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Conférence du Père Georges Colomb

Conférence prononcée à Espelette, pays basque le 26 août 2014, sur le thème "Églises du monde en dialogue »

 

 

Salutation et remerciements au Cardinal, au P .Esponde, au P. Etcharren – Rappel des liens anciens et nombreux tissés par le Cardinal avec l’Asie (Vietnam et Chine surtout), rappel de la vocation d’Espelette (Père Armand David au Sichuan, le panda, nombreux missionnaires Mep comme l’a rappelé le P. Esponde dans son mot d’accueil - visite de M. le Maire et du drapeau basque au Sichuan avec le Cardinal ..

Annonce du plan de mon exposé : Après les interventions du Cardinal, de M. Camdessus, du Père de Charentenay sur les Papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II, j’aborderai de manière partielle la question du Concile et l’Eglise en Asie.

1) Présentation de la situation de l’Eglise en Asie – illustration par l’exemple de trois pays
2) Le christianisme, une entrée dans la modernité
3) la Société civile : terrain de rencontre entre Eglise et monde non chrétien
Conclusion

 

1) Présentation


Des développements significatifs ont eu lieu en Asie après le Concile de Vatican II et la publication du document Gaudium et Spes (GS). Différentes parties d'Asie ont connu des développements rapides et surprenants dans les domaines politique, économique, culturel et social. Plusieurs pays asiatiques sont passés d'une situation de sous-développement à celle de nations en croissance, entrant en concurrence avec les pays développés occidentaux. Ce processus de modernisation et de mondialisation a créé de nombreuses contradictions dans la société asiatique. Il n’en reste pas moins que des pays qui sont parmi les plus pauvres du monde sont en Asie (Laos, Cambodge). Dans ce continent des millions de pauvres côtoient des zones de richesse dans de nombreux pays. Le Pape François a parlé à Séoul : « des signes d’une idolâtrie de la richesse, du pouvoir et du plaisir qui s’obtiennent à un prix très élevé dans la vie des hommes ». Une grande diversité de cultures (berceau de civilisations anciennes antérieures au christianisme), de religions (L’Asie accueille 85% des fidèles des plus grandes religions du monde, 3% de catholiques seulement !), de langues y compris dans le même pays fait la richesse de l’Asie (700 langues en Inde !).
Le christianisme asiatique, pour sa part, a fait, sinon des pas de géant, du moins des avancées significatives vers une plus grande connaissance de lui-même et de sa mission par rapport à l'accélération des progrès du continent. Il nous suffit de penser au parcours que des organismes officiels, telle la Fédération des Conférences épiscopales d'Asie (FABC) a pu faire - tout autant que de nombreux mouvements chrétiens - face à la modernisation et à la mondialisation qui se développaient en Asie.
Paysage catholique en Asie : Deux Pays catholiques (Philippines et Timor oriental), deux pays où une forte minorité catholique est très active (Corée du Sud et Vietnam), partout ailleurs le fait minoritaire caractérise la situation de l’Eglise en Asie (3% de catholiques sur plus de 4 milliards d’habitants. Les défis : vivre sa foi et en témoigner dans des régimes totalitaires ou autoritaires – dialoguer avec les autres religions (dialogue de vie, échanges académiques) – la pauvreté.
Dans de nombreux pays d’Asie, devenir chrétien c’est perdre son identité nationale (Thaïlande, Inde..) La FABC dans les années 1970 s’est penchée sur cette question : « Si l’Eglise d’Asie veut être fidèle à sa mission, elle doit devenir une Eglise incorporée dans le peuple et inculturée). Il n’empêche que l’Asie est devenue missionnaire (Deux instituts missionnaires en Inde, deux aux Philippines, un en Corée (Missions Etrangères de Corée), un en Thaïlande (Missions Etrangères de Thaïlande dont le premier supérieur fût le P. Jean Dantonel, Mep). Plusieurs milliers de prêtres et religieux (ses) indien (ne)s sont envoyés dans le monde entier, de nombreux Vietnamiens, des Coréens aussi. Les défis pour l’Eglise dans certains pays d’Asie : donner un nouveau visage, une nouvelle image des personnes consacrées. Il faut des serviteurs (plus grande simplicité de vie, nouvelles formes de ministère, assistance aux personnes, promotion sociale, travail pour la justice). Le Pape François a fait une allusion à cela lors de son voyage en Corée.
Aperçu sur quelques églises :


