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Rencontre avec Bruno Saint Girons, prêtre MEP à Singapour

I) Quel a été votre parcours avant d'intégrer les MEP ?

J’étais étudiant à l’ICAM (Institut Catholique d’Arts et Métiers), une école d’ingénieur à Lille. A la fin de mes études j’ai décidé de partir en coopération pendant deux ans. J’ai été envoyé au Sri Lanka en tant que professeur de français de 1995 à 1997. Suite à cette expérience je suis entré au séminaire pour le diocèse d’Evreux et les MEP.


II) Comment vous est venue votre vocation missionnaire ?

Je voulais être laïc, marié, engagé dans l’entreprise et dans l’Eglise : j’avais en effet entendu une fois l’Abbé Pierre nous inviter à mettre à profit les dons reçus, en particulier si l’on pouvait avoir des postes de responsabilité : c’est pourquoi j’ai voulu être ingénieur. En même temps, j’avais le désir d’approfondir ma foi ; l’ICAM m’a permit de suivre des cours de théologie en parallèle de ma dernière année d’études : le parcours de catéchèse d’adultes Mess’Aje. Suite à cela, je suis parti en pèlerinage en Terre Sainte : près du lac de Tibériade, un prêtre m’a posé la question d’une éventuelle vocation de prêtre. Ensuite je suis parti en coopération au Sri Lanka. Là bas j’étais accompagné par un prêtre local.
Au contact de la population du Sri Lanka, j’ai reçu énormément : j’étais professeur de français et j’avais quelques activités au sein de l’Eglise. J’allais également assurer une présence dans un centre s’occupant d’enfants défavorisés. Cette expérience en milieu très pauvre m’a beaucoup marqué notamment par la manière d’être et de vivre de ces populations, par leur simplicité… J’ai alors ressenti un appel personnel à suivre le Christ au sein d’une vocation sacerdotale missionnaire. Pour moi c’était une manière de me réaliser, de dire « oui » à la vie !
A mon retour en France, je suis entré au Séminaire des Carmes. J’ai été ordonné prêtre le 23 juin 2002 à Evreux. Lorsque j’ai annoncé à mon évêque d’alors, le P. Jacques David, mon désir de me préparer à être prêtre du diocèse d’Evreux pour les Missions Etrangères, il m’a répondu : « C’est super, cela fait partie de ma mission d’évêque de me soucier de l’Eglise Universelle, même si les besoins de vocation du diocèse sont actuellement importants ! ». Une belle ouverture !


Quel est le pays de votre mission et comment vous êtes-vous préparé à celle-ci ?

 

C’est difficile de savoir à l’avance à quelle sauce on va être « mangé » !
Les MEP nous forment aux différentes cultures et religions asiatiques, et à la spiritualité des MEP.
Personnellement, avec mon expérience au Sri Lanka et en particulier la rencontre du bouddhisme, j’ai cherché à approfondir quelques unes des religions asiatiques, bouddhisme et hindouisme en particulier.
J’ai ainsi travaillé sur le bouddhisme lors de différent travaux, puis rédigé mon mémoire de maîtrise en théologie sur yoga et christianisme (comment s’entraider pour aider l’homme d’aujourd'hui ?).
Singapour est une ancienne colonie britannique. J’ai ainsi passé un an à Londres afin d’améliorer mon niveau d’anglais, et de mieux connaître cette culture.
Enfin, envoyé avec une attention spéciale au « monde tamoul », j’ai passé un an en Inde pour, là-aussi, découvrir un peu mieux la (ou les) culture locale et apprendre quelques bases de tamoul.
A mon arrivée à Singapour, j’ai aussi appris un peu de malais, puisque c’est la langue principale de la région.

Comment s'incarne votre mission sur place ? (La place de l'Evangélisation, du travail social, du dialogue interreligieux)

