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Prêtres et missionnaires Prêtres et missionnaires
 
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Homélie de S. Exc. Mgr Luigi Ventura, Nonce apostolique en France,

Homélie prononcée, pour l’ordination diaconale de Laurent GATINOIS, MEP, nouveau missionnaire destiné au Cambodge pour le Vietnam, le 18 décembre 2011 en la Chapelle du Séminaire des Missions Etrangères de Paris.

« Voici la servante du Seigneur » : la réponse de Marie à l’annonce de l’Ange Gabriel, que nous venons d’entendre durant la lecture du premier chapitre de l’Évangile de Luc, éclaire le parcours qui nous prépare à la célébration de Noël et indique le cadre qui nous introduit dans le rite de l’ordination diaconale de Laurent.


La Parole de Dieu lue dans cette assemblée priante de l’Église est vivante, actuelle et efficace. Saint Paul nous l’affirme dans la seconde lecture : « Voilà le mystère qui est maintenant révélé : aujourd’hui il est manifesté ». L’aujourd’hui de Dieu n’est pas quelque chose qui reste enfermé dans un moment précis du passé, mais il est actuel et vivant dans la voix et dans le cœur qui annonce sa Parole.


Dans une lecture que nous présentait la Liturgie des Heures ces derniers jours, Isaac de l’Étoile (Poitiers, 12e siècle) parle du lien étroit et indissoluble qui relie l’Église à Marie et Marie à l’Église : « L’une et l’autre sont mères du Christ… En la demeure du sein de Marie, le Christ est resté neuf mois ; en la demeure de la foi de l’Église, il restera jusqu’à la fin du monde. »


C’est cette foi qui donne son sens à la célébration de la Nativité du Seigneur et à l’ordination diaconale.


L’administration de tout sacrement est le signe de la présence actuelle et efficace du Seigneur parmi les siens, auxquels il communique la richesse des dons divins. C’est une fontaine d’où jaillit l’eau toujours pure et fraîche qui, à travers le ministère de l’Église, atteint les fidèles.


Pour un évêque, et donc en particulier pour moi aujourd’hui, c’est toujours un moment de grande émotion que d’être ministre du sacrement de l’Ordre : c’est là que sa paternité spirituelle trouve sa plus claire expression et sa plus grande fécondité, tout en assurant à l’avenir de l’Église la capacité ministérielle qui lui a été confiée par le Seigneur.


Je suis heureux de me trouver ici aujourd’hui, dans cette maison-mère des Missions Étrangères de Paris ; “mère” parce qu’en trois siècles et demi elle a engendré à la vocation missionnaire environ 4 500 prêtres, hérauts intrépides et généreux de l’Évangile de la charité, et parce qu’elle garde avec vénération et affection la mémoire du sacrifice héroïque de leur vie accompli par beaucoup de ses fils, de la sainteté dont ils ont témoigné par leur martyre.


C’est pourquoi je suis reconnaissant au Père Georges Colomb de m’avoir invité à présider cette liturgie en tant que Représentant du Pape en France : j’y vois le désir d’exprimer et de renforcer le lien constant de communion et de fidélité qui vous unit au Saint-Père depuis les origines des Missions étrangères de Paris, en particulier avec le Pape Alexandre VII d’abord, puis avec Grégoire XVI et le bienheureux Pie IX.
En pensant à l’histoire pluriséculaire des MEP et aux quelque 250 missionnaires qui dépensent actuellement leurs forces dans des territoires lointains, le geste tout simple qui est demandé à Laurent avant le rite de l’ordination prend une valeur tout à fait symbolique et profondément expressive. En effet on lui a demandé d’exprimer sa volonté de se donner totalement au Christ, âme et corps, dans le célibat pour le royaume des cieux, et de manifester sa volonté en faisant un pas vers l’autel du sacrifice et de la communion eucharistique.


