Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Document Actions

Conférence du Père de Charentenay

Conférence prononcée à Espelette, pays basque le 26 août 2014, sur le thème "Églises du monde en dialogue »

Espelette, 26 août 2014

Après Paul VI et Jean-Paul II qui ont été discutés par le Cardinal Etchegarray et M. Michel Camdessus, je vais parler du pape François, des canonisations d’avril dernier, de la spiritualité de ce pape et de son action.
Je suis un peu novice à Rome, mais les événements sont nombreux dans cette ville depuis l’élection de ce nouveau pape.

 

 

1. Canonisations

Le 27 avril 2014 ont été canonisés les deux papes Jean-Paul II et Jean XXIII, en présence de deux papes, dont l’un émérite Benoît XVI.
C’est l’événement le plus important du pontificat du pape François. 800 000 personnes étaient venues à Rome pour l’occasion. Rome était envahi de pèlerins, de Pologne et d’Italie notamment.
Cette double canonisation marque la maturité de ce pontificat. Le pape François a pris la première grande initiative de son pontificat dans cet événement. Il n’est plus un novice cherchant sa voie, il est pleinement dans sa charge.
Cette canonisation est le fruit d’une décision personnelle. La canonisation de Jean-Paul II était programmée, les miracles avaient eu lieu, la date était fixée. Le pape François a voulu canoniser en même temps Jean XXIII, qui était déjà béatifié mais dont on attendait la suite de la procédure. En faisant ainsi une canonisation commune, le pape François voulait donner un sens à cet événement. Ces deux papes ont été les deux papes du Concile, l’un pour le lancer, l’autre pour l’appliquer. C’est une manière de redire que l’Eglise d’aujourd’hui est l’Eglise du Concile : l’Eglise du dialogue avec le monde, l’Eglise de la liberté religieuse, l’Eglise de la collégialité. Ces deux papes signifiaient cette Eglise en solidarité avec le monde. C’était la volonté du pape François que de réaffirmer la place du Concile dans l’Eglise d’aujourd’hui.
Comment le pape en est-il arrivé là ? Quel ressort dynamise son action ? Il faut aller rechercher du côté de sa spiritualité.

 

2. Spiritualité de JM Bergoglio.

Dans son interview de septembre dernier, le directeur de la Civilta Cattolica, a posé la question au pape : qui êtes-vous ? Le pape a répondu : « je suis un pêcheur ». Il ne se définit pas par sa fonction dans le monde, ni par son rôle dans l’Eglise. Il se définit comme créature, ayant besoin du pardon de Dieu. Le pape, comme tout le monde, n’est pas parfait et ne peut se suffire à lui-même.
De quoi est faite cette spiritualité ? Le pape a expliqué ce qui l’avait fait entrer dans la Compagnie de Jésus et que l’on retrouve aujourd’hui chez lui :
- Un esprit missionnaire. JM Bergoglio voulait partir au japon comme missionnaire quand il était jeune jésuite. Mais on l’en a dissuadé étant donné ses problèmes de santé. Mais cet esprit missionnaire reste très fort aujourd’hui, centré sur la personne du Christ qu’il veut faire connaître au monde entier.
- Une communauté. Il va habiter avec les cardinaux dans la résidence Sainte Marthe. Il ne veut pas s’isoler dans les appartements pontificaux. Mais plus que cela, il va beaucoup parler de la vie religieuse et de son sens. Vivre en communauté est une valeur évangélique où se vit le partage et la pauvreté. S’il reconnaît la valeur de la vie en communauté, le pape est aussi très exigeant pour les religieux : il a fustigé en Corée les religieux qui vivent comme des riches.
- Discernement : c’est un moyen de connaître la volonté de Dieu ; non pas un moyen psychologique mais un exercice spirituel destiné à orienter vers des décisions. Il se déroule en quatre temps, l’analyse (de la situation ou de la question en débat), la prière (puisque c’est un exercice spirituel), la décision (après consultation) et la relecture (regarder les conséquences de l’action, la paix, la division, etc.). Cette méthode en quatre temps peut s’appliquer à l’action du pape sur une année : il analyse au printemps, il prie pendant l’été, il décide à l’automne, il fait une relecture en hiver.
Effectivement, on voit un pape qui agit et décide, notamment sur des réformes de l’administration du Vatican. Beaucoup de choses se sont passées déjà en un an et demi.
Il a commencé par la nomination du G8, ce groupe de 8 cardinaux en provenance du monde entier, à qui il a donné carte blanche pour proposer des réformes de cette administration. Il a lancé, après Benoit XVI, une réforme approfondie des finances du Vatican, qui est en cours ces mois-ci. Il a ensuite procédé à la nomination de nouveaux cardinaux, la plupart dans des pays périphériques, avec 4 seulement dans la curie romaine. Il a lancé un synode sur la famille qui aura lieu en septembre 2014. Bien des changements sont donc déjà en cours, qu’il faut analyser.

