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Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attend...

Voici un bref témoignage d'un étudiant réagissant aux ordinations diaconales de Vincent Chrétienne et d'Edouard Thomé.


« Au milieu des flots déchaînés de ces tentations [à savoir la présomption et la vaine gloire], un seul port est ouvert au missionnaire : c’est celui de l’humilité. Qu’il s’applique donc à régler ses élans, non sur l’impétuosité de son zèle ou sur l’apparence de talents éminents, mais sur les devoirs essentiels que lui imposent sa qualité de missionnaire et sa promesse d’obéissance ».
Monita ad Missionarios, chapitre 1, art. 3.

 


Deux séminaristes des Missions Etrangères de Paris ont reçu dimanche 20 septembre en l’Eglise Saint Francois-Xavier à Paris, durant leur ordination diaconale en la présence du Cardinal Jean-Pierre Ricard, leur pays de mission. Deux séminaristes certes, mais surtout deux jeunes hommes. Deux jeunes hommes qui ont disions-nous reçu leur pays de mission, à la manière de l’époux qui reçoit son épouse le jour du mariage, comme le nota d’ailleurs durant la cérémonie le P. Colomb, Supérieur général des Missions Etrangères – à la différence près toutefois, que le visage de l’épouse demeure pour ces étranges fiancés inconnu jusqu’au dernier moment.
Pour le dire plus crûment, deux jeunes hommes ont accepté qu’en quelques secondes, et par la volonté de quelques hommes en qui ils ont mis leur confiance, la terre qui les portera et le peuple qui les côtoiera jusqu’à la fin de leur vie leur soient annoncés. Ad vitam, ad extra, ad gentes. Pour la vie, à l’étranger, et pour le monde.
L’étonnement est de mise devant une telle radicalité, devant une telle dépossession de sa propre vie. Car quand le Supérieur monte à l’ambon, ces deux jeunes hommes ne savent en aucune sorte où leur vie va se dérouler. Ni le pays, ni le peuple, ni la langue, ni le mode de vie : rien. Les rizières des campagnes humides du Vietnam ou les buildings de Taipei : des conjectures, mais aucune certitude. Le pays est reçu, et le missionnaire en devenir l’accepte, l’épouse, l’accueille.
Sublime abandon. Pour moi qui tergiverse pour savoir à qui consacrer ma prochaine soirée, que faire au semestre prochain, qui envisage chaque choix comme l’expression de ma plus authentique liberté, réglant ma vie comme on conçoit un contrat (autrement dit dans l’idée d’engagement rétractable à tout moment), un tel saut fait frémir – et dans le même temps fait ardemment envie. Petit démiurge de ma propre vie, sans aucun doute ne puis-je dès lors façonner cette vie qu’à ma mesure. Petite mesure en somme, où l’on peine à respirer : « le sot se croise les bras, et il dévore sa chaire » dit Qôhèlet (4,5).
Le mal de notre temps est peut-être, comme le suggère le sociologue allemant Zygmunt Bauman, la tyrannie de l’Homo eligens, de l’homme choisissant. Nous sommes convoqués, il faut choisir, de la marque de notre café à notre style vestimentaire, croyant qu’en cela nous
devenons plus libres et plus hommes parce que choisissant davantage. A décider pour mille petites choses, le risque est sans doute de faire patienter la seule chose qui importe.


Ces deux séminaristes ont délégué un des choix les plus essentiels de leur vie, et sans possibilité de dénoncer un vice de procédure quand le vent de leurs appétits ou de leurs « motivations » aura tourné. Paradoxalement, à voir leur yeux, ils ont l’air infiniment libres, comme tous ces moines dont le regard fascine. « Me voici », répétait l’un des deux : parole d’Evangile, parole d’homme libre.


Vincent Chrétienne ira donc au Cambodge. Edouard Thomé à Madagascar. Ad vitam, ad extra, ad gentes
T. A.