Dans un monde où règnent l’individualisme et l’égoïsme, et qui veut dominer par la possession des choses et des personnes, le pas d’un jeune qui ouvre son cœur à un amour sans frontières et sans intérêts personnels à l’exemple de Jésus constitue un geste fort, prophétique, à contre-courant des idées actuelles, et il allume une lueur d’espérance dans le ciel d’une humanité qui veut inspirer sa coexistence des principes chrétiens de la fraternité, de la solidarité et de la charité. Il ne s’agit pas là d’aridité de sentiments, mais d’une énergie irrésistible d’un cœur qui veut s’élargir sans limites en embrassant le monde entier, même au prix de la vie, comme les martyrs. Folie ? Oui, c’est la folie qui trouve sa raison dans la croix du Christ.
Nous remercions le Seigneur, qui continue à appeler certains à le suivre et nous le remercions parce que sa voix est écoutée et trouve une réponse confiante. « Car éternel est son amour. » (Ps. 136)


Ministre ordonné, le diacre est, depuis le début de l’histoire de l’Église, celui qui, dans la communauté, est chargé, de façon autorisée et officielle, du service du prochain. On peut observer, bien sûr, que tout chrétien est appelé à servir son prochain ; le diacre, lui, existe précisément pour cela : pour rappeler à tous que le christianisme est un service. Toute la vie du diacre et sa personne elle-même sont un rappel constant et bien visible du devoir de servir que le baptême demande à chacun.


Le diaconat constitue le premier des trois degrés de l’Ordre sacré ; c’est, pourrait-on dire, la porte d’entrée des autres ministères ordonnés du prêtre et de l’évêque : c’est une exigence fondamentale, un devoir de service, qui est assumé et n’est pas annulé par les degrés qui suivent.


Le diacre est dans l’Église l’image vivante du Christ qui sert, du Christ qui par amour se baisse pour laver les pieds de ses disciples, du Christ qui prend en charge les plus faibles, du Christ qui proclame la Parole du Royaume de village en village, du Christ qui se fait proche de tous ceux qui sont menacés par la tristesse et par l’angoisse, du Christ qui offre sa vie même en sacrifice.


Le diacre ne sera pas le seul à faire tout cela, bien sûr, mais le diacre le fait en étant investi officiellement, en annonçant la Parole de Dieu et en offrant un témoignage lumineux de la charité.


Le Catéchisme de l’Église catholique nous dit que « l’envoyé du Seigneur parle et agit, non pas par autorité propre, mais en vertu de l’autorité du Christ ; non pas comme membre de la communauté, mais parlant à elle au nom du Christ. Personne ne peut se conférer à lui-même la grâce, elle doit être donnée et offerte. Cela suppose des ministres de la grâce, autorisés et habilités de la part du Christ » (n. 875).


La liturgie de l’ordination diaconale est simple et essentielle. Après le dialogue d’introduction par lequel l’Église demande au candidat d’exprimer publiquement sa volonté de suivre et de servir le Christ dans la communauté et d’unir sa voix dans la prière chorale de la Liturgie des Heures, au cœur de la célébration se concentrent deux actes qui viennent de la tradition apostolique : l’imposition des mains et la prière par laquelle est conférée une effusion spéciale de l’Esprit Saint. Par elle, le candidat est rendu conforme au Christ Seigneur et Serviteur de tous.


Dans le passage tiré du second livre de Samuel, qui nous a été proposé dans la première lecture, nous avons entendu la promesse du Messie faite par David, et l’Évangile, dans l’épisode de l’Annonciation, donne le témoignage de l’accomplissement de cette prophétie et de la fidélité de Dieu à la Parole donnée. La même présence et la même Parole résonnent maintenant dans l’Église qui prie, nourrie par la certitude de voir exaucée son invocation quand elle est en harmonie avec la volonté de Dieu.


