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Prêtres et missionnaires Prêtres et missionnaires
 
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Homélie donnée par Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique en France le 3 mai

Homélie prononcée à l'occasion de la messe d'envoi en mission des volontaires Mep

Le Christ est ressuscité ! Il est vraiment ressuscité ! C’est ce cri de joie des chrétiens que je souhaite vous adresser à l’occasion de cette liturgie d’envoi de jeunes volontaires dans plusieurs pays d’Asie et de l’Océan indien.

Je l’adresse à vous, cher Père Colomb, supérieur de cette compagnie, à tous vos confrères, et à toutes les personnes présentes. Vous m’avez déjà accueilli plusieurs fois dans cette maison historique de la rue du Bac et je suis très heureux de m’y retrouver aujourd’hui.

Célébrer l’envoi de jeunes volontaires, c’est participer à un aspect essentiel de la vie de l’Eglise : l’Eglise n’est rien si elle n’est pas missionnaire, si la force de l’Evangile ne nous pousse pas sur les routes en quittant notre confort, notre routine et les habitudes qui nous endorment...

Avec la Parole de Dieu, je veux vous redire : « Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent de bonnes nouvelles » ou encore « Va, c’est au loin, vers les nations païennes, que je vais, moi, t’envoyer.» Isaïe et Jérémie ont ainsi nourri l’expérience de St Paul qui demeure le modèle de tout missionnaire, quelle que soit par ailleurs sa condition ou son statut.

Vous êtes des volontaires, c’est-à-dire que c’est vous qui avez choisi cet envoi, ou plutôt, vous vous êtes laissé choisir. Mais on ne part pas comme volontaire des Missions Etrangères de Paris sans s’y être préparé sérieusement, pour aborder ceux au service desquels vous allez vous mettre dans un esprit de fraternité et de don de soi ; vous constaterez alors que vous allez recevoir bien plus encore que vous ne le pensiez !

Vous avez l’envie de faire partager votre expérience de la rencontre du Christ, mais en partant au loin, vous allez découvrir des visages du Christ que vous ne soupçonnez peut-être pas, tant il est vrai que si Jésus s’est bien incarné dans un pays et un temps donnés, le Christ ressuscité peut être reconnu sur le visage de chacun des frères que vous rencontrerez. Apprenez à les connaître pour reconnaître en eux le visage du Christ qui non seulement s’est fait proche des pauvres et des petits, mais encore à voulu s’identifier à eux : vous le savez, le mystère de l’Incarnation va jusque-là...

Les textes bibliques que nous entendons dans la liturgie dominicale des dimanches de Pâques, spécialement les passages de l’évangile selon St Jean sont particulièrement précieux pour vous aider dans votre recherche.

La liturgie du 4e dimanche de Pâques nous a donné à lire et à méditer l’allégorie du bon Pasteur, celle du 5e dimanche, prolongée au 6e, nous propose l’allégorie de la vigne et des sarments. Je retiendrai d’abord celle-ci. Le motif littéraire de l’arbre de vie est présent dans de nombreuses cultures, et vous aurez certainement l’occasion de le rencontrer dans les pays où vous êtes envoyés.

Il est présent dans la Bible, depuis la Genèse qui le place au centre du jardin d’Eden, jusqu’à l’Apocalypse, dans la lettre à l’Eglise d’Ephèse : « Au vainqueur je donnerai à manger de l’arbre de vie qui est dans le paradis de Dieu » mettant ainsi fin à la malédiction qui avait suivi la faute d’Adam et d’Eve.

Jésus, cependant, donne un sens nouveau à cette image de l’arbre de vie. Il est lui-même la vigne et nous sommes, en tant que sarments, invités à recevoir notre vie de lui. C’est lui qui fait circuler la sève dont nous avons besoin pour être des vivants renouvelés. Comme dirait St Paul, « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » ? Comment, derrière cette allégorie, ne pas déceler, selon la manière propre à St Jean, une allusion aux sacrements du baptême (qui fait de chacun de nous un sarment relié au cep de vigne) et de l’eucharistie (qui fait circuler en nous l’énergie vivifiante dont nous avons besoin pour être disciples en vérité ?)

Puisse donc votre engagement volontaire vous permettre d’approfondir votre vie de disciples, et faire grandir en vous le sens de la relation au Christ, par une foi inébranlable, parce que c’est lui qui nous a choisis, et non pas nous qui l’avons choisi. Seul le choix par le Christ nous permet de porter de vrais fruits à la gloire de Dieu le Père et de connaître la vraie joie, celle que vivait le Christ au moment suprême où il donne sa vie : c’est la loi du plus grand amour !