La Chine :
L’histoire de l’Eglise en Chine, c’est l’histoire d’une fidélité au prix de nombreux sacrifices, de martyrs. Aujourd’hui nous sommes sortis du schéma manichéen dans lequel nous avons vécu des années 1950 aux années 80 (Bureau des Affaires religieuses et association patriotique fondés dans les années 1960 et reposant sur le principe d’autonomie « gouvernementale, doctrinale, financière » (deux églises : une église officielle qu’on appelait aussi patriotique, une église clandestine fidèle). Aujourd’hui, la grande majorité des évêques officiels sont reconnus par Rome, la totalité ou presque des évêques clandestins sont reconnus par Rome mais ne le sont pas par le gouvernement. Il n’en reste pas moins que l’évêque de Baoding Mgr Su Zhi Min est encore en prison depuis 1995 et nous n’avons pas de nouvelle de lui.
Les défis :
- défi de la réconciliation et de la communion au sein de l’Eglise en Chine
- défi de la reconnaissance des évêques non-officiels (clandestins) par le gouvernement
- défi d’un accord Vatican/Gouvernement chinois sur le mode de nomination des évêques
- défi de l’établissement des relations diplomatiques. Je mets cette question en dernier, elle est importante mais il faut savoir que les églises domestiques évangéliques progressent plus rapidement que nous et ne se préoccupent absolument pas de la question d’une reconnaissance par le gouvernement. La partie clandestine de notre Eglise a vécu sous ce régime, mais au fur et à mesure de la légitimation des évêques officiels par le Saint-Siège, le nombre d’évêques clandestins a beaucoup diminué. Le Pape François a clairement dit qu’il souhaitait un dialogue fraternel avec la Chine. Je ne suis pas dans le secret, mais j’ai retenu des propos du Saint-Père que dans un premier temps il fallait se rencontrer sans objectif de négociation. Espérons qu’il sera entendu car tout le monde gagne à vivre au grand jour. Le Pape Benoît XVI dans sa lettre de 2007 l’a rappelé avec beaucoup de clarté en prenant soin de distinguer les communautés de notre Eglise et les agences du gouvernement et en rappelant qu’il n’y a qu’une Eglise et pas deux ! Cette leçon était pour le Bureau des Affaires religieuses et l’association patriotique.


Inde :
Pays immense, une grande puissance. Grande diversité religieuse et ethnique. Milieux fondamentalistes hostiles aux Chrétiens comme c’est le cas au Sri-lanka. Nombreuses églises orientales (Syro malabars et Syro Malankars dans le Sud). Pays qui est officiellement fermé aux missionnaires étrangers comme le sont la Chine, le Vietnam, le Laos, la Birmanie, la Malaisie pour des raisons différentes, mais il y a toujours moyen d’entrer à condition d’accepter une certaine précarité et une incertitude sur son avenir. Cela ne fait-il pas partie de la vocation missionnaire ?
Les institutions d'éducation (les écoles les collèges) de l'église indienne (même si elles sont un bon moyen de gagner de l'argent surtout dans les églises du Nord) ont permis de développer l'alphabétisation dans le pays. En particulier cela a été un grand effort des Mep et des Jésuites envers les intouchables que l'on appelle plus communément les Dalits : le Loyola College de Madras où de nombreux volontaires MEP ont servi.

Pour l'application du concile de Vatican II, il y a eu des efforts très tôt dans l'église indienne. En 1969 il y a eu une grande rencontre à Bangalore pour chercher à appliquer le concile dans une perspective indienne. Il y eut en particulier des efforts d'inculturation sur la liturgie qui n'ont cependant pas abouti. Sans doute cela était-il trop intellectuel est trop tourné vers le monde brahmane alors que la plupart des chrétiens sont des intouchables.
Il y eu aussi une recherche d'une vie contemplative plus indienne dans le mouvement des Ashrams chrétiens. Malheureusement aujourd'hui les Ashrams chrétiens sont très peu nombreux. Il y a toujours une réponse trop faible de l'église indienne face au grand désir contemplatif de l'Inde en particulier de l'Inde hindoue.
De la même façon dans le dialogue interreligieux encouragé par les Papes successifs, si il y a eu des efforts et des réalisations avec l'hindouisme, on ne peut pas dire la même chose de ce qui s'est passé envers l'Islam ou encore le bouddhisme. L'appel du pape François à aller vers les périphéries est très actuel pour l'église indienne qui est tentée de se replier sur elle-même et sur ses institutions.

