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Guillaume PINGAT - Nouveau prêtre MEP au service de Madagascar

Entretien avec Guillaume Pingat, missionnaire à Madagascar.

Quel âge as-tu ? De quel diocèse es-tu originaire ? Parles moi de ta famille et de ta jeunesse. Comment est née ta vocation ?


Membre d’une famille chrétienne de trois enfants, j’ai eu la grâce de grandir, très tôt, dans l’amour de Dieu et l’amour de mes frères. Mes parents m’ont toujours transmis ce respect et cet amour du prochain, comme faisant partie de la vie humaine et de l’amour que l’on peut avoir pour Dieu. J’ai été habitué, dés mon tout jeune âge, à fréquenter l’Eglise et ainsi à avoir une conscience claire d’être Fils de Dieu, et faisant partie de la grande famille de l’Eglise.
Ensuite le mouvement scout m’a aidé à approfondir ma foi à plusieurs, à la partager, et à la vivre. Par ailleurs ce même mouvement m’a transmis le gout de l’aventure, de la vie en autonomie et du service des autres. Une vie simple, de fraternité et d’engagement. J’ai d’ailleurs conservé de cette période mes plus authentiques amis. Au cours de ces activités de scoutisme, dans lesquelles le Christ avait sa place, il m’a été proposé de vivre des temps de retraite dans des abbayes ou communautés religieuses. Ce fut l’expérience pour moi, dans le silence, de me mettre à l’écoute de Dieu, et d’approfondir spirituellement et intellectuellement ma Foi et mon attachement au Christ. Ce fut surtout pour moi l’occasion de découvrir profondément que Dieu était une personne, à mes cotés, dans chacune de mes journées. J’ai ainsi pris conscience de Dieu comme d’un Père et d’un Ami, qui veut mon bonheur et qui est mon bonheur. Depuis ce temps je me suis mis à fréquenter Dieu avec régularité, à travers l’Eucharistie et la prière personnelle et quotidienne.
Si je me suis attardé sur cette rencontre de Dieu, au cours d’une retraite, c’est quelle est pour moi fondatrice dans ma vie mais aussi dans mon appel au service de Dieu et de son peuple. En effet, lors de cette retraite j’ai reçu un appel de Dieu à le suivre d’une manière particulière dans ma vie. Petit à petit, un désir profond de me mettre à son service et de devenir prêtre m’a habité, et j’ai pu vérifier ce désir dans l’accompagnement avec un prêtre.

 

Peux tu nous parler de ton parcours suite à cet appel ?

