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Mieux connaître les Chinois, pour mieux les accueillir en Europe.

Le père Gilles Sander fait part de ses impressions et de ses réflexions après un voyage en Chine. Il y a découvert la solidité du réseau constitué par les chinois passés par l’aumônerie de Lyon : rencontres émouvantes avec les familles d’étudiants installés en France, retrouvailles chaleureuses, réflexions sur l’annonce de la Parole de Dieu et découverte de la culture chinoise.

Ce 4ème voyage a mis clairement en évidence le réseau constitué par ceux qui sont passés à Fourvière. Ce qui a été semé est d’autant plus visible maintenant que la qualité des liens demeure malgré les années. Une des clés de ce voyage fut le repas improvisé le dernier soir où nous nous sommes retrouvés une vingtaine. C’était comme la synthèse d’une partie des rencontres qui, une par une, dans leur diversité, m’avaient enseigné tout au long de ce mois. En révélant à quel point ce réseau n’est pas virtuel mais bien réel, ce voyage vient confirmer ce qui se fait ici à Lyon. Il en montre la pertinence en indiquant, de manière générale, ce que les Chinois attendent ; mais surtout il souligne ce qu’il est possible de faire pour eux ici en France.


L’importance des contacts 

En effet le contexte actuel de la mondialisation nous donne, déjà ici en France, la possibilité de côtoyer beaucoup de Chinois. Qui n’a pas dans son école des Chinois, dans son entreprise des liens avec la Chine, ou dans sa famille tel ou tel qui va régulièrement en Chine ?

Malgré la différence culturelle avec les Chinois, les possibilités de contacts permettent à l’essentiel de ce que nous avons à vivre avec eux de se réaliser. Car ce que nous avons à partager avec eux ne consiste pas avant tout à établir une structure à partir d’un système bien pensé avec une recherche d'efficacité, d’autant plus que toute prétention d’une main mise sur eux serait perçue comme une ingérence étrangère.
Il ne s'agit pas tant d'abord de créer une communauté avec des critères d'appartenances, "combien de personnes sur les registres", ce qu’on a souvent tendance à me demander. Je l’ai cherché au début, par ce que toute la dynamique de l’aumônerie a démarré suite aux premières demandes de baptêmes. Je pensais aussi qu’il fallait commencer par construire la communauté normalement nécessaire à toute mission. 

En fait, il s’agit plutôt d’être au service d’un réseau de contacts.


Dans la culture chinoise où les relations conviviales sont naturelles, ils éprouvent moins le besoin de s'identifier par une appartenance à un groupe et encore moins par une rupture. Nous, occidentaux, avons plus facilement besoin de nous identifier par opposition.

Actuellement les communautés catholiques dans les grandes villes en Chine attirent de plus en plus de monde aux grandes célébrations de la messe ou du chapelet. Il leur est plus difficile, pour l’instant, de proposer d’autres activités en petits groupes. Par contre, les protestants se retrouvent par petites communautés fraternelles à tailles humaines qui correspondent au mode de fonctionnement des Chinois.
J’ai vu là-bas des membres d’une communauté catholique qui, à cause de la distance, font leurs réunions fraternelles hebdomadaires par skype.

Ainsi, actuellement, les réseaux de relations apparaissent comme une composante essentielle de la mission auprès des Chinois, et la mondialisation permet beaucoup de vraies relations avec eux dans la durée. Depuis la Chine, ces relations leur permettent, tout en restant libres, d’entretenir à travers ces contacts, ce qu’ils ont reçu en occident.
D’autre part, leur culture est très pragmatique, elle est accueillante, et très reconnaissante à toute forme d’aide concrète. Ici, en Europe, leur condition d’étudiants crée des difficultés de toutes sortes, voire de véritables détresses. Ainsi, tout ce qui peut se vivre comme « parrainage » personnel tout au long de leur séjour est fondamental. Cela devient le point de départ d’échanges qui s’inscrivent dans la durée.

L’enjeu autour de la Chine est important, à cause du nombre bien sûr, mais surtout parce qu’ils sont à un moment décisif de leur histoire comme dans aucune autre culture (pas même à Hongkong et Taiwan). Là où la révolution a supprimé des traditions anciennes, il y a le désir de faire revivre leurs racines culturelles sans pour autant retourner à des superstitions. Ils savent que le christianisme a un fondement rationnel, et qu’il apporte une dimension humanitaire. Sinon c’est l’argent qui risque de prendre toute la place, en se substituant comme un leurre à leur liberté…

L’annonce de la Parole de Dieu :

C’est autour de la Parole de Dieu que tout a démarré ici à Lyon ; principalement par la présence et l’accueil dans l’église. Pour eux, ce n’est pas un tabou. L’augmentation du nombre de chrétiens est un fait public connu de tous. Nous n’avons pas à avoir de complexes par rapport à la proposition de la Parole de Dieu. Le contexte actuel chez nous ne permet pas d’imaginer cela. En effet, il m’arrive même de rencontrer des chinois non chrétiens qui me disent que la Chine a besoin du christianisme pour son avenir ! On ne verrait pas cela en France !
A ce propos, les découvertes actuelles sur la présence possible des premiers chrétiens dès l’an 65, peut-être même grâce à l’apôtre Thomas, bouleversent bien des idées toutes faites et montrent comment l’évangile a sans doute pu se diffuser à travers leur culture tout au long de l’histoire (voir « Thomas fonde l’Eglise en Chine » – Pierre Perrier).