Quant à la théologie chrétienne d'inspiration indienne cela est toujours un problème. D'un côté il est légitime de chercher une expression vraiment indienne du mystère du Christ comme cela peut se faire en Chine et cela s'est fait avant tout en Grèce ou dans le monde latin. Cependant le danger perçu par Rome est de réduire le mystère chrétien à une sorte d'hindouisme. Dans les séminaires ou les institutions de formation, on préfère aujourd'hui enseigner de la théologie contextuelle (comme une nouvelle théologie de la libération indienne pour la libération des intouchables). En février 2011, si je me souviens bien, la Congrégation pour la doctrine de la foi avait organisé une rencontre à Bangalore.

Cela nous ramène à la question du rattachement de l'église indienne à Rome. Il est vrai qu'après une grande visite de 15 jours en 1986, le pape Jean-Paul II n'est revenu que quelques jours en 1999 pour signer l'exhortation apostolique Ecclesia in Asia a Delhi. Depuis 15 ans aucun pape n'était revenu en Asie. Et sans doute cela a fait baisser la conscience d'appartenance à Rome et à toute l'église catholique.

Je pense que la simplicité du pape François et sa volonté de rejoindre les périphéries et les plus pauvres pourraient permettre à l'église indienne de se convertir. Car tel est bien l'enjeu dans un pays qui reste massivement sous le seuil de la pauvreté mais qui est aussi un pays qui cherche ardemment le Christ.

Le Vietnam

Comme la Corée une église qui a connu une belle croissance (nombreuses vocations, nombreux prêtres, séminaristes, religieuses à l’étranger) période de persécutions puis une plus grande liberté depuis quelques années. Mgr Girelli, nonce apostolique à Singapour est le Chargé d’affaires du Vatican pour le Vietnam. Une église audacieuse qui s’engage sur le terrain des libertés publiques (cf l’exemple du courageux évêque émérite de Hanoï, Mgr Kiet !). De nombreux fidèles laïques écrivent ce qu’ils pensent sur leurs blogs et sont parfois arrêtés. La commission Justice et paix prenant au mot le gouvernement a rédigé un projet de constitution dans lequel il est écrit que c’est le peuple qui est souverain, ceci n’a pas plu aux autorités car la constitution actuelle dispose que c’est le parti qui est souverain.

Défis : Simplicité de vie et rapprochement avec les plus pauvres, style de vie du clergé. Animation et développement d’une société missionnaire vietnamienne qui existe sur le papier ! Création d’une université et d’écoles catholiques.

 

 

