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Philippe Rittershaus - Nouveau Prêtre MEP au service du Japon

Entretien avec Philippe Ritterhaus, missionnaire au Japon

 
Philippe, vous êtes diacre du diocèse de Lille pour les Missions Etrangères de Paris, et vous êtes sur le point d’être ordonné prêtre. Comment appréhendez-vous ce moment, vous sentez-vous prêt, sûr, confiant ?

Même si je me dis que j’ai longuement cheminé, notamment avec le séminaire, il reste que je ne me sens pas grand-chose devant ce qui sera célébré.

Pouvez-vous nous dire quelques éléments déterminants dans votre cheminement, comment est née votre vocation, comment vous y avez répondu ?

Tout petit garçon, je pensais que j’allais devenir moine. Je ne me posais pas la question, je pourrais presque dire que dans ma tête, je « savais » que j’allais devenir moine. C’est plus tard que je me suis posé plus de questions, et que j’ai commencé à en poser à certaines personnes de confiance. Aujourd’hui, je n’exclus pas de finir un jour chez les trappistes, mais il y a eu un tournant décisif il y a huit ans. J’avais mis en veilleuse mon désir paisible et certain de consacrer ma vie à Dieu, le temps de mes études, et c’est au cours de ma première expérience professionnelle que j’ai eu pour la première fois une vision claire de ce que je pourrais faire de ma vie, toute tournée vers Dieu et toute tournée vers autrui. Cela s’est passé alors que j’étais agriculteur en Indonésie, en tant que volontaire envoyé par les MEP.

Vous dites « expérience professionnelle », c’est qu’il y avait un lien avec vos études ?

Oui, et des plus étroits : je suis ingénieur agronome.

Vous avez fait cette « expérience professionnelle » avec les MEP, était-ce pour faire une transition entre votre première formation et votre vocation ?

Vous voyez juste, même si je n’en avais moi-même pas vraiment conscience sur le moment. J’étais encore dans la continuité des études, qui débouchent normalement sur une carrière, et je m’étais engagé dans cette voie qui est celle que l’on attend a priori d’un élève qui devient lycéen puis étudiant. Le modèle familial aussi a joué : si ma famille est plutôt croyante et pratiquante, elle cultive particulièrement l’implication dans la société civile, par le travail et l’esprit entrepreneurial –et c’est donc avant tout dans les études et le travail que se déploie la vocation de l’homme. Je ne sais pas si telle était l’intention de ceux qui m’ont fait grandir, ce n’est là qu’une relecture personnelle de mon éducation.

Tout se déroule donc sans heurt jusqu’à ce volontariat, et là, il semble que les choses aient pris un nouveau tournant, comment cela s’est-il passé ?

Effectivement, c’est en Indonésie que les questions se sont précisées, avec des modèles de vie que je côtoyais de plus ou moins près : le curé, Indonésien, près duquel je logeais et avec lequel l’échange était facile, et aussi les Pères des Missions Etrangères, répartis à Java et Sumatra. J’ai eu un aperçu de leur vie, remplie par un ministère aux formes variées suivant la personnalité de chacun. Je dois dire que ce n’est pas seulement une activité humaine intéressante que j’ai vue, mais aussi un rapport à Dieu, à la communauté chrétienne et au monde, avec cette particularité que dans la communauté à laquelle on est envoyé, on se situe autant en vis-à-vis que côte-à-côte, guidant tout en cherchant. J’ai pu voir, notamment pour les missionnaires, que le pasteur n’emporte pas grand-chose avec lui, et que s’il arrive quelque part avec ce qu’il est, tout reste encore à être vécu avec ceux qui voudront bien le recevoir, les hommes de bonne volonté, les communautés chrétiennes, au nom de la foi ou tout au moins à titre d’humanité. D’une certaine manière, on est très vulnérable pour deux raisons : en étant en position de proposition et de demande. En effet, on se présente en se proposant avec la foi que l’on vit, et en demande de rencontre. Au cours des deux années, j’ai parlé de vocation avec ces prêtres, mais aussi des paroissiens et des non chrétiens (hindous pour la plupart) : des collègues dans l’élevage bovin ou porcin, des voisins riziculteurs comme moi ; et par les explications que je pouvais donner de ce en quoi je crois, je me suis surpris moi-même à désirer donner ce dont je parlais. C’est en train de se concrétiser aujourd’hui, déjà avec le diaconat, et d’une autre manière, assez unique, avec le sacerdoce.