St Jean dans sa première lettre le dit de manière encore plus concrète : « n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité » ; sur place, vous aurez à découvrir les actes qui feront de vous des bâtisseurs d’amour et par conséquent les témoins d’un amour qui vous dépasse parce qu’il vient de Dieu.

Vous aurez à cœur de prendre tous les moyens nécessaires pour « demeurer en Dieu » ; St Jean revient constamment dans son évangile sur cette nécessité de ne pas se séparer de lui, car c’est en lui seul que se trouvent la vraie joie et la vraie force : « Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera » : il ne s’agit pas de présomption, mais de foi !

J’imagine aussi que pour préparer votre séjour missionnaire, vous avez relu avec attention le livre des Actes des Apôtres. Il demeure la référence irremplaçable pour toute annonce de la Bonne Nouvelle. Même si parfois il embellit quelques peu les situations, il n’hésite pas non plus parler des échecs subits par tel ou tel des envoyés. Prenez modèle sur Pierre : « Je le comprends, Dieu est impartial ; il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes », et sur Saul, qui deviendra Paul : « il allait et venait dans Jérusalem, s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur. »

Dimanche dernier, nous entendions dans la bouche de St Pierre une affirmation qui consonne parfaitement avec l’enseignement de l’allégorie de la vigne : « En nul autre que lui, il n’y a de salut, car sous le ciel aucun autre nom n’est donné aux hommes qui puisse nous sauver. » St Jean écrivait, de son côté « En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire »

C’est l’allégorie du bon pasteur et de l’enclos qui nous permet de faire le lien entre ces différentes affirmations.

Là encore, St Jean reprend des images bibliques traditionnelles ; pensons au psaume 22 « le Seigneur est mon berger », à Isaïe « comme un berger, il fait paître son troupeau » ; retenons aussi les reproches que le prophète Ezéchiel adresse aux mauvais bergers, « Malheur aux bergers d’Israël qui se paissent eux-mêmes », reproches que St Augustin reprendra et développera dans son Sermon sur les Pasteurs.

St Jean combine ces différents aspects pour faire ressortir l’image du Christ comme une véritable icône, ce qu’il exprimera au moment de la Passion en proposant le Christ bafoué comme l’homme véritable et le véritable roi.

Nous le comprenons bien, l’enclos dans lequel sont déjà regroupées quelques brebis n’est pas un lieu fermé, à l’abri des soucis du monde et des peines de nos frères, c’est au contraire un lieu ouvert dans lequel chacun peut trouver une place, (Jésus, au moment du dernier repas, dira « Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures »). Jésus a le souci de ceux qui sont en dehors, « aux périphéries », pour reprendre une expression chère au pape François.

Il y aura un seul troupeau et un seul Pasteur : ce troupeau sera enrichi par les différentes qualités que chacun saura y apporter pour contribuer à la richesse et à la variété de l’ensemble, dans le véritable esprit de filiation par rapport à Dieu et de fraternité rendue possible par le Christ : comme l’écrivait Dietrich Bonhoeffer « la fraternité chrétienne n’est pas un idéal humain, mais une réalité créée par Dieu en Christ, à laquelle il nous est permis d’avoir part » ; à quoi fait écho une réflexion du Père Louis Bouyer : « La figure extérieure de la sainteté chrétienne varie suivant la condition où elle a eu à se développer, mais dont l’essence profonde reste toujours la même. »

Chers jeunes, ayez toujours le souci de cette sainteté non seulement pour vous-mêmes, mais pour tous ceux auxquels vous êtes envoyés comme serviteurs et comme témoins !
Oui, restez greffés sur la vraie vigne dont le Père est le vigneron ! Restez attachés à cet enclos dont le Christ est la porte et où il donne sa vie !

Permettez-moi de reprendre en conclusion ces fortes paroles de notre pape François dans son exhortation la Joie de l’Evangile:
« La culture médiatique et quelques milieux intellectuels transmettent parfois une défiance marquée par rapport au message de l’Eglise et un certain désenchantement. Comme conséquence, beaucoup d’agents pastoraux, même s’ils prient, développent une sorte de complexe d’infériorité qui les conduit à relativiser ou à occulter leur identité chrétienne et leurs convictions. Ils finissent par étouffer la joie de la mission... »

« Ne nous laissons pas voler l’enthousiasme missionnaire ! » « Ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation ! »
AMEN !