2) Le christianisme : une entrée dans la modernité

Cela peut paraître étrange, mais c'est ainsi : le christianisme en Occident a été dissocié de la modernité et s'est même trouvé en conflit avec elle, alors qu'en Asie, il y a été intimement associé. Pour le dire plus simplement, pour les Asiatiques, être chrétien c'est être moderne. De façon générale, le christianisme, en tant que culture et tradition, a été bien accueilli en Asie comme ouverture sur la modernité. L’Europe, les U.S.A. sont des continents qui ont conjugué jusqu’à aujourd’hui (ou presque malgré la crise économique et financière) développement économique et respect des droits de l’homme. Ce sont des continents influencés fortement par le christianisme. Les Asiatiques sont tentés d’établir un parallèle entre christianisme et dignité de l’homme, progrès. Cela suscite un intérêt pour le christianisme, pour les valeurs qu’il véhicule, pour l’éthique chrétienne (les évêques sollicités à Taïwan). Les questions de la foi, de l’Eglise ne sont pas ringardes en Asie. A Singapour, 6% de catholiques, j’ai entendu dire que 50% des étudiants de la Faculté de droit lisent la bible. L’une des premières questions d’un ami chinois est « Es-tu chrétien ? ». J’aimerais bien que cette question me soit posée plus souvent en France pour partager ma foi, ma joie d’être disciple du Christ !
La perception des chrétiens asiatiques, dans le passé comme aujourd'hui, se traduit par une continuité plutôt que par une césure entre le christianisme et la modernité. C'est ce qui a suscité son intérêt. Lorsque Matteo Ricci a présenté ses respects à l'empereur de Chine et lui a offert deux pendules, l'intérêt était davantage tourné vers les pendules que vers tout autre chose. Quand les pendules se sont arrêtées, il a trouvé en Ricci un réparateur hors pair qui l'intéressait davantage que toutes les doctrines du Ciel qu'il pouvait lui annoncer. De la même façon, les cartes de Ricci suscitaient une grande curiosité. Nous voyons aussi combien les Chinois admiraient le missionnaire astronome Johann Adam Schall von Bell lorsqu'il a prédit une éclipse entre 1623 et 1624, ce que les experts chinois ne savaient pas faire. L'histoire nous apprend également que l'empereur Yongzheng, qui expulsa tous les missionnaires chrétiens, autorisa ceux d'entre eux qui étaient astronomes ou savants à rester. Ce schéma élémentaire d'une association entre le christianisme et les découvertes scientifiques et techniques semble encore valable à l'heure actuelle pour les "chrétiens culturels", pour autant que leur intérêt y trouve son compte, ces chrétiens lisent et étudient la doctrine. Depuis la politique de réforme (Gaige) et d’ouverture de la Chine entreprise par Deng Xiao Ping et poursuivie par ses successeurs, les prêtres étrangers qui ont pu retourner en Chine (à l’exception de quelques enseignants dans les séminaires mais pour des visas de courte durée) y sont allés car ils ont été invités pour une mission d’enseignement, de traduction, pour une expertise.
Si nous nous tournons du coté de l'Inde, la conversion en masse des dalits et des castes inférieures signifie l'entrée dans le monde de la modernité et de ses institutions (éducation, santé, mobilité, égalité devant la loi, etc.). Ils se sont trouvés ainsi libérés du joug de la hiérarchie oppressive des castes. Aux yeux des groupes marginalisés, l'aspiration aux biens matériels et l'entrée dans le monde de la modernité leur étaient facilitées par le christianisme. A première vue, l’observateur pourrait penser que ce n’est pas tant par l'annonce de l'Evangile que par des moyens indirects que la foi chrétienne a pu se répandre dans la société. En fait ces Dalits indiens comme dans d’autres pays, les minorités ethniques regardées de haut, voire méprisées par les ethnies dominantes (Chine, Taïwan, Thaïlande, etc) ont vu dans l’évangile un chemin de libération, une dignité que personne ne leur avait reconnue et dans l’Eglise une famille ! Les missionnaires, les prêtres et religieuses autochtones n’ont rien inventé, il suffit de lire l’évangile pour voir que le Seigneur est aux côtés de ceux qui sont aux périphéries comme aime à le répéter le Saint Père. Les nombreuses institutions éducatives ou hospitalières sont les exemples de cette présence et de cette reconnaissance de l’Eglise dans des pays où elle est toute petite.
Nous nous trouvons aujourd'hui devant une nouvelle rencontre avec la modernité et sa forme évoluée de la mondialisation avec toutes ses ambiguïtés et ses contradictions, mais aussi avec les perspectives qu'elle ouvre. Il nous faut beaucoup réfléchir à cette nouvelle étape de la rencontre.
 

3) La société civile : lieu de la rencontre de l’Eglise avec le monde non chrétien

