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Donatien Davaine, nouveau diacre pour Singapour

Entretien avec Donatien Davaine.

Bonjour Donatien, pour commencer, nous aimerions mieux te connaitre : ta famille, les personnes qui t’ont marqué…

Ma famille est originaire du Nord de la France, près de Lille mais je suis né à Saint Quentin dans l’Aisne. Plus tard, suivant encore mes parents, je suis descendu plus au sud, à Troyes où je suis encore actuellement. Dés le début, ma vie semble marquée par un certain nomadisme. C’est assez surprenant mais quand j’y pense tous ces lieux m’ont marqué profondément. On reste façonné par les rencontres que l’on fait, mais aussi par les lieux que l’on traverse. Pas à pas le pèlerin se laisse façonner par les chemins qu’il emprunte. Et en ce qui me concerne, j’ai eu l’occasion d’avoir plusieurs ampoules ! Car avant d’arriver au séminaire à Paris, j’ai emprunté un chemin passionnant mais plutôt long. Heureusement, je n'étais pas seul. C’est toujours plus heureux d'être à plusieurs pour marcher. Un peu comme dans les pèlerins d’Emmaüs (Lc 24) où les yeux envisagent ensemble l’avenir. Mes grands parents furent par exemple pour moi de magnifiques témoins d’une foi vivante, profonde. Le courage et la persévérance sont des qualités que je leur reconnais. Chacun à leur manière, il m’ont appris l'engagement et la joie du service et du partage. Un grand oncle prêtre fut aussi pour moi un soutien. Aujourd’hui, c’est la figure du prophète Elie que je lui associerais facilement : il conduisait son char motorisé avec fougue (mais n'atteint jamais le ciel pour autant !). Toutes ces personnes dessillèrent petit à petit mes yeux.


Et comment es-tu arrivé au séminaire des Carmes pour les MEP ?

En prenant mon temps. Je passe sous silence diverses expériences professionnelles et personnelles, mais après des études de biologie à Lille pendant quatre ans et plusieurs tentatives pour décrocher le sésame du concours de professeur des écoles, j’ai pu finalement user à nouveau mon fond de culotte sur les bancs de l'école mais cette fois-ci de l’autre côté du bureau. On m’appela Maître dans une classe de CM2. Je me retrouvais avec une petite trentaine d’enfants, et au fond de moi comme un désir malgré tout inassouvi. Il fallait tirer cela au clair aussi j’ai posé un jour mes valises dans une abbaye bourguignonne pour faire une retraite. Là, je ne m’appelais plus Donatien mais Jonas (Jn 2, 1) car lorsque Dieu vous veut, il s’en donne les moyens. Dieu m’a ainsi déposé sur le rivage de la Pierre-qui-vire, devant le lieu où j’allais vivre comme moine durant sept ans. Des années riches, belles et la découverte de la vie commune, d’une certaine incarnation avec pour règle d’or : Ora et Labora , la devise de mes frères bénédictins. Ce fut le parcours traditionnel : stagiaire, postulant, novice (sans tonsure attention, j’ai gardé toute ma crinière) puis jeune profès. Mais vous avez compris que pour le moment rien ne fut simple ? Et bien, cela continua puisque je découvrais durant ces années que mon désir de devenir prêtre et missionnaire restait bien ancré. C’est à la faveur d’une année d'étude passée dans le séminaire des Carmes en tant que moine, que mes pas croisèrent bizarrement ceux des séminaristes du cépage MEP et que la pomme missionnaire me fut présentée. Voyez-vous le fil rouge ? La grâce avait fait son œuvre. Il me restait à répondre. Ce que je fis après tout de même un an de réflexion (passée en volontariat en Corée). Entre la vie bénédictine contemplative et communautaire, et la vie de prêtre missionnaire, il n’y a à première vue pas trop de liens. Est-ce bien certains ?


Peux-tu nous éclairer ?

