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Etienne FRECON - Nouveau prêtre MEP au service de Singapour/Malaisie

Entretien avec Etienne Frecon, père MEP envoyé à Singapour

 Etienne, D’où viens-tu ? Parle moi de ta famille, de ta jeunesse.


Etienne : Je suis de Lyon. J’ai grandi dans une famille très nombreuse dont je suis le 4ème enfant. Mes parents m’ont donné une éducation chrétienne traditionnelle. J’ai beaucoup reçu d’eux ainsi que de mes frères et sœurs. Cependant, un jour il faut partir et voler de ses propres ailes.

Les premiers envols n’ont pas forcément été très évidents : La vie facile, la liberté sans contrainte ou le refus de l’engagement sont des mirages bien connus. Il faut que jeunesse se passe ! Quand je regarde en arrière, je vois la malice du Seigneur qui ne m’a pas laissé aller trop loin. Il a souhaité que je fasse l’expérience de ma commune humanité avec le peuple auquel je serai envoyé. Il a toujours placé sur ma route des personnes qui m’ont témoigné qu’autre chose était possible. Je pense notamment à la rencontre des personnes souffrant d’un handicap à Lourdes ou bien ma participation au JMJ de Rome. Ces premières années furent aussi riches en amitié sur lesquelles je compte encore aujourd’hui.

Le baccalauréat en poche, une première année en faculté d’économie m’a permis d’y voir plus clair sur ce qui était essentiel à mes yeux. J’ai perçu combien le désir de donner ma vie, à la suite du Christ, comme prêtre était plus fort que tous les plans de carrière ou que tout autre chose que j’avais rêvé. Cette parole de Jésus à Pierre a entériné ma décision : « m’aimes-tu plus que ceux-ci ? ». L’amour du Christ est devenu la base solide sur lequel ma vie s’est enracinée. C’est cet amour que je voulais vivre et annoncer.

Quand je regarde ma vie, je ne vois pas grand chose d’extraordinaire mais plus un chemin que j’essaye d’inventer en réponse aux appels que le monde m’envoie et dans lesquels, en Eglise, j’essaye de discerner les traces de Dieu !

Comment es tu entré au séminaire ? Et pourquoi as-tu choisi les MEP ?

Face à tous ces événements et ce que je perçois aujourd’hui comme marque de la tendresse de Dieu à mon égard, j’ai décidé de répondre au désir profond de mon cœur : celui d’aimer jusqu’au bout à l’image du Christ. Je suis alors rentré comme séminariste pour le diocèse de Lyon avec un désir de témoigner de l’amour de Dieu auprès des hommes loin de nos églises et particulièrement auprès des plus pauvres. 

Le choix du diocèse fut naturel ayant grandi au cœur de cette ville et ne connaissant pas grand chose d’autre. L’histoire de ce plus vieux diocèse de France me plaisait. Il tire sa force des premiers martyrs de Gaule Pothin, Blandine et leurs compagnons. Mais il a aussi, tout au long de son histoire, porté de grands témoins de la foi : le curé d’Ars, le Père Chevrier, Pauline Jaricot et aussi l’abbé Pierre.

Là, un autre désir a grandi en moi : celui de partir en coopération. Je suis donc parti deux ans en Malaisie avec les MEP. Ce fut un temps très heureux mais difficile. En charge d’un orphelinat avec d’autres volontaires, je me suis confronté de façon très brutale à la violence et aux difficultés que peut endurer la jeunesse blessée. J’ai aussi travaillé avec la communauté catholique francophone de Kuala Lumpur tout en étant inséré dans une paroisse locale. J’ai beaucoup appris des deux prêtres malaisiens avec qui je vivais. « L’important pour le prêtre c’est d’aimer les personnes auprès desquelles il est envoyé » me disaient-ils souvent !

Alors, un jour en conduisant, je me suis dit : « c’est là que je dois être » ! Comme quoi les grandes révélations ne viennent pas forcément dans de grandes extases !

J’ai alors cheminé avec les MEP. Je ne peux pas cacher que le chemin missionnaire, aussi beau soit-il m’a fait un peu peur au cours de ma formation. C’est audacieux de se mettre en route à la suite de tous ces prêtres, ces saints et ces martyrs qui sont allés porter la Bonne Nouvelle du Christ en Asie !

Un jour, un père MEP de Singapour, retiré en France, en réponse à ma question « que faut-il pour être un bon missionnaire », m’ a dit : « pour être un bon missionnaire il faut être soi-même, tu as tout en toi pour réussir ! ». Alors, j’ai dit oui ! C’est si simple la vie chrétienne et pourtant on l’a complique bien souvent…

Que fais tu actuellement ?

Aujourd’hui, je suis en paroisse à Paris où je vis mon ministère de diacre. Je prépare aussi un mémoire sur Christian de Chergé, le prieur du monastère de Thibirine. Cet homme m’a interpellé pour l’alliance qu’il a scellée avec le Christ et avec le peuple algérien jusqu’à donner sa vie par amour. Ce fut un homme libre ! Il a su être interpellé et dialoguer avec les croyants de l’Islam. Pour ma part, la foi des hommes et des femmes que j’ai rencontrés en Asie m’a beaucoup touché et je souhaite continuer ce dialogue qui me touche et nourrit profondément ma foi au Christ.

Peux-tu me citer une phrase d’évangile qui te parle tout particulièrement ?

Le jour de mon ordination diaconale, j’ai choisi la phrase de l’évangile de Jean « Il les aima jusqu’au bout » (Jn13,1). Cette phrase m’habite encore aujourd’hui. Elle est exigeante. Je ne cesse d’expérimenter que c’est le Christ, le premier, qui aime. Il aime l’homme que je suis. Il aime les hommes et les femmes que je rencontre. J’essaye de me la donner comme programme de vie : voir en chaque homme un fils bien aimé du Père. J’espère vivre de cet amour en Malaisie et à Singapour et sceller avec eux une véritable alliance en les aimant comme le Christ les aime !

Comment envisages-tu la mission aujourd’hui ?

La mission, c’est d’abord être envoyé dans un lieu où des personnes vivent déjà quelque chose de l’ordre de la foi quelle qu’elle soit ! A moi de savoir contempler l’œuvre de l’Esprit dans ces personnes. Jean-Paul II disait que le missionnaire est « un contemplatif en action ». Il me faut donc continuer de m’enraciner dans le Christ et observer son Esprit à l’œuvre. Cette contemplation sera possible à travers un vrai compagnonnage avec les personnes de Singapour et de Malaisie. Si je suis appelé à vivre l’évangile et à le servir en Asie, c’est d’abord l’Esprit qui travaille, qui converti et qui rassemble la famille de Dieu dispersé.

Quel conseil à donner à un jeune qui se pose la question d’entrer chez les MEP ?

Il est difficile de donner des conseils alors que je ne suis qu’au début de ma vie missionnaire. Cependant, il est important de ne pas rester sourd aux appels de notre cœur ! La mission est grande et les ouvriers sont peu nombreux… La mer peut s’agiter, les flots peuvent mugir et s’enfler pourtant le Christ reste le seul maître du navire et des flots ! Confiance !