Dans la plupart des pays asiatiques, la situation du christianisme est celle de l'isolement. Cela peut venir des préjugés, des discriminations et de l'opposition qu'ont rencontrés les communautés chrétiennes dans la société du fait de l'origine "étrangère" de l'Eglise ainsi que de sa connotation coloniale. Mais il y a également des raisons intrinsèques qui ont transformé l'isolement de la communauté en repli sur soi. C'est un fait certain que le christianisme n'a fait que peu d'efforts véritables pour dialoguer avec la Société. Le type d'engagement des communautés chrétiennes a donné l'impression qu'elles agissaient en parallèle avec les autres institutions, comme l'Etat. Le message tacite transmis par l'Eglise est qu'elle peut vivre par elle-même, sans avoir besoin des autres. Nous pouvons donner sur ce point les exemples de l'éducation et de la santé, domaines dans lesquels le christianisme a été traditionnellement impliqué. Notre Eglise saura-t-elle lire "les signes du temps" si elle garde son caractère fortement institutionnalisé ? Le christianisme pourrait faire plus pour répondre aux défis de la modernité et de la mondialisation. Choisir les pauvres dans cet âge de la modernité et de la mondialisation demande de nouveaux moyens, de nouvelles stratégies, d'autres intermédiaires car les formes de pauvreté évoluent. C'est là que nous prenons conscience de l’importance de la société civile, des possibilités d'intervention et de présence qu’elle peut offrir pour trouver des réponses efficaces (enseignement dans des universités d’était, travail social ou médical dans des structures publiques etc.. participation de l’Eglise au financement d’écoles de l’état dans des petits villages du Cambodge..)
Il est intéressant de noter que si en Occident la modernité a tendance à provoquer une prise de distance par rapport au christianisme, en Asie, la modernité amène un grand nombre d'Asiatiques à s'en rapprocher. Il s'y développe une recherche croissante des valeurs éthiques et même de la "transcendance" pour répondre à la crise que provoque la modernité dans la vie de beaucoup de gens. Dans certains pays, et particulièrement dans ceux de l'Asie de l'Est, les gens se tournent vers le christianisme, parce que, à leurs yeux, la modernité est associée intimement avec le christianisme, qui peut offrir une solution à la crise de la modernité et de la mondialisation. Ils recherchent dans le christianisme les moyens de dépasser cette crise. Même s'ils n'appartiennent pas, au sens traditionnel, à la confession chrétienne, les Asiatiques essayent de découvrir par eux-mêmes dans le christianisme un système de valeurs, une éthique et des orientations qui peuvent les aider dans leur rencontre de la modernité. L'intérêt croissant des "chrétiens culturels" en Chine et dans d'autres pays d'Asie est, en quelque sorte, la manifestation de cette recherche. Ils ne sont pas chrétiens car ils ne sont pas baptisés, mais ils sont sensibles à l’enseignement du Christ, à l’évangile, à la Parole de Dieu. Un ami professeur chinois dans le Yunnan me disait après les évènements de Tian An Men « Nous ne pouvons pas changer la Société, mais nous pouvons changer notre vie », c’est beau de la part d’un jeune couple en quête de sens !
Finalement, une des grandes contributions du concile, de Gaudium et Spes en particulier, est la compréhension qu'il a donnée du christianisme : une Eglise qui veut apprendre beaucoup du monde et de la société. En fait, ce document, comme celui sur la liberté religieuse (Nostra Aetate) sont des exemples de l'influence que l'histoire et ses développements ont exercé sur la pensée de l'Eglise. Seule une Eglise qui sera désireuse d'apprendre quelque chose des réalités asiatiques, des traditions séculaires et de l’histoire sacrée de ce grand continent, pourra attirer l'attention des Asiatiques. L’avenir de l'Eglise dans l'Asie demain ne dépendra-t-il pas des ouvertures morales, éthiques que le christianisme apportera dans les structures traditionnelles et les modes de vie des sociétés asiatiques. Pour y arriver, nous aurons à être à l'écoute des voix de l'Asie dans ses différentes langues et modes d'expression. Seule une Eglise curieuse, une Eglise qui s'efforce d'apprendre, sera capable d'apporter sa contribution aux sociétés asiatiques.

 


En guise de bilan, reprenons ce que le synode des Eglises d’Asie (1998) nous a dit :

Le concile n’a apporté aucune nouveauté en termes théologiques, mais une nouvelle façon d’être Eglise. Voilà ce que peut nous apprendre l’Eglise d’Asie à travers le triple dialogue avec les pauvres, les cultures, les religions de l’Asie :

- l’Eglise est Koinomia (communion), ce qui implique une collégialité effective et affective et une participation des fidèles laïques à la mission (Marches tibétaines sans prêtres depuis plus de cinquante ans et malgré cela des chefs de communauté qui font que toutes les églises sont ouvertes le dimanche et que l’Eglise est rassemblée pour la prière parce que l’Eglise est une réalité humaine, une réalité locale bien typée avant tout). N’avons-nous pas tendance à l’oublier en France notamment pour les célébrations dominicales dans nos diocèses de province pauvres en prêtres ?
- l’Eglise doit être un signe clair et un instrument effectif de la présence salutaire du règne de Dieu, règne de justice, de paix et d’amour.
- Les pères synodaux ont souligné que le silence témoignant des valeurs de l’évangile était une façon valable d’évangéliser et dans certaines situations, la seule façon !

Le Pape François en quittant les jeunes d’Asie rassemblés pour les journées asiatiques de la jeunesse leur a demandé « d’aller sur les routes et sur les chemins du monde, frappant aux portes du cœur des gens, les invitant à recevoir le Christ dans leurs vies » et il a ajouté pour les prêtres et les évêques « embrassez les pécheurs, soyez miséricordieux, Dieu ne se lasse jamais de pardonner ». Le Saint Père a voulu souligner l’importance du pardon dans la vie chrétienne, valeur assez méconnue dans l’Asie confucéenne où prédomine le souci de préserver la face et d’échapper au sentiment de honte.

Alors bonne route à tous, jeunes et moins jeunes, à la suite du Pape sur les routes de France et du monde !

Georges Colomb, Espelette le 26 août 2014.