Je suis donc rentré au séminaire interdiocésain de Paray-le-Monial, envoyé par le diocèse de Dijon en septembre 1999, où j’ai d’abord vécu une année de propédeutique qui m’a permis de poser les bases d’une vie avec et dans le Christ. La prière communautaire et personnelle, l’écoute et la méditation de la Parole de Dieu, la vie de communauté avec et pour ses frères, et la recherche intellectuelle de la vérité et de l’intégration de la foi de l’Eglise ont été les éléments majeurs de cette année ; éléments repris dans un accompagnement spirituel et intellectuel.
Puis j’ai commencé ma formation en vue du sacerdoce, en accomplissant mon premier cycle, de philosophie, toujours au séminaire de Paray-Le-Monial. Au cours de cette formation j’ai donc accentué et approfondi ces éléments décrits précédemment. Nous avions par ailleurs une expérience pastorale, mais qui était plus du domaine de la découverte, à savoir la participation à la messe dominicale et, le mercredi, au catéchisme de la paroisse. Ma relation avec le Christ, au cours de ces trois années, a été approfondi et établi fermement dans une vie de prière régulière et avec une certaine exigence, et par ailleurs j’ai pu l’intégrer dans une certaine vie ecclésiale.
En fin de premier cycle j’ai demandé à mes supérieurs de pouvoir partir une année à l’étranger, pour vivre une expérience forte de découvertes et de rencontres, et de travailler une année en France ; dans un milieu social et associatif ; auprès de jeunes en difficultés.
Je suis donc parti une année en Asie, envoyé par les Missions Etrangères de Paris, tout d’abord en Chine puis en Thaïlande. J’y ai découvert d’autres cultures, d’autres situations ecclésiales, d’autres réalités ou problèmes, et surtout d’autres personnes et d’autres peuples. J’ai été très marqué, en Chine, par la situation de l’Eglise, les fidèles peuvent être persécutés et en grandes difficultés à vivre leur liberté religieuse. J’ai pris ainsi conscience du prix que cela pouvait coûter de faire partie de l’Eglise et de l’importance que cela avait pour eux, et combien l’Eglise était universelle et avait vocation à rassembler tous les hommes pour les porter à Dieu.
En Thaïlande mon séjour était plus tourné vers "les plus petits", les personnes socialement et humainement défavorisées, voire abandonnées, les malades et les enfants orphelins ou vivants dans des familles difficiles et violentes. Ce fut pour moi un deuxième "tournant" dans ma vie, au contact et à l’école de ces personnes en grandes difficultés matérielles et humaines, mais toujours prêtes à accueillir l’autre et à partager et donner ce qu’elles ont. J’ai rencontré, d’une manière intense et personnelle, le Christ, à travers et dans ces personnes. J’ai aussi pu constater mon désir de vivre, comme prêtre, proche de Dieu et proche des gens qui m’entourent, en particulier des plus démunis, faibles, ou laissés pour compte, et des personnes atteintes dans leur dignité.
Après ces rencontres et découvertes, je souhaitais découvrir un peu plus le travail social auprès de la jeunesse de France, au sein de la fondation des Orphelins Apprentis d’Auteuil. Je suis donc parti une année en région parisienne, à Meudon, dans un collège-lycée pour jeunes en difficultés scolaires mais surtout disciplinaires, pour la plupart placés dans cet établissement par la justice ou l’Aide Sociale à l’Enfance. Je partageais leur vie, logeant sur place dans un foyer, et intervenais aussi dans les classes au sein de l’équipe pastorale. Durant cette année j’ai été marqué par la misère humaine et spirituelle de ces jeunes, pour la plupart sans pouvoir exprimer d’idéal ou de désirs autres que matériels, et vivant de grandes souffrances ou épreuves, parfois cachées ou ignorées de leur entourage. Ici aussi le Christ était présent mais demandait à être reconnu et écouté.
A la suite de ces deux années d’expérience à la rencontre de l’Autre et des autres, je repris mes études au séminaire universitaire St Irénée à Lyon, toujours envoyé par le diocèse de Dijon, où je fus admis comme candidat au ministère presbytéral en 2004. Ces deux années furent surtout axées sur les études, avec notamment l’obtention d’une licence en théologie, mais aussi par la découverte d’une vie en paroisse. Au milieu de ma deuxième année, j’ai fait ma demande pour être candidat au sacerdoce au sein de la société apostolique des Missions Etrangères de Paris, demande qui fut acceptée. A la suite de ces deux années mes formateurs m’ont demandé de prendre une année de recul et de passer une année d’expérience dans le monde du travail.
Je suis donc resté à Lyon, où j’ai travaillé comme conseiller clientèle chez Teleperformance, pour le compte de particuliers, clients d’EDF. Ce fut l’occasion d’expérimenter une année d’autonomie et d’indépendance, notamment financière, d’apprendre à gérer cela, à assumer son logement ; et de découvrir le monde du travail, ses joies, ses difficultés, ses attentes, son fonctionnement. Suite à cette année de travail rémunéré j’ai repris mes études de théologie, au séminaire St Sulpice d’Issy-les-Moulineaux, envoyé par les Missions Etrangères où j’ai passé trois année s d’étude de théologie, que j’ai terminé il y a quelques mois. J’ai pu participer aussi à la vie de la paroisse de Sevran, dans le diocèse de St Denis, dans diverses activités, avec notamment un accompagnement auprès des jeunes, mais aussi de personnes détenues au sein de la maison d’arrêt de Villepinte.

Pourquoi partir alors que nous manquons de prêtres dans les diocèses de France ?