Presque tous les prêtres de Singapour sont en paroisse, et c’est de fait un bon lieu pour être en contact avec la vie des gens. Après 2 ans dans une grosse paroisse de l’Est (14000 chrétiens tous les dimanches à la messe, 4 prêtres et quelques religieuses), puis 6 mois dans le Sud (où je poursuivais mes études de tamoul), je suis maintenant au Nord de l’île, dans une paroisse de taille moyenne : 5 à 6000 chrétiens le dimanche. Le curé (Singapourien d’origine indienne) et moi-même, nous nous répartissons l’accompagnement des personnes et différents groupes paroissiaux (enfants, jeunes, groupes liturgiques ou de prière, formation des catéchumènes, groupes de solidarité spirituelle ou matérielle, groupes de quartiers, etc.), un prêtre plus âgé (Singapourien d’origine chinoise) nous aidant pour les différentes célébrations et le groupe de langue chinoise.
Il y a un travail de fond d’évangélisation des chrétiens à assurer, beaucoup vivant une foi très simple (proche des croyances locales où les dieux vous récompensent ou punissent selon vos actions) avec peu de connaissance de l’Evangile. C’est pourquoi nous insistons sur la formation des chrétiens en responsabilité, et je viens de lancer un groupe de catéchèse d’adulte Mess’Aje (méthode originaire de Lille) où nous cherchons à découvrir quelle a pu être l’expérience des personnes qui ont écrit la Bible, et en quoi cette expérience rejoins la nôtre.
J’accompagne aussi un groupe francophone CVX (Communauté de Vie Chrétienne, d’inspiration jésuite) où l’on apprend à relire notre vie et discerner à la lumière de l’Evangile.
Et je commence à animer des weekends « Vivre et Aimer » (Marriage Encounter), pour des couples après au moins 3 ans de mariage, afin d’approfondir leur relation.
Mais les habitants de Singapour étant de diverses cultures (chinoise, malaise, tamoule, etc.) et religions (pas moins de dix religions officielles), je cherche aussi à les rencontrer afin de cheminer ensemble. Je crois beaucoup au dialogue interreligieux, non sur un plan abstrait, mais à travers les problèmes qui se posent aux personnes. J'accompagne par exemple quelques couples mixtes. Nous essayons de voir ensemble ce qu'ils vivent, comment ils vont pouvoir éduquer leurs enfants et vivre leurs religions en famille. Je crois que nous sommes tous pèlerins, à la recherche de Dieu et/ou du sens de la vie. Je suis convaincu que l'Eglise peut s'enrichir de la quête de ces autres religions et cultures, sans pour autant sombrer dans le relativisme.
Je suis ainsi membre de la commission diocésaine pour le dialogue interreligieux et l’œcuménisme, participe à quelques « cercles de conversation » interreligieux (qui sont souvent à l’initiative des musulmans), donne quelques sessions sur l’hindouisme, le yoga, ou la rencontre des autres religions, également des récollections « corps, art et prière » avec une jeune artiste professeur de yoga.
J’ai aussi des contacts avec des groupes de « Christian Meditation » et de « Centering Prayer », qui utilisent une méthode de prière proche de celle des ashrams en Inde.
Je continue à consulter un naturopathe et travaille avec lui sur les liens entre corps, santé et spiritualité.
Je participe enfin à des « tournées-rue » dans un des quartiers chauds de la ville, où il s’agit d’abord de rencontrer les femmes qui y travaillent et de prier avec elles si elles le souhaitent.
Cela fait beaucoup d’engagements, et bien sûr je ne les mène pas tous de front avec la même intensité, mais le souci reste au moins là ; et si je ne peux toujours m’impliquer dans tout ce que je souhaiterais, je peux au moins créer du lien entre différentes personnes.

Quels sont vos liens avec les confrères MEP ?

Nous sommes actuellement 9 confrères MEP présents à Singapour, en comptant Paul Phong (du Vietnam) qui est prêtre associé, et sans compter Etienne Frécon (du diocèse de Lyon) qui va bientôt nous rejoindre. Nous nous retrouvons tous les lundis pour un moment de détente et le déjeuner. C’est précieux pour relire notre semaine, échanger simplement dans notre langue et culture d’origine, se soutenir également en cas de besoin. Le responsable régional, Michel Arro, m’a d’ailleurs, la 1ère année de mon arrivée, aidé à découvrir Singapour.
Nous avons également des contacts avec les prêtres MEP, volontaires MEP, DCC ou Fidesco des pays voisins, qui viennent se reposer à Singapour et échanger sur ce qu’ils vivent. J’ai pu aller rencontrer certains d’entre eux dans leur lieu de mission.
Je garde enfin un lien avec ma famille et amis, mon diocèse d’Evreux et les MEP qui sont en France, ayant ainsi eu l’occasion de passer en Europe l’été 2009. Là aussi, ce sont des moments précieux pour retrouver les uns et les autres, échanger sur notre recherche de Dieu et/ou du sens de la vie, nous entraider ainsi dans nos pèlerinages réciproques. C’est aussi un bon moment pour moi pour passer du temps dans différentes familles, ainsi que pour lire des livres !