La formule utilisée pour certifier à David l’authenticité et la véracité de la Parole de Dieu se retrouve dans l’incipit de la prière d’ordination. « J’ai été avec toi dans tout ce que tu as fait » : telles sont les paroles adressées alors à David. « Sois avec nous, Dieu tout-puissant, sois avec nous » : C’est maintenant l’Église qui, ici, invoque Dieu avec foi. Elle est sûre que sa prière est rendue efficace par la parole de Jésus. Et le Verbe continue à être présent dans l’histoire, à travers la vie et les gestes de ceux qui accueillent sa parole, comme Marie : « Voici la servante du Seigneur … et le Verbe s’est fait chair. » Il est le Dieu avec nous, l’Emmanuel que nous contemplons à Noël.


Après la prière, le diacre revêtira l’étole et la dalmatique, ces ornements qui le distinguent dans l’assemblée liturgique. Puis l’Évangile lui sera remis, avec la mission de l’annoncer, après l’avoir accueilli dans sa propre vie. Son seul outil de travail est l’Évangile qu’il doit annoncer par sa vie et sa parole.


Je me permets de vous proposer ici un rapprochement peut-être un peu irrévérencieux et inhabituel, qui me vient d’une provocation d’un Évêque italien, mort malheureusement prématurément il y a quelques années, Mgr Tonino Bello ; il me paraît de quelque valeur pour cette circonstance.


Dans une de ses homélies, devenue célèbre, Mgr Bello a parlé de l’unique ornement sacerdotal inscrit dans l’Évangile comme ayant été revêtu par Jésus. En effet, pour la Messe solennelle célébrée la nuit du Jeudi saint, Jésus n’a mis ni étole ni chasuble, mais – dit l’Évangile de saint Jean – un tablier ! Cet Évêque italien ajoutait : « Qui sait s’il ne faut pas compléter la garde-robe de nos sacristie en y ajoutant un tablier ? ». Et, en guise de conclusion, il ajoutait qu’en tout cas, la chose la plus importante « n’est pas de faire entrer le tablier dans l’armoire des ornements, mais de comprendre que l’étole et le tablier sont comme l’endroit et l’envers d’un unique symbole, d’un unique tableau de service : le service de Dieu et du prochain. L’étole sans le tablier serait du simple formalisme. Le tablier sans l’étole serait fatalement stérile. »


Lorsque j’impose les mains sur la tête des ordinands évêques, prêtres ou diacres, je suis toujours amené à penser à la richesse contenue dans la vie de celui qui, à ce moment-là, est agenouillé devant Dieu, au mystère profond de l’histoire de sa vocation, à sa rencontre et à son dialogue intime avec le Seigneur ; et en même temps, je ne peux m’empêcher d’imaginer le projet de grâce et de bénédiction que Dieu réserve au nouvel ordonné, à la fécondité que, malgré la faiblesse et les limites humaines, son ministère apportera à l’Église.


Dans quelques instants, au nom du Christ, j’imposerai les mains sur la tête de Laurent dans un geste sacramentel solennel. Mais la présence de chacun de vous ici, autour de Laurent et autour de l’autel, n’est pas celle d’un spectateur. Avec nous sont présents aussi la Vierge Marie, la Servante du Seigneur, ainsi que les anges et les saints, particulièrement saint Laurent, diacre et martyr de l’Église des premiers siècles (258), que d’ici peu et avant tout – nous invoquerons : c’est l’Église entière – du ciel et de la terre –, unie à son Seigneur, qui prie pour Laurent !


Cher Laurent, avec ta famille, le terrain qui a permis la naissance de ta vocation missionnaire et que je remercie au nom de l’Eglise, avec tes confrères et tes amis, nous t’accompagnons tous, de notre amitié fraternelle et de notre affection. Et nous te disons merci pour avoir dit oui à l’appel du Seigneur et pour le supplément d’espérance qui s’allume aujourd’hui dans l’Église, dans la communauté d’où tu vas partir et celle qui t’attend.


Et que le pas que Laurent va faire soit pour chacun de nous l’occasion de renouveler notre adhésion au Seigneur !