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Prêtres et missionnaires Prêtres et missionnaires
 
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Homélie pour la célébration de la première messe du P. Ludovic Mathiou – chapelle des M.E.P. le 2/07/2014

Amos 5, 14-15. 21-24 Psaume 49 Evangile Matthieu 8,28-34
P. Georges Colomb

Cher Ludovic,

Que de chemin parcouru en sept ans de formation. Je me rappelle encore nos échanges téléphoniques lorsque tu travaillais à Los Angeles, mon étourderie qui te valut des appels à 3 H du matin, heure locale pour parler ensemble de la mission, du sacerdoce, de l’Eglise. Aujourd’hui, avec toi, tes amis, ta famille, je rends grâce à Dieu qui a fait de toi un prêtre pour l’éternité, un prêtre pour l’Eglise, un prêtre pour la mission.

Les lectures de ce jour sont très instructives pour tout prêtre, pour le jeune prêtre que tu es !

1) Le livre d’Amos est une invitation à faire le bien, mais le plus important, souligne le prophète, c’est d’être un homme droit, de vivre en homme juste (Je déteste vos fêtes, je n’ai aucun goût pour vos assemblées… Quand vous me présentez des offrandes, je ne les accueille pas. Eloignez de moi le tapage de vos cantiques..). Amos nous adresse une mise en garde sur l’hypocrisie et sur le manque d’unité de nos vies ! Ce message ne s’adresse-t-il pas tout particulièrement à nous qui sommes prêtres et chantons l’office plusieurs fois par jour ? Que faisons-nous en chantant ? Faisons-nous du tapage ou bien rendons-nous grâce à Dieu ?

2) Le Psaume met le doigt sur nos contradictions, sur les incohérences de notre vie :

«Qu’as-tu à réciter mes lois, à garder mon alliance à la bouche, toi qui n’aimes pas les reproches et rejettes loin de toi mes paroles ? ». Le prêtre est un homme public sans le vouloir, il importe donc de ne pas se laisser prendre au piège de l’apparence, de la comédie humaine en cherchant à jouer un rôle dans la Société. Ce n’est pas ce que l’Eglise attend des prêtres, ce n’est pas ce que veut le peuple chrétien, ce n’est pas de spectacle dont la Société civile a besoin, ce sont des témoignages d’hommes justes, d’hommes droits, d’hommes vrais, de disciples fidèles et exigeants pour eux-mêmes et qui soient à la hauteur de la dignité du sacerdoce, à la hauteur de la confiance que leur fait l’Eglise en les appelant pour qu’ils soient ordonnés prêtres !

3) L’Evangile nous fait voyager sur d’autres rives, c’est ce qui t’attend, Cher Ludovic !

- l’autre rive du lac : c’est la mission et pas toujours sur une terre hospitalière !

- les deux possédés représentent la méchanceté d’un monde violent, d’un monde ignorant de l’évangile, d’un monde qui n’a pas goûté la douceur de vivre simplement, la beauté de la sainte famille !

Que nous veux-tu ? question posée à Jésus, question souvent posée aux missionnaires…. Que viens-tu faire dans notre pays ? Pourquoi partir en pays bouddhistes, hindou, taoïste ? Nombreux sont nos contemporains en France qui ne comprennent pas l’urgence de la mission, du témoignage de foi, de l’annonce de l’évangile ! Il faut le faire dans le respect des cultures comme nous y invitent les instructions du Pape Alexandre VII et Vatican II qui restent toujours d’actualité, mais il faut le faire car tout homme, quelles que soient sa culture, sa religion, sa nationalité, tout homme a droit à l’évangile et malheur à nous si nous ne l’annoncions pas. Il faut en finir avec les complexes de la Société française sur ce sujet ! On n’est pas chrétien une heure par semaine pendant la messe dominicale ! Nous n’avons pas de permission à demander pour être disciple du Christ, pour être chrétien !


La suite du récit de l’évangile

- des porcs qui se précipitent dans la mer

- des gardiens qui prennent la fuite

Et (le comble) : toute la ville qui supplie Jésus de partir de la région.

Ce n’est pas une réussite à vue humaine !


Les leçons de cet évangile pour nous aujourd’hui :

- s’aventurer en terre païenne présente des risques.. L’histoire de tes prédécesseurs en Birmanie te suffira comme exemple et s’il ta fallait d’autres exemples, regarde dans les autres pays d’Asie la belle histoire écrite par nos confrères, une histoire de fidélité, de solidarité avec les peuples d’Asie, au sein de notre Eglise bien sûr, mais avec tous nos frères éprouvés quelle que soit leur religion, y compris et surtout pendant les périodes de persécution jusqu’à aujourd’hui !

- chacun d’entre nous peut aussi fort utilement examiner sa conscience, sa vie pour percevoir les germes de violence, d’idolâtrie, de possession (éventuelle), de résistance, d’opposition à la parole du Seigneur, à sa guérison, