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Dimanche 3 Janvier 2016 : Messe de l’Epiphanie présidée par Mgr PONTIER

Homélie de Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille, président de la Conférence épiscopale donnée dimanche 3 janvier pour la fête de l'Epiphanie.

En cette année du jubilé de la Miséricorde, nous accueillons la Bonne Nouvelle de cette fête de l’Epiphanie : « toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. »
Ainsi s’exprime St Paul dans la lettre aux Ephésiens que nous venons d’entendre. Lui, le membre du peuple de l’alliance, a compris que le salut annoncé par les prophètes, accompli en Christ, débordait de toute part le peuple de la première alliance pour atteindre tous les hommes, désormais un en Christ : Celui qui est à l’origine de toute vie est venu sauver toute vie. En Lui tout a été créé, en Lui tout est sauvé. « La miséricorde de Dieu s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent », chantait la Vierge Marie. Et nous voyons les Mages venus d’Orient se livrer à cette miséricorde, la rechercher, la reconnaître, se prosterner, exprimer leur reconnaissance, leur confiance. Le Mystère de Noël est élargi à toute l’humanité. Dieu s’est fait frère de tout homme pour les conduire tous à l’achèvement de leur filiation divine.

Forts de cette bonne nouvelle, les apôtres et les premiers chrétiens ont sillonné le bassin méditerranéen, et plus loin encore vers l’Orient. Vous-mêmes vous avez fait de cette fête, celle de votre Institut qui porte depuis sa fondation le souci de l’annonce de l’évangile aux peuples d’Asie. Vous y accompagnez encore aujourd’hui la croissance de l’Eglise dans ces peuples aimés de Dieu. Le souvenir des martyrs de Corée va être célébré dans quelques mois.

Comme le peuple de la première alliance a reçu des Mages l’annonce de la naissance du roi d’Israël, l’Eglise, en évangélisant, est elle-même évangélisée. Elle sait que l’Esprit la précède en toute culture, en toute démarche, en toute rencontre. Elle est sacrement du salut. Elle apporte tout ce qui permet d’accueillir le Seigneur vivant, mais elle se laisse enrichir et provoquer à se convertir par la rencontre de ceux qui cheminaient à la lumière d’étoiles qui les conduisaient déjà vers la Maison de Bethléem, le lieu où demeure l’Enfant et sa mère. Vous sauriez mieux que moi exprimer la fécondité de ces rencontres.

Et nous-mêmes, ici, nous laissant éclairer par le message de l’Epiphanie, nous regardons les réalités que nous avons à vivre à cette lumière. Le caractère pluriel de nos sociétés occidentales, de la société française tout particulièrement, ne nous provoque pas à la peur mais bien à l’ouverture, au dialogue, à l’annonce. Nous savons que tous sont « associés au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Evangile. » Nous ne voulons pas être des « Hérode » qui se laissent inspirer par la peur et enfantent la mort. Nous voulons entrer en dialogue de salut avec tout homme, toute culture. Le message de l’Epiphanie élargit notre regard sur les autres, sur ceux qui viennent d’ailleurs, sur ceux qui viennent jusqu’à nous et que nous sommes appelés à accueillir comme des frères aimés de Dieu. Se revendiquer comme défenseur des « racines chrétiennes » de la France et au nom de leur protection, proposer la fermeture des frontières, le renvoi des étrangers, est une imposture et une contradiction. Dans les débats d’aujourd’hui, nous devons inviter au dialogue, au respect, à la générosité, à l’espérance, à la confiance. Celui que nous avons fêté à Noël comme l’un de nous, nous le fêtons aujourd’hui comme Celui qui est reconnu par les Mages comme le Roi d’Israël et le Sauveur de la multitude par le don de sa vie.

Que ce mystère est grand et nous dépasse !

A la suite des Mages, prosternons-nous devant Lui, faisons-nous petits et humbles. Adorons-le ! Que rien dans nos analyses, nos recherches, nos réflexions, nos fragiles certitudes ne nous rende orgueilleux au point de ne pas laisser le Seigneur renouveler nos esprits, guérir nos intelligences, vaincre nos peurs et nous ouvrir au mystère de son amour universel pour les hommes.

Ici en France, comme ailleurs dans le monde, nous sommes chargés d’annoncer les merveilles de ce Dieu qui n’est qu’amour et miséricorde et qui, en Christ, est venu rendre visible Celui qui était invisible à nos yeux : le Dieu lent à la colère et plein d’amour.

Que la Vierge Marie, présente aux côtés de son Fils de la mangeoire à la Croix du calvaire comme une mère pleine de tendresse, nous tienne proches de nos frères, de leur naissance jusqu’à leur mort, tels des témoins de la miséricorde inlassable du Dieu qui est venu pour que les hommes aient la vie et l’aient en abondance.

G. Pontier