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Madagascar, le pays des oceanidi et des heliades

Voici la 1ère newsletter d'un jeune MEP envoyé à Madagascar après une première année sur trois à Rome avant l'envol définitif!

Chers confrères, voici la 1ère newsletter écrite après ce beau mois passe a Madagascar


Pourquoi choisir ce titre un peu saugrenu ? Quel lien unit Madagascar aux fils du Dieu Hélios et du Dieu Océan ? Deux choses : d’une part la beauté de la mer et la chaleur de son soleil d'autre part.

Ce ne sont pas là les deux seules choses qui frappent à Madagascar mais celles-ci en donnent une première définition . Etant déjà venu visiter cette terre il y a 4 ans sans savoir que j'y serai destiné, ce séjour eut une saveur toute particulière. Il fallait lever petit à petit le voile de cette inconnue afin d’en découvrir la personnalité.


Arrivé au nord de Madagascar, j’ai découvert dans un premier temps son côté rouge, désertique et sauvage en arrivant à Port-Berger. Le diocèse de Port-Berger accueille 3 MEP, un est évêque, un prend sa retraite comme vicaire et le dernier est curé d’une mission à Tsarahasina. Entre les célébrations et les longs moments à parler et à échanger avec eux, entre la visite des différentes paroisses, dispensaires et villages de brousses, les deux premières semaines sont passées vite.


Un premier constat s’impose : « la mission est abondante et les ouvriers sont peu nombreux, priez donc le Maitre d’envoyer des ouvriers pour la moisson ». En effet, ce diocèse a fêté ses 50 ans d’existence il y a peu, le nouvel évêché vient de sortir de terre. Et même si l’Eglise locale est jeune, elle plonge ses racines, les racines de la foi dans une Eglise experte en humanité qui a comme terreau les martyrs, comme colonnes les 12, comme clé de voûte les évangélistes, comme pierres les disciples, comme architecte le Christ, comme ciment le Saint Esprit et comme commanditaire le Père.

Alors il n’y a pas de raison d’avoir peur, même si l’Eglise de Madagascar a eu une jeune histoire un peu blessée avec des plaies qui saignent encore, elle n’en demeure pas moins ointe de cet onguent qu'est l’Esprit-Saint, Esprit de feu qui vient purifier l'or afin que celui-ci brille encore plus : ma force se déploie dans ta faiblesse…

Parti en brousse avec l’évêque pour la bénédiction d'une nouvelle église, une cathédrale de bambous; puis avec le Père Bertrand pour visiter une communauté de 3 chrétiens dans une basilique de latérite, un vers de Victor Hugo me venait en tête : « Demain dès l’aube à l’heure où blanchit la campagne, je partirai » ; car c’est là le quotidien des broussards : aller de village en village pour visiter les communautés chrétiennes, autrement dit repartir le lendemain matin pour semer ce que d’autres récolteront.

En effet, en brousse le temps et l’espace prennent une autre dimension. Le temps du broussard est un temps généreux: une fois la nuit tombée, il n’y pas plus rien à faire sauf prier, lire et discuter. J’ai donc pu profiter de ces heures pour lire une rapide présentation de Madagascar par le Père Sylvain Urfer sj, les lettres du Père Emmanuel Gobilliard, un beau livre de Jean-Louis Chrétien sur le silence et un bon pavé de Umberto Eco. Bref, on a le temps de lire entre la brousse et le taxi-brousse…

L’espace du broussard est généreux lui aussi, en effet les distances demandent des heures pour être faites avec son lot de fatigue et de sueur. Au-delà de la générosité du temps et de l’espace, c’est l’hospitalité des chrétiens qu’il faut retenir : ceux-ci vous ouvrent leurs maisons, leur nourriture, leur temps et même leur argent quand bien même ils ont peu de choses.
Visiter les confrères c’est voir le travail accompli : il faut du temps et de l’énergie pour mettre en place une église, une école ou un dispensaire. Mais surtout, il faut de l’énergie et de la patience pour apprendre la langue, découvrir un tant soit peu la culture, se faire accepter…C’est là il me semble le cœur de la vocation missionnaire : non pas essayer d’être un malgache au milieu d’autres malgaches car je serais toujours un étranger, mais un chrétien au milieu d’autres chrétiens en tentant cependant de s’approcher le plus possible telle une asymptote face à sa limite de leur manière d’être et de vivre.
Visiter les confrères fut enfin l’occasion de creuser l’histoire des MEP à Madagascar : les 1ers missionnaires, les diocèses d’origines, la place du groupe dans la société.


Dans un second temps, il a fallu voir le bleu de la côte ; pour cela j’ai pu visiter deux diocèses : celui de Mananjary et celui de Tamatave. Le 1er a accueilli de nombreux MEP après 1960 : là y travaille le Père Lhomme qui construit un hôpital, et celui-ci m’a fait découvrir une mission au bord du canal à 10h en bateau où travaille un jeune prêtre malgache. C’est un coin un peu isolé mais d’une beauté à couper le souffle : entre le canal et la mer, une église nait et quantités d’autres sont en attente.

Le diocèse de Tamatave m’a accueilli par l’intermédiaire d’un autre confrère MEP qui en est l’économe. Ce diocèse semble plus structuré, avec une organisation interne plus développée. Tamatave étant le seul poumon économique de Madagascar grâce à son port et son usine de cobalt, la ville semble plus prospère par rapport à Tananarive. De nouveau, ce fut l’occasion de discuter des initiatives du diocèse, des difficultés et des projets futurs.


Enfin il faut retourner en France pour des vacances en famille à Saint Malo du 1er au 18 août car avant de partir il faut se ressourcer dans son foyer comme l'écrivait Joachim du Bellay:
"Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?"


Florilège d'anecdoctes rigolotes:

  • ici, il n'y a ni Mc Do, ni feu rouge, ni cinéma
  • ici, les fêtes paroissiales dépendent de la pleine lune! Il faut bien que les gens des villages éloignés puissent venir en marchant de nuit à la paroisse.
  • ici, le Père décide de la période des grandes vacances en fonction des besoins pour la récolte du riz
  • ici, il y a encore la tuberculose, la lèpre et la sous-alimentation
  • ici, les paroissiens râlent quand la messe est à 6h15 parce que c'est trop tard
  • ici, je suis heureux

Je vous demande de bien prier pour moi, à l’approche de la fête du saint Curé d’Ars et je vous assure de ma prière.


P. Edouard