On a coutume de dire que le missionnaire est un contemplatif en action. Je pense que c’est vrai. Je l’ai déjà un peu expérimenté comme volontaire en Asie. Si le missionnaire ne sait pas remettre sa vie entre les mains de Dieu par l’offrande de la prière, l’action de grâce, s’il ne cherche pas cette relation intime … alors je pense qu’il ne peut pas tenir longtemps. Se retrouver dans une autre culture, confronté à d’autres religions, vivre l'altérité … c’est un motif de contemplation mais aussi une sérieuse ascèse. Et dans le cadre des MEP, elle ne dure pas un, deux, trois, quatre… ans mais toute la vie. Etre un contemplatif en action, c’est aussi apprendre à tout remettre entre les mains de Dieu, le premier maître de la moisson.


Tu te prépares à être ordonné diacre en vue du sacerdoce, qu’est-ce que cela signifie pour toi ?

Avant tout, c’est un engagement que l’on prend à l’appel de l'évêque. Le diacre porte donc le souci du service auprès d’une Eglise particulière. Il lui est donné par le sacrement de l’ordre et ce service, il le rend auprès des personnes qu’il côtoie au quotidien, qu’elles soient éloignées ou proche de l’Institution, à l’exemple du Christ Serviteur. Je garde d’ailleurs en mémoire ces versets de la Bible où il est dit : Car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger et vous m’avez recueilli ; nu, et vous m’avez vêtu ; malade, et vous m’avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi (Mt 25, 35-36). Ce sont des paroles simples et d’une exigence assez radicale. Dans le cadre de la mission en Asie et en océan Indien, ces dimensions de la charité, de l'hospitalité ne seront pas absentes. Les lieux d’apostolat sont très divers (le travail dans des séminaires, l’enseignement, la pastorale des migrants, l’ouverture de missions en brousse…), et l’exercice de la charité est une condition importante il me semble pour mener à bien la tâche qui nous est confiée par l'évêque à qui nous sommes envoyés.


As-tu déjà une idée de la mission qui pourrait t'échoir ?

Non. Nous recevons avant tout notre pays de mission au moment de l’ordination diaconale. C’est un moment fort et je crois que tous les ordinands attendent ce moment avec une certaine fébrilité. Puis plus tard, c’est le moment du départ. Nous avons ensuite trois ans pour apprendre la langue et la culture pour prendre nos marques dans le pays. Ensuite, sur les « starting block », sur la demande de l'évêque et en fonction des besoins de l’Eglise locale nous sommes amenés à œuvrer dans un domaine particulier.


Et comment te prépares-tu à cette mission ?

En premier lieu, par les études que j’ai entreprises en entrant au séminaire. Je suis inscrit à l’Institut de Science et de Théologie des Religions (ISTR) du Theologicum de Paris. Je termine un master en missiologie car l'étude des autres religions m'intéresse beaucoup. Dans les aires géographiques où s’exercera mon ministère, le bouddhisme, le confucianisme, les religions traditionnelles... sont souvent prédominantes. Pour que s’instaure un réel dialogue avec les frères de ces pays, il me semble important de recevoir une solide formation. Le premier témoignage du missionnaire est d’abord celui de la vie, du quotidien. Mais il faut bien dépasser cette dimension dans un second temps. Ce que j’ai pu recevoir dans mes études me sera fort utile.
Ensuite, je dirais que la vie au séminaire est aussi une bonne préparation : la communauté, la formation pastorale... avec une mention particulière à l’insertion pastorale que chaque séminariste reçoit au long du cursus. Je tiens d’ailleurs à remercier spécialement ceux qui m’ont accueilli dans leur paroisse à Paris ou à Troyes pour me transmettre ce qu’ils ont eux-mêmes reçu ou appris. Ils furent mes “coachs” pastoraux !


Le mot de la fin ?

Laissons-le à Gustave Flaubert :

Il y a des hommes n’ayant pour mission parmi les autres que de servir d'intermédiaires ; on les franchit comme des ponts, et l’on va plus loin.