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Antoine Meaudre : témoignage sur sa vocation

       J’ai grandi dans une famille catholique à Versailles. Troisième enfant sur six j’ai bénéficié d’une grande affection des miens et mes parents ont eu à cœur de me transmettre la foi et les valeurs qui en découlent. Formé par le scoutisme, j’ai par la suite été chef d’une troupe scout d’Europe pendant trois ans ; j’y ai reçu un goût véritable pour l’esprit de cohésion et le sens du groupe. Tout au long de mon parcours spirituel diverses expériences (un passage à l’Arche de Jean Vannier puis une expérience d’aumônerie à saint Quentin en Yvelines) m’ont fait réaliser que la diversité dans l’Église n’est pas source de division mais elle est une réalité merveilleuse donnée par le Christ. Au lycée, je ne me posais donc pas plus de questions et n’ai pas vraiment pensé à la vocation jusqu’à un évènement inattendu au cours de mes études de droit ; un ami sortant d’une opération m’a proposé de faire une retraite pour terminer des vacances ; nous avons choisi une abbaye presque au hasard, un frère nous a improvisé une retraite de deux jours et en revenant, nous étions bouleversés ! Pourtant les enseignements n’étaient pas particulièrement brillants, ni le frère spécialement édifiant : du silence, des méditations sur la vie du Christ et sa place dans notre vie personnelle : à la suite de cette retraite je n’étais pas plus saint mais ce qui avait changé c’était mon rapport à Dieu : Il n’étais plus un concept lointain et compliqué mais une personne qui attendait une réponse de moi ; avant Dieu avait une place dans ma vie mais ce qu’Il nous demande c’est d’avoir toute la place : que penser de cela ? Qu’il faut tous devenir moine ? Non et j’ai moi même attendu 2 ans avant de demander à rentrer en année de discernement ; je crois que le message fondamental que le Seigneur m’a donné lors de ces deux jours c’est de tout vivre en lui et avec lui : je ne me suis pas senti appelé à tout abandonner matériellement mais que dans chacune de mes activités, dans chacun de mes projets il ait la place qui lui revient car il sait ce qui est bon pour moi et veut mon bonheur.

 

       J’ai rencontré le père Colomb juste avant mon entrée en année de discernement à la maison Saint Jean Baptiste pour lui faire part de mon désir de servir l’Eglise en Asie. J’ai laissé mûrir ce projet dans la prière durant deux ans de séminaire et une année d’apostolat, accompagné dans cette démarche par mes pères spirituels et mon supérieur.

       L’année d’apostolat s’est déroulée à Toulon dans le cadre de l’association « le Rocher » qui agit au cœur des cités pour porter le Christ, l’espérance et la paix au cœur des cités sensibles en France. Je connaissais bien cette association pour avoir effectué un certain nombre de camps et week-end pour jeunes de cité avec eux. Cette année a été très forte pour de nombreuses raisons mais aussi parfois éprouvante car, habitants au cœur de la cité, nous étions sans cesse plongés dans le quotidien souvent dramatique des habitants : haines communautaires ou religieuses, pauvreté, drogue…formant une petite communauté où se mêlaient éducateurs et volontaires, nous avons vécu tous ensemble, fortifiés par une vie de prière exigeante, cette aventure de l’espérance et de l’annonce du Christ dans un monde qui l’ignore totalement. Mais pourquoi alors ne pas donner suite à ce goût pour la mission en cité ?

       Mon attrait pour la mission en Asie tient à plusieurs facteurs :

       En premier lieu, ma famille a établi des liens profonds avec le sud est asiatique depuis que mon père travaille pour l’association « Enfants du Mékong ». Cela m’a permis, outre d’être plongé dans la culture asiatique depuis l’enfance, d’effectuer deux séjours au Cambodge puis en Thaïlande qui m’ont profondément marqué.

       Mais il a fallu par la suite discerner si cette attirance ne relevait pas d’une passion passagère ou d’un goût pour l’exotisme et l’aventure. Les trois années d’études qui ont précédé la maison saint Jean Baptiste m’ont aidé à y voir plus clair et à choisir l’orientation de ma vie de façon raisonnable et dans la paix.

       Je tiens ensuite à répondre à l’objection que beaucoup m’ont faite : pourquoi partir si loin alors qu’il y a tant à faire ici ? Je ne puis répondre que partiellement à cette question car il y a dans mon désir une part de don, inexplicable et que je reçois dans la prière avec joie. Mais puisqu’il faut satisfaire notre soif de comprendre je dirais que partir en Asie c’est permettre à l’Eglise de s’enrichir de ces cultures et de ces populations nombreuses qui ont tant à nous apporter ; mais c’est aussi faire connaître à ces peuples le Verbe à qui tout homme aspire sans forcément le savoir ; c’est évangéliser ces cultures qui tendent à l’absolu sans pouvoir le nommer.

       Si je désire partir ce n’est donc pas pour quitter mon pays mais pour que la civilisation de l’amour se construise dans l’enrichissement réciproque des cultures, éclairées par la Révélation qui nous a été donnée et dont nous devons témoigner à notre tour.