Il est difficile pour nous de comprendre les chinois; cela nous bouscule car on ne peut pas les enfermer dans nos concepts; c’est vrai qu’il faut le voir pour le croire ! Ils nous renvoient ainsi au sens de la personne comme « mystère »; c’est à dire comme lieu où à travers l’autre Dieu se révèle à nous.

Enfin, c’est l’ouverture des chinois à la parole de Dieu, qui fait de la Chine une « bonne nouvelle » pour nous aujourd’hui. Maintenant, il nous reste à prendre la mesure de l’enjeu. Nous sommes en effet concernés, même ici en Europe par cette exigence nouvelle qui à travers les contacts est à notre portée… !

 

Voici quelques exemples pendant ce voyage, ils montrent ce que les contacts personnels permettent de rencontrer comme diversité de milieux

- Plusieurs étudiants qui vivent une expérience chrétienne suite à leurs passages à Lyon mais sans être rattachés à une église. Le contact avec les communautés protestantes a souvent été une étape.
- Cet ancien de Lyon dont je n’ai pas tout de suite compris que ce qu’il montrait de son standing de vie actuel, et me semblait très matérialiste, était finalement une manière de m’exprimer son amitié, et sa reconnaissance.
- Une ancienne étudiante rencontrée il y a 2 ans à La basilique de Fourvière et qui avait exprimé un désir très clair de vie chrétienne. Elle me partageait plus sa difficulté aujourd’hui, à cause du travail, de vivre ce qu’elle avait découvert en Europe
- Le grand-père d’un étudiant qui a été baptisé à Lyon. J’ai découvert qu’il avait chaque semaine les comptes-rendus de ce que son petit-fils découvrait sur la foi chrétienne aux réunions de l’aumônerie à Lyon ! L’accueil que j’ai eu témoignait de l’effet produit dans sa vie !
- Un étudiant a même fait 2000km pour venir nous revoir à Pékin !
- Un homme d’affaires rencontré il y a plus de 2 ans que j’ai revu pour la 3ème fois avec sa femme et qui manifestait toujours autant de sympathie comme si je faisais partie des ses meilleurs amis.
- Un responsable de la formation artistique d’un grand théâtre rencontré à la basilique il y a un an et qui me confiait, dans une démarche plus philosophique, toute sa recherche intérieure.
- Un homme d’affaires rencontré à la basilique il y a deux ans , qui pour la deuxième fois m’invitait avec un collègue de travail. Echange là aussi impressionnant de communion alors qu’au départ ils étaient plus dans une démarche bouddhiste.
- Les familles de plusieurs étudiants.
- J’ai revu aussi 2 étudiants devenus chrétiens à la lecture de St Augustin.
La rencontre avec le prêtre venu de France reste pour tous une référence fondamentale.

Les familles françaises :

Celles chez qui j’ai pu être hébergé m’ont fait part de leur désir, mais du manque d’occasions de rencontrer des Chinois et de partager leur foi. C’est une des dimensions rendue possible par ce réseau qu’ils ont pu connaître. Plus tard lorsqu’ils rentreront, ils pourront grâce à leur expérience continuer à jouer un rôle d’accueil et de sensibilisation auprès des français.

L’autre dimension qui a fortement contribué à ce réseau, c’est depuis 2004 le décès de 3 étudiants. La solidité des liens qui se sont créés n’est pas accidentelle, dans le sens où le rapport à la mort et donc à la vie du ciel, n’est pas du tout le même. Là où humainement c’est d’autant plus dramatique qu’il s’agit de fils uniques, donc de la descendance et de l’avenir des familles concernées, il s’est opéré un changement de vie. L’accueil et la participation à la liturgie (alors qu’ils n’étaient pas chrétiens) ont été déterminants.
- Pour résumer, il y a les parents qui, suite à la mort de leur fils à Lyon en 2004 sont devenus chrétiens, et maintenant très engagés dans l’église à Pékin. Ils ont pu être là pour accueillir la famille de celui qui est décédé en mars 2009 à Lyon. Sa famille a fait exprès 1000 km pour me revoir à Pékin. Leur reconnaissance est impressionnante.
- Enfin il y a la famille du troisième étudiant. Lui a été touché par le Christ en croix, en entrant dans la cathédrale de Shanghai. Il ne savait pas qui c’était et il n’a trouvé personne pour lui parler de Jésus. Par la suite il est passé à la basilique de Fourvière lors des grandes fêtes du 8 décembre. C’est là que nous avons eu un premier échange, et grâce aux adresses email, il a pu rejoindre le groupe « alpha » de Sophia Antipolis dans le sud de la France, où il était étudiant. Il y reçut le baptême en 2007. En août 2009, il a été assassiné à Nice, devant sa fiancée, par le cuisinier chinois du restaurant qu’il venait d’ouvrir. Actuellement on peut dire que sa mort a en quelque sorte ouvert une « brèche » pour son entourage proche.


Tous ces témoignages sont le signe de ce qui chez les Chinois semble une sorte de « prédisposition » à accueillir la résurrection.
Ne préfigurent-ils pas l’avenir qui attend ce peuple immense?

Père Gilles Sander