huit mois. Le dernier fut le plus grave pour la personne, car le poignet droit était fêlé, donc nécessité de soins spéciaux. Mais tout semble se remettre en ordre. Quant aux paroissiens, la vie commence à bouger un peu. On m'a fait remarquer que j'étais en ville et que la ville ce n'est pas la campagne où la solidarité et la rencontre gratuite sont pain quotidien. En ville, individualisme et matérialisme sont beaucoup plus monnaie courante. Bien sûr il faut faire avec. Si en campagne on ne trouve guère de misère par contre en ville c'est presque quotidien et à presque tous les coins de rue. Essayer de faire naître la solidarité n'est pas un mince travail, mais il semble qu'il y ait des gens qui se laissent interpeler. L'un d'entre eux m'a dit : "nous sommes la religon du Sauveur, et nous ne faisons rien pour le salut de ceux qui souffrent". Donc tout espoir n'est pas perdu et j'ai déjà commencé à visiter des petits groupes qui se forment. Ce sont des groupes de 5 ou 6 familles qui décident de prier, d'échanger et de travailler ensemble pour un meilleur bien-être commun.
                Depuis le 13 Août nous avons reçu une aide précieuse en la personne d'un diacre qui se prépare à l'ordination sacerdotale pour le mois de Janvier prochain. Un jeune dynamique, parfois peut-être trop, car il voudrait que tout se fasse tout de suite. C'est un reproche qu'on a pu lui faire en lui disant, 'bien sûr il faut des menusiers et des charpentiers, mais pour la pastorale c'est mieux de se mettre à l'école d'un jardinier qui écoute pousser ses salades et petits pois'. Au début il a eu du mal à comprendre, mais il s'y met et c'est avec joie que je le vois progresser en écoutant de plus en plus les gens, non en les commandant comme à ses débuts.
                Donc nous sommes trois en pastorale, et espérons que petit à petit il va y avoir des laïcs pour nous rejoindre et nous accompagner. Car j'ai eu quelques ennuis de santé qui maintenant deviennent progressivement des souvenirs malheureux. C'est vrai que l'on vieillit, et le docteur m'a dit qu'un homme de soixante quatre ans ne devait pas travailler comme quelqu'un de quarante ans. Alors comme ma colonne vertébrale ne me permet plus de soulever plus de 10 kg. ou de pousser-tirer des meubles ou voitures embourbées, eh bien je laisse ça aux jeunes. Petit à petit je m'y habitue aussi!
Donc à tous je redis mon amitié et ma joie de vous rencontrer (aussi par le courrier!) et vous souhaite


               JOYEUX NOEL 2009 ET EXCELLENTE ANNÉE 2010.
 

                                                                                          Jo Gourdon.