 

3. Le changement selon le pape François.

Il n’y a pas de changement dans la doctrine ou dans la morale de l’Eglise. Il faut le redire à tous ceux qui craignent des évolutions trop profondes : l’Eglise a le même credo, la même doctrine, la même foi, la même morale.
Mais le visage de l’Eglise a changé, l’apparence, la manière de se présenter. Tout le monde peut voir que l’Eglise se présente sous un nouveau style, qui n’est pas simplement un extérieur, mais qui est renouvellement de l’intérieur. Des gestes, des symboles forts sont posés qui viennent directement d’un engagement évangélique. Le pape l’appuie par une catéchèse permanente, dans ses audiences générales du mercredi, dans les Angelus du dimanche ou dans ses homélies du matin lors de sa messe à Sainte Marthe. Trois éléments peuvent préciser ces changements :
- Une nouvelle manière de vivre. Déjà comme cardinal, JM Bergoglio avait montré la simplicité de sa vie en refusant les voitures et les chauffeurs, en habitant dans un modeste appartement etc. Comme pape, il veut habiter avec les cardinaux, il s’habille de sa simple soutane blanche sans autre decorum. Il parle de lui comme de l’évêque de Rome sans en rajouter sur les titres, ce qui apparaît comme une grande ouverture pour les chrétiens, orthodoxes ou protestants.
- Un nouvel équilibre entre la règle et la miséricorde. C’est le fruit de son expérience d’évêque à Buenos Aires, où il a rencontré les pauvres dans les bidonvilles : l’important est d’accueillir les personnes dans leur diversité et dans leur pauvreté. Le pape François compare l’Eglise à un hôpital de campagne : il faut d’abord prendre soin des blessures des hommes et les accueillir comme il sont. On pose ensuite des questions sur leur taux de sucre ou de cholestérol, et sur leur régime alimentaire. Il en est de même pour l’Eglise : elle doit d’abord accueillir tout le monde, soigner les multiples blessures de chacun. Il a raconté que « dans un bidonville où 90% des personne sont célibataires ou divorcés, on ne pose pas de question sur le statut de divorcés remariés, on donne la communion à tout le monde ». Pour lui, la communion n’est pas une récompense pour les parfaits, c’est une nourriture pour les pêcheurs.
- Les zones grises. La vie n’est jamais en noir et blanc, en parfait-imparfait. Il y a des zones grises où la vie n’est pas très claire, très définie. Cela s’adresse dit le pape à ceux qui veulent enfermer les croyants dans « une sécurité doctrinale absolue », qui paraîtrait donner les clés à toutes les situations, alors que comme croyants nous sommes toujours en chemin. Il dit : « même si la vie d’une personne a été un désastre, Dieu est dans cette personne ». Le pape se fait ainsi l’avocat de ce qu’il appelle « une place pour l’incertitude ». « Si le chrétien veut que tout soir clair, il ne trouvera rien ». Il cite Saint Augustin : « trouver Dieu pour le chercher toujours ».

 

4. Le leadership du pape François

Le pape François oriente l’Eglise vers une attention vers les plus pauvres de ce monde, comme dans l’Evangile. La première visite qu’il a faite à l’extérieur de Rome, ce fut pour l’île de Lampedusa, où se déroulent des drames permanents avec l’arrivée d’immigrants d’Afrique dans des conditions effroyables. Il a voulu y aller de la manière la plus simple possible, accompagné seulement par le maire de Lampedusa. C’est un de ces signes très forts pour toute l’Eglise et pour le monde.
Tout au long de cette année et demi de pontificat, il a en plus développé trois thèmes qui lui sont chers et que je cite rapidement :
- La paix : il a appelé à une prière dans le monde entier pour la Syrie. Il accompli son pèlerinage en Terre Sainte, pour y prier aussi pour la paix, notamment au pied du mur qui sépare Israël de la Palestine. Il a organisé une grande prière dans les jardins du Vatican, avec Perès et Abbas, Présidents d’Israël et de Palestine, tout cela en proximité directe avec le Patriarche Bartholomew, de Constantinople. Il a pris position récemment contre les Djihadistes qui veulent créer un Califat entre la Syrie et l’Irak.
- Corruption et Mafia. Le 21 juin 2014, le pape s’est rendu en Calabre pour célébrer une messe devant 250 000 personnes pour dénoncer très vigoureusement les comportements de la mafia dans cette région. Ce discours très local est aussi bien valable dans toutes les régions du monde.
- La Chine et l’Asie. Le pape a voyage en Corée en août 2014 et ira au Sri Lanka et aux Philippines en janvier 2015. Derrière, c’est toute l’Asie qu’il vise et notamment la Chine. Il a cité Matteo Ricci, le jésuite qui avait travaillé avec la Cour de l’empereur entre 1600 et 1610. Mais le Supérieur des Missions Etrangères de Paris, qui parle après moi, peut en dire plus sur ce sujet qu’il connaît bien.
En conclusion, François, pape et jésuite, nous a donné déjà une nouvelle figure de l’Eglise. Ce nouveau visage attire beaucoup d’hommes et de femmes de ce temps. Les tièdes reviennent à la foi, et les incroyants sont interrogés. L’Evangile est mieux entendu dans le monde.

Pierre de Charentenay sj