Ce serait intéressant justement, que vous précisiez…

Récemment, peu après mon ordination diaconale, j’ai dû expliquer à un ami ce qu’est un diacre. J’ai commencé par énumérer ce qu’il est appelé à faire : interpréter les Ecritures et prêcher, diriger la prière et prier avec l’Eglise pour l’Eglise et pour le monde, célébrer les baptêmes, mariages, funérailles… Pour résumer et raccrocher à ce qu’il connaît, j’ai dit que le diacre ressemble à un imam. Du coup il a demandé ce qu’est un prêtre (il pensait que le prêtre était l’équivalent de l’imam). Je lui ai dit qu’en étant prêtre, je continuerai de faire ce que je fais déjà, mais autrement, parce que le prêtre est en mesure de célébrer des mystères de la foi qui font que c’est le Christ, Dieu lui-même, qui agit en nous qui célébrons avec le prêtre. On a cela dans la célébration de la miséricorde de Dieu, où le prêtre efface les péchés commis contre Dieu, et cela, un imam ne peut pas le faire. Nous célébrons aussi la guérison (le médecin soigne, Dieu guérit), en laissant le Christ continuer de visiter les malades, les infirmes et les possédés qui venaient à lui sur les routes et dans les synagogues. Et le prêtre, enfin et surtout, célèbre l’eucharistie, qui est centrale pour les chrétiens : on y fait mémoire de la mort et de la résurrection du Christ, qui fut un sacrifice pour nous puisqu’il nous a dit de le célébrer de cette manière, en nous en nourrissant (c’est matériellement de la nourriture, et on la mange effectivement). Cela permet d’être la communauté que Dieu veut : unie en Dieu, avec Dieu et par Dieu lui-même.


Et pour le Japon, comment voyez-vous les choses ?

Insy’Allah, comme on dit en indonésien.
Je vais le dire avec plus de mot : la Mission va très certainement m’emmener là où je ne pensais pas, en commençant par refaire de moi un enfant balbutiant, gauche, qui découvre maladroitement comment les choses et les sentiments se disent là-bas, comment se disent les choses les plus importantes, et comment elles s’articulent entre elles pour constituer les fondements de la culture de là-bas… Je ne connais pas le Japon, je n’y ai jamais mis les pieds. Ce sera un long chemin d’humilité, de douceur, de patience et d’écoute qui nécessite bien toute une vie. Si je suis sûr de ma foi (enfin, j’essaye), je ne suis pas du tout sûr de savoir un jour bien l’exprimer autrement –et même de réussir à la vivre autrement que ce que je fais tant bien que mal actuellement dans le diocèse de Lille. Nous parlons beaucoup du Japon, mais mon ministère restera lié d’une manière ou d’une autre à mon diocèse d’incardination, Lille. La manière de faire fructifier le double attachement diocésain qui sera le mien, entre mon diocèse d’incardination et mon diocèse de mission, est encore à trouver, et cela fera partie de ma mission.


Le choix du pays vous a été imposé ?

Suivant l’usage aux MEP, je n’ai pas choisi moi-même ma mission. De plus, ce n’est pas à proprement parler au Japon que je suis envoyé, mais au groupe missionnaire du Japon. Pour ce qui est du pays, pourquoi trembler ? A priori, c’est pour moi un choix très heureux.