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Bertrand de Bourran, père MEP à Madagascar

C'est de Tsarahasina où j'œuvre depuis plus d'une année que je vous adresse la palombe cette année. N'ayant pas la télévision, vous connaissez mieux que moi la situation mondiale actuelle. Que de raisons de se plaindre et pourtant que de raisons aussi de se réjouir. La société occidentale fasse à la crise se pose beaucoup de questions. De nouvelles orientations sont prises ici et là pour plus d'humanité dans les affaires. Un économiste nous dit que nous vivons une métamorphose de notre économie qui va durer au moins une décennie, une période pour inventer des nouvelles formes de travail, pour transformer nos habitudes et nos organisations. Le monde avance en tâtonnant et la sagesse humaine ouvrira des portes encore non imaginées aujourd'hui. Le message d'amour de l'enfant Dieu fait toujours son chemin dans le cœur des hommes qui veulent s'ouvrir à lui.

 Politique

Ici à Madagascar le temps est long pour trouver une solution à la crise politique. La multitude des partis politiques, la recherche des intérêts personnels et les pressions extérieures n'aident pas les politiciens à se mettre d'accord pour trouver une solution acceptable pour tous. Il manque un homme charismatique qui puisse rassembler les divers intérêts.
En attendant, les gens dans la brousse s'adaptent, la débrouillardise et la combine se développent. Mais cette crise politique, fait ressortir la perte de confiance de la population dans les institutions politiques et publiques, on constate en brousse que tout le tissu social se désagrège lentement. Cette crise politique qui appauvrit les gens nous entraîne vers une période difficile pour les gens en brousse et en ville. En 1988, alors coopérant, il y avait 12 millions d'habitants aujourd'hui nous parlons de 21 millions : cette augmentation démographique n'est pas simple à gérer et la forêt le paye très cher.

 

Diocèse

Concernant le diocèse, nous avons toujours deux évêques, mais une nouvelle impulsion est mise en marche pour l'évangélisation. En Europe, on regroupe les paroisses qui étaient trop petites, ici on divise les paroisses qui sont trop grandes, souvent de la taille d'un diocèse de France. C'est de cette manière qu'en 2010 la mission de Tsarahasina a été ouverte en partageant la paroisse de Port-Bergé. En 2011, la paroisse de Mandritsara a été divisée pour ouvrir la nouvelle mission d'Ambalakirajy. Normalement en 2012, une nouvelle mission sera encore ouverte à Mandritsara et elle sera animée par des prêtres lazaristes malgaches. Dans chaque nouvelle mission, une congrégation religieuse s'installe pour animer les écoles, les mouvements, et se rapprocher de la population. Il est difficile d'être proche des communautés chrétiennes de brousse quand celles-ci sont à 50, 70 ou 80 km à pied ou en moto du centre de la mission. La division des paroisses nous rapproche des gens et cela porte du fruit, je le constate tous les jours ici à Tsarahasina.

 

Tsarahasina

Depuis une année ici à Tsarahasina des choses se sont concrétisées.
J'ai pu visiter toutes les communautés chrétiennes et pour la plupart deux fois chacune. Elles sont en général très petites, entre 10 et 70 personnes et cela dans certains villages de 1400 habitants ! Il y a donc 22 communautés à animer, à visiter, avec les catéchistes à former.
La formation est souvent trop légère. Il reste un gros travail dans ce domaine. Former les responsables des communautés et les enseignants du catéchisme est ma priorité. L'inconvénient majeur dans beaucoup de domaines, c'est le facteur humain. Les gens sont peu formés et ils ont du mal à tenir dans la durée. L'exigence catholique au niveau des sacrements est forte et pour les gens cela pose souvent des problèmes. La famille existe au sens large mais dans cette région la famille parents-
enfants est souvent élastique. Chercher qui sont les vrais parents est souvent un casse-tête !
Au centre de la mission, nous avons des mouvements comme les scouts, le MEJ, et les enfants de Marie pour les adultes, qui nous aident à la formation humaine et spirituelle. Mais là aussi nous avons un travail de formation des formateurs. Pour la brousse nous allons démarrer l'Action catholique des enfants (ACE) qui est plus adaptée.