Tout d’abord le prêtre est un don de Dieu, à son Eglise et au monde, à tous les hommes. Il est le signe de la présence de Dieu agissant dans le monde. Le prêtre est un homme appelé, c’est-à-dire choisi par le Christ pour le service de l’Eglise. Cet appel est double: d’une part, il est une aspiration personnelle à servir le Christ et les hommes, aspiration qui grandit et s’affermit par la prière, lieu privilégié du dialogue avec Dieu. D’autre part, il est celui de l’Eglise qui, par la voix d’un évêque, successeur des apôtres, authentifie l’aspiration intérieure. Le prêtre reçoit sa vocation et choisit d’y répondre. Il n’est donc pas d’abord là pour « remplir un organigramme » ou assurer une fonction au sein de l’organisation de l’Eglise en tant que institution.
De plus la nature même de l’Eglise, c’est la mission ; mission universelle d’annonce et de transmission du Christ à tous et partout. L’Eglise ne peut se comprendre et exister sans son lien au Christ et sans sa mission auprès des hommes. Imaginez-vous l’Eglise d’aujourd’hui si le Christ avait « nommé » chacun de ses disciples au service de la communauté de Jérusalem et exclusivement auprès des juifs…

Peux-tu nous donner une phrase de l’Ecriture qui t’a particulièrement marqué ?

« J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir. Alors les justes lui répondront : Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te désaltérer, étranger et de t'accueillir, nu et de te vêtir, malade ou prisonnier et de venir te voir ? Et le Roi leur fera cette réponse: En vérité je vous le dis, dans la mesure où vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. » (Matthieu 25, 35 à 40) Ici, le Christ est très clair, en servant une personne pauvre, laissée pour compte, ignorée, dont on ne reconnait pas sa dignité,… on sert le Christ! Et servir c’est ce mettre à égalité, en situation d’échange, de partage, de dialogue, et donc donner mais aussi recevoir et accueillir. Cette relation que je souhaite mettre au cœur de ma vie, et de mon ministère, est pour moi une priorité et une nécessité. J’espère pouvoir vivre un lien fort d’amitié et d’échanges avec ces personnes que l’on appelle "petit", car dans ces personnes je perçois le Christ qui veut avoir besoin de moi et qui m’appelle. J’ai été très marqué, en particulier dans mon séjour en Asie, par ces relations que je pouvais avoir avec ces personnes pauvres et dans un grand besoin matériel et humain, et j’ai toujours été émerveillé et enrichi par celles-ci. J’ai eu la chance d’expérimenter à de nombreuses reprises cette prière du Christ dans l’Evangile: « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits. » (Mat 11,25) Enfin, je peux affirmer que mon désir profond de rejoindre ce peuple de Madagascar, de vivre ma vie avec et auprès de lui, a pris sa source en grande partie dans la rencontre de ces personnes et à leur contact.
Le Christ nous invite, en tant que baptisé, à annoncer son Royaume, un Royaume de justice et de paix dans l’amour de Dieu et des Hommes, mais aussi à contribuer à sa réalisation. L’exercice de la charité du Christ en est un signe et une réalisation ; et pour moi le prêtre doit être, notamment au titre de ses fonctions de pasteur et serviteur de la communauté, le premier à vivre cette charité du Christ. Il doit veiller à ce que la communauté des chrétiens soit attentive aux pauvres et aux petits, ne les oublie pas, les considère comme ses frères et leur donne la place que le Christ lui-même leur a donnée. Il doit, par l’ensemble de ses œuvres, par son attitude, sa vie toute entière ; être un exemple et un rappel pour l’ensemble des fidèles du Christ. Etre un fidèle du Christ, c’est bien être fidèle à ses paroles mais aussi à ses actes, et toute personne qui vit cette charité que le Christ n’a cessé de vivre est un disciple du Christ.
Cet amour préférentiel envers les pauvres et les petits, que le Christ a vécu dans sa vie, et auquel Il nous appelle, est donc pour moi un chemin d’évangélisation et d’annonce du Christ et de son amour pour tous, par des actes et des attitudes. Les reconnaitre, chercher à les comprendre, partager et échanger avec eux, les aimer ; voila pour moi un appel et un désir à travers lesquels je souhaite donner ma vie et surtout témoigner du Christ et de son amour pour le monde.

Aurais-tu une figure de Saint qui t’aurais particulièrement marqué ?

Je vais même vous en proposer deux… Bienheureuse Mère Teresa, qui m’a beaucoup marqué de par son service auprès des plus pauvres (et j’ai eu la chance de pouvoir rendre service quelques temps dans le mouroir qu’elle a créé à Calcutta) mais aussi de par ses écrits sur la prière et plus particulièrement son livre « come, be my light » ainsi que le Bienheureux Charles de Foucauld, qui a longtemps cherché, dans la simplicité, à être une présence du Christ là ou il n est pas annoncé et reconnu.