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Homélie de la messe de dimanche 15 novembre donnée par Vincent Chrétienne

Homélie de la messe de dimanche 15 novembre donnée par Vincent Chrétienne, jeune diacre des Missions Etrangères de Paris en formation au séminaire français de Rome et à l'université grégorienne. Vincent a été ordonné diacre en septembre dernier, il sera envoyé en mission au Cambodge. Cette homélie est sa première homélie donnée dans la chapelle des M.E.P. lors du rassemblement des 25 séminaristes M.E.P..

 

« Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire ». Frères et sœurs, qui aujourd’hui se soucie de la venue glorieuse du Christ ? La grande masse des hommes ? Elle est aujourd’hui concentrée à rendre la poussière, avec laquelle l’homme a été créé, créatrice. Les croyants ? Un terme qui rassemble largement : ceux qui cherchent dans les idoles qui ne sauvent pas un refuge ; ceux qui font de Dieu violence et fanatisme, et dont notre pays vient de subir tristement les conséquences ; ceux enfin qui cherchent sincèrement Dieu mais ne connaissent pas le Christ.


Les chrétiens alors ? Peut-être, mais je crains que peu nombreux soient parmi nous ceux qui se sont éveillés ce matin avec l’espoir de voir aujourd’hui le Christ apparaître sur terre. En effet, sommes-nous bien prêts à accueillir Dieu dans Sa gloire ? Faisons-nous notre les paroles du psalmiste : « Mon cœur exulte, mon âme est en fête, ma chair elle-même repose en confiance » ? Une confiance qui nous donne la certitude d’être inébranlable dans notre foi. Un bref examen de conscience nous permettra de revenir à de bien plus modeste réalités. Or le Seigneur nous a dit : « Je viendrais comme un voleur et tu ne pourras savoir à quelle heure je viendrai te surprendre ».


Il semble que nous sommes aujourd’hui appelés à être vigilants dans notre vie quotidienne. Un rappel qui peut sembler superflu. Nous appelons chaque jour la venue du Christ ; dans le Notre Père nous disons : « Que ton règne vienne » et dans l’anamnèse, nous répondons : « Nous attendons ta venue dans la gloire ». Mais il est vrai aussi que le caractère répétitif des prières nous fait souvent oublier le sens des paroles prononcées.


Certes, si nous ne pensons pas chaque jour à la Parousie, notre présence dans cette chapelle aujourd’hui manifeste une certaine attention portée à la Parole de Dieu. Et notre pratique régulière des sacrements est l’expression d’une attente véritable du retour du Christ. Mais voici que nous attendons depuis près de deux mille ans ce retour sans que rien ne vienne. L’annonce de la Bonne Nouvelle s’est propagée, certains lassés d’attendre s’en sont détournés, les autres se sont souvent installés dans un confort de la foi, sincère, mais dont l’ardeur n’est peut-être pas tout à fait ce qu’elle devrait être. Seuls quelques-uns ont modelés leur vie sur l’Evangile. Mais le peuple des saints est bien réduit parce que le fait de tout donner nous semble souvent impossible. Même lorsque nous consacrons notre vie à Dieu, j’en suis le premier exemple, bien des résistances demeurent dans le don de nous-mêmes. Résistances parce que nous cherchons sans cesse à négocier avec Dieu. Le marchandage est bien le signe de notre médiocrité face à l’amour inconditionnel de Celui qui s’est donné jusqu’à la mort sur la Croix. Mais la médiocrité n’est pas une fatalité, elle peut être dépassée, bien plus loin que nous ne pouvons imaginer. Nos saints martyrs des Missions-Etrangères en sont l’exemple même.


Chers frères et sœurs, la sainteté ne doit pas être conçue comme une illusion laissés aux hommes extraordinaires de notre temps. Elle doit être le but ultime de notre vie, non pour que nous soyons élevés à la gloire des autels, mais pour que la sainteté ordinaire des chrétiens, brillants « comme les étoiles », rende gloire au Christ auprès des hommes. Chaque jour, nous devons nous rappeler que nous appartenons au peuple des baptisés, et que de ce fait nous sommes d’une certaine manière les ambassadeurs du Christ sur terre.