Démarrer une nouvelle mission, c'est faire du ciment et construire. Depuis un an, beaucoup de ciment a été fait mais il reste beaucoup à faire encore. Vous avez compris que le besoin de formation était important. Il a donc fallu commencer par construire un centre de formation, presque terminé à ce jour : une salle pouvant accueillir 80 personnes, 4 chambres pour les formateurs, 4 dortoirs avec 10 lits chacun, plus deux salles à l'étage utilisables en classe ou en dortoir, plus un réfectoire pour 80 personnes avec une cuisine, plus des toilettes et des douches. Il sera opérationnel en juillet. Cette construction a pu être réalisée grâce aux aides que certains d'entre vous m'ont adressées et je les en remercie chaleureusement. Sans votre aide rien n'aurait pu aboutir.

L'autre souci, c'est la formation des enfants et les écoles.
Au centre à Tsarahèaseina, l'année dernière nous avions 205 élèves, cette année nous comptons 390 élèves. Il a fallu ouvrir deux clases de 6 m avec 63 élèves chacune ! Les élèves de 6ème étudient actuellement dans le centre de formation. Nous avons construit une nouvelle classe en torchis. Mais les élèves sont à l'étroit. L'objectif est de construire 6 salles de classes à étage en ciment avant la rentrée de septembre. Les fondations sont faites, les briques attendent sur le chantier. Après la saison des pluies en mars, nous commencerons la construction de ce bâtiment. Pour le financement de la construction des écoles, j'ai créé un fonds de dotation avec une équipe en France mais il faut encore élargir le réseau et le faire connaître. Je compte sur chacun de vous pour en parler dans votre entourage.
Grâce à une aide de Rome, j'ai pu prolonger de 6 pièces le presbytère et ainsi après une année passée dans une chambre bureau, j'ai pu déménager dans ma chambre. Désormais, je peux recevoir dignement ceux qui passeront par ici.


En brousse, nous avons dû ouvrir trois écoles dans trois centres. Nous avons ouvert la classe de CP. L'enseignement est effectué dans les églises, mais là aussi il va falloir construire des salles de classes.
J'ai également commencé à recenser les enfants présentant un bec de lièvre ou un pied bot. Déjà deux enfants ont été opérés d'un bec de lièvre grâce à l'aide de Médecins du monde. Un enfant a été opéré d'un pied bot, un autre le sera en mars. Plusieurs ont eu peur d'aller se faire opérer. Il faut conscientiser les parents et cela demande plus de temps quand ils ne sont pas chrétiens.

Vous devez vous interroger pour savoir comment je fais pour tout suivre ? La sagesse demande de bien s'entourer. Trois sœurs malgaches de la congrégation des sœurs du Christ (rue des Volontaires à Paris) sont arrivées le 6 septembre.
Une sœur s'occupe de l'école du centre, une sœur s'occupe de la promotion féminine
(couture, cuisine…) et la troisième fait les tournées avec moi et m'aide pour la pastorale. Un jeune couple de volontaires MEP est arrivé en novembre : Grégoire, ingénieur en bâtiment, suit les chantiers et Claire enseigne le français en 6ème avec le professeur de français. Grégoire travaille avec un nouveau chef de chantier malgache Ladin.

De plus, un séminariste diocésain, Franklin, est en stage pour une année entre la philosophie et la théologie. Nous formons une bonne équipe et ensemble nous pouvons travailler en nous répartissant les responsabilités. L'installation
d'une nouvelle mission est un travail passionnant auquel il faut se donner entièrement pour faire évoluer certaines habitudes. Depuis le mois de septembre, les sœurs habitaient dans le presbytère. Après Noël, elles ont pu déménager au
centre de formation et j'espère qu'au mois de mai leur maison sera terminée.

L'annonce de l'évangile dans ce coin de Madagascar est lente. Pour 60 000 habitants, nous comptons 22 communautés chrétiennes et environ 500 baptisés. Certaines communautés existent depuis plus de 70 ans, mais la culture traditionnelle empêche les gens de se convertir. Beaucoup de personnes originaires d'ici qui sont parties sont devenues chrétiennes. Etant loin de leur village, elles sont plus libres de se convertir.

Je suis toujours économe du diocèse : je vais travailler à l'évêché du dimanche soir au lundi après midi. A Port- Bergé, je m'occupe aussi d'une petite école agricole qui a du mal à démarrer car les jeunes ne pensent qu'à quitter leur village. Les former pour vivre dignement au village est un pari de longue haleine.
A Port-Bergé, nous avons la chance d'avoir deux volontaires MEP, Anne et Marie-Eléonore, qui enseignent le français dans les écoles de la mission.

Par cette lettre, je vous souhaite une année pleine de sagesse et d'approfondissement de votre vie avec l'enfant Dieu de Bethléem. Qu'il vous inonde de son amour pour vous permettre d'être un témoin vivant de sa joie, de son espérance.


P. Bertrand