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Prêtres et missionnaires Prêtres et missionnaires
 
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Homélie de Son Excellence Mgr Luigi VENTURA Nonce apostolique en France

Pour la solennité de l’Épiphanie,
Maison générale des Missions étrangères de Paris, le 2 janvier 2011

 Je suis heureux de l’occasion qui m’est offerte d’être avec vous pour célébrer la fête de l'Épiphanie dans la maison de la Société des Missions étrangères de Paris, cette Société qui est née de l'inspiration et du zèle missionnaire du père jésuite Alexandre de Rhodes. Les trois premiers vicaires apostoliques qui ont quitté la France avec 17 autres missionnaires français, entre 1660 et 1662, Mgrs François Pallu, Lambert de La Motte et Ignace Cotolendi (8 d’entre eux, y compris Mgr Cotolendi, mourront avant d'atteindre leur destination), seront suivis, au cours de trois siècles et demi d’histoire, par 4300 missionnaires MEP. On pourrait ajouter un quatrième vicaire apostolique, Mgr François de Montmorency-Laval, qui fut finalement destiné au Canada et est devenu le premier évêque de l’Amérique du Nord.

 

C'est une longue histoire de foi, d'amour et d'héroïsme des fils de l'Église en France à laquelle cette fête nous unit.

Tout d'abord, je salue le P. Georges Colomb, nouveau supérieur général depuis le 9 juillet, et je tiens à le remercier pour l'invitation qu’il m'a adressée à venir célébrer avec vous cette Eucharistie. Avec ses quatre assistants que je salue également, je voudrais rassembler dans un même souvenir tous les membres de la Société qui sont ici et ceux qui, géographiquement éloignés, nous sont proches par les liens de l'amitié et l'affection religieuse.

Mes salutations et ma prière se tournent en particulier vers les trois jeunes qui vont être ordonnés prêtres samedi prochain : Étienne, Guillaume et Philippe, et les trois qui seront bientôt diacres : Donatien, Emmanuel et Guillaume, sans oublier Damien qui sera ordonné prêtre au cours de l'année. Vous êtes héritiers et porteurs de la glorieuse tradition missionnaire des MEP. Je ne peux que faire miennes les expressions que le P. Colomb vous a adressées, dans sa récente lettre :

« Nous voulons vous remercier de vous donner ainsi au Seigneur, à son Église et à tous ces peuples d’Asie et de l’Océan Indien auxquels vous êtes consacrés de façon particulière. Nous voulons vous remercier pour la fraicheur et la beauté de votre don qui ravive en nous l’enthousiasme de nous donner au quotidien dans nos missions respectives. »

Que la bénédiction du Seigneur soit toujours sur vos pas et sur votre ministère, ainsi que sur vos pères et vos mères qui ont été le terrain sur lequel votre vocation a mûri !

Ma présence, comme représentant du Pape en France, veut être – pour ainsi dire – un signe de cette communion universelle qui est exprimée dans l’Église catholique par le ministère du Successeur de l’Apôtre Pierre. Et je voudrais aussi être l’interprète, tout en les confirmant, des sentiments du Pape Benoît XVI, à la suite de sa rencontre avec le P. Colomb au début du mois d’octobre. À cette occasion le Supérieur général lui avait dit « tout l’attachement spirituel des Missions étrangères à son égard et il lui avait demandé de nous bénir ».

En continuité avec la bénédiction que le Pape Alexandre VII a donnée aux premiers missionnaires, oui, le Pape vous bénit avec tout l’amour qu’il porte à tous : fils, frères et sœurs et amis qui, encore et toujours, dans la lumière de la foi allumée à Bethléem, sont pour notre temps, par le don de leur vie, l’épiphanie de l’amour de Dieu, qui est parmi nous.
La fête de l’Épiphanie anticipe pour nous le caractère missionnaire de la foi chrétienne.

Écoutons le Pape saint Léon le Grand :

« Les rois mages réalisent leur désir et, toujours sous la direction de l'étoile qui les précède, arrivent à l'endroit où est l'enfant, le Seigneur Jésus Christ.
Ils adorent le Verbe dans la chair, la Sagesse dans l'enfance, la vertu dans la faiblesse, la majesté de Dieu dans la réalité de l'homme.
Et pour manifester extérieurement le mystère qui est l’objet de leur foi et de leur intelligence, ils témoignent avec des cadeaux ce qu’ils croient dans leur cœur.
Ils offrent à Dieu l’encens, à l'homme la myrrhe, au roi l'or, conscients comme ils sont de vénérer dans l’unité la nature divine et humaine, parce que tout ce qui appartient à chaque substance n’était pas divisé dans la puissanc
e » (Hom. 31,1-2).

L'Épiphanie – la visite des Mages à l'Enfant Jésus à Bethléem – nous renvoie aux origines de l'histoire du peuple de Dieu, que l’on trouve dans le Livre de la Genèse.
Après une première “alliance”, établie par Dieu avec Noé, à la suite du déluge, vient une alliance qui concerne toute l'humanité : Avant l'appel d'Abraham, on trouve la grande fresque de la tour de Babel. La Bible affirme qu'à l'origine « tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots » (Gn 11, 1)… puis, ce fut la confusion des langues et la dispersion de l'humanité sur toute la terre (cf. Gn 11, 7-8).

Ensuite commence l’histoire de la bénédiction. L'appel d'Abraham marque le début du grand dessein de Dieu de faire de l'humanité une famille, à travers l'alliance avec un peuple nouveau, qu'Il a choisi pour qu'il soit une bénédiction parmi toutes les nations (cf. Gn 12, 1-3). Ce plan divin est encore en cours et a atteint son point culminant dans le mystère du Christ.