Un jour, alors que je discutais avec un ami prêtre sur les vertus héroïques d’un évêque, il me répondit avec quelque emportement : « On ne peut tout de même pas canoniser tout le monde ». Cette remarque m’a beaucoup interrogé. Doit-on avoir si peur de présenter au monde de nombreux exemples de vies fidèles au Christ, de vies données et construites sur l’Evangile?


Sans aller jusqu’au sacrifice ultime du martyr, sans même regarder les doux héros de notre temps qui ont tout quitté pour le service des pauvres, il me semble que nous ne devons pas négliger la dimension ordinaire de la sainteté. Car la sainteté commence par les actes simples de la vie quotidienne. Ces choix qui paraissent aisés sont pourtant parfois plus difficiles à surmonter que les grandes épreuves de la vie. Ce sont donc de petites gloires que nous avons tous à conquérir. C’est par cette sainteté ordinaire que le Seigneur nous trouvera saints et irréprochables lorsqu’il reviendra. Rien d’impossible ; aucun défi inatteignable.


Il semble pourtant que ce soit déjà beaucoup nous demander. Car nous n’avons guère envie de sortir de notre torpeur. Nous attendons et nous verrons bien ce qui se passera. Le Seigneur saura bien nous juger. Finalement, nous nous retrouvons dans la situation de ceux que saint Paul dénonçaient dans la communauté primitive, ceux qui ne veulent pas prendre part au travail dans la communauté. Nous laissons la tâche de grandir dans la sainteté aux autres, nous contentant du minimum. Nous ne voulons pas faire l’effort nécessaire de bousculer nos vies pour vivre en vérité avec le Christ. C’est pourtant exactement ce que le Seigneur nous demande. Nous devons tous avoir à cœur de participer au maximum à l’œuvre de Dieu. Le Seigneur nous veut actifs.


Ne nous trompons pas d’attente. Ce n’est pas nous qui attendons le Seigneur. C’est le Seigneur qui attend depuis près de deux mille ans que nous répondions enfin par l’amour au sacrifice du Christ. Oui, le Christ nous aime. Et de ce fait, il cherche à nous sauver. Pour cela il prend une infinie patience avec nous, se montre persévérant envers nous, parce que nous ne cessons de tergiverser avec Lui. Montrons-nous persévérants dans l’amour de tous parce que le véritable amour est inconditionnel ; il ne s’arrête pas aux petites comme aux grandes épreuves. Prenons patience parce que l’amour prend patience ; nous ne changerons pas instantanément. Mais ne nous illusionnons pas en pensant que la mollesse dans l’amour suffira. Car alors, nous risquons d’être surpris et déçus lorsque le Christ viendra et qu’Il nous surprendra.


Personne ne connait la date du retour glorieux du Christ, ni les anges, ni même le Fils. Car le Père a posé dans la totale liberté de notre réponse le jour où il enverra l’armée céleste sur terre. C’est bien en fonction de ce que nous serons capables d’offrir à Dieu que Dieu répondra. C’est en fonction de l’amour donné que Dieu nous accueillera dans l’amour. Les fautes peuvent être effacées, les échecs oubliés. Mais le manque d’amour ne peut pas être comblé. Nous sommes les seuls maîtres de ce que nous voulons offrir. Dieu nous offre son amour mais il ne nous force pas à l’aimer.


Chers frères et sœurs, il n’y a qu’une chose à conquérir sur terre, une seule chose à adorer. Non la lumière brillante des astres qui ne sont que matière et qui tomberont au jour dit, mais la lumière véritable dont nous distinguons les prémices depuis la venue du Christ, et qui nous fera vivre pour l’éternité. « Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais. »

Amen.