La fête de l'Épiphanie manifeste – nous le savons – le mystère de l'Église et sa dimension missionnaire. Celle-ci est appelée à faire resplendir dans le monde la lumière du Christ, en la reflétant en elle-même comme la lune reflète la lumière du soleil. Les anciennes prophéties concernant la ville sainte de Jérusalem, comme la magnifique prophétie d'Isaïe, que nous venons d'entendre, se sont réalisées dans l'Église : « Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, [...] Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi » (Is 60, 1-3) (cf. Benoît XVI, 2008).

Je reprends maintenant quelques phrases prononcées par le Pape Benoît XVI lors des Journées mondiales de la Jeunesse à Cologne en 2005.
« Les mages étaient venus pour se mettre au service de ce Roi, pour conformer leur royauté à la sienne.
« …Maintenant, ils apprennent qu'ils doivent se donner eux-mêmes – un don moindre que celui-là ne suffit pas pour ce Roi. ….Ils ne poseront plus la question : à quoi cela me sert-il ? Ils devront au contraire poser la question : Avec quoi est-ce que je sers la présence de Dieu dans le monde ?
« Nous nous demandons ce que tout cela signifie pour nous. Car ce que nous venons de dire … reste plutôt indéfini et vague. C'est pourquoi Dieu nous a donné des exemples. Les Mages venant d'Orient sont seulement les premiers d'un long cortège d'hommes et de femmes qui, dans leur vie, ont constamment cherché du regard l'étoile de Dieu, qui ont cherché le Dieu qui est proche de nous, et qui nous indique la route.
»

Et ici, je ne peux pas oublier les étoiles qui ont allumé l’histoire et le ciel des MEP. Ce sont le 10 martyrs de Corée, canonisés, par le Pape Jean-Paul II le 6 mai 1984 : Laurent Imbert, Jacques Chastan, Pierre Maubant, Simon Berneux, Nicolas Daveluy, Pierre Aumaître, Martin Huin, Bernard Beaulieu, Pierre Dorie, Just de Bretenières.
Ce sont le 10 martyrs du Vietnam, canonisés le 19 juin 1988 : François Gagelin, François Jaccard, Étienne Cuenot, Joseph Marchand, Pierre Dumoulin-Borie, Jean-Charles Cornay, Augustin Schoeffler, Pierre Néron, Jean-Louis Bonnard, Théophane Vénard (Ste Thérèse de l’Enfant Jésus !)
Ce sont les trois martyrs de Chine, canonisés le 1er octobre 2000 : Gabriel-Taurin Dufresse, Auguste Chapdelaine, Jean-Pierre Néel.

D’autres ont été béatifiés :
Urbain Lefebvre mis à mort aux Carmes, béatifié le 26 septembre 1926 ;
Jean-Martin Moyë confesseur, béatifié le 21 novembre 1954.
Ce ne sont là que les martyrs reconnus officiellement par l’Église parce qu’on a put réunir à leur sujet la documentation et les témoignages nécessaires. Mais dans la crypte, on garde le souvenir de 170 autres martyrs qui ont témoigné de leur foi au Christ Jésus par le sacrifice héroïque de leur vie.
Aux yeux de la raison humaine, toutes ces vies sont gaspillées, mais elles ne le sont pas dans l’économie du Seigneur !
Le Pape commentait à ce propos :

« C'est le grand cortège des saints – connus ou inconnus –, par lesquels le Seigneur, tout au long de l'histoire, a ouvert devant nous l'Évangile et en a fait défiler les pages... Dans leur vie, comme dans un grand livre illustré, se dévoile la richesse de l'Évangile. Ils sont le sillon lumineux de Dieu, que Lui-même, au long de l'histoire, a tracé et trace encore…
« … Il est important de découvrir le vrai visage de Dieu. Les Mages d'Orient l'ont trouvé quand ils se sont prosternés devant l'enfant de Bethléem.
« Cela veut dire que nous ne nous construisons pas un Dieu privé, nous ne nous construisons pas un Jésus privé, mais que nous croyons en Jésus et que nous nous prosternons devant Lui, devant ce Jésus qui nous est révélé par les Saintes Écritures et qui, dans la grande foule des fidèles appelée Église, se révèle vivant, toujours avec nous, et dans le même temps toujours devant nous. On peut beaucoup critiquer l'Église. Nous le savons, et le Seigneur lui-même nous l'a dit : elle est un filet avec de bons et de mauvais poissons, un champ avec le bon grain et l'ivraie…
»

« L'Église est comme une famille humaine, mais, en même temps, elle est aussi la grande famille de Dieu, par laquelle Il forme un espace de communion et d'unité dans tous les continents, dans toutes les cultures et dans toutes les nations. Nous sommes donc heureux d'appartenir à cette grande famille; nous sommes heureux d'avoir des frères et des amis dans le monde entier. Nous faisons précisément l'expérience … du fait qu'il est beau d'appartenir à une famille vaste comme le monde, qui comprend le ciel et la terre, le passé, le présent et l'avenir, et toutes les parties de la terre. « En entrant dans la maison, ils virent l'enfant avec Marie sa mère; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui » (Mt 2, 11). Chers amis, il ne s'agit pas d'une histoire lointaine…, il s'agit d'une présence. Il est devant nous et au milieu de nous. …Il est présent comme en ce temps-là à Bethléem. Il nous invite au pèlerinage intérieur qui s'appelle adoration et témoignage… Demandons-lui de nous guider, comme il a guidé ceux qui nous ont précédés dans cette chapelle et dans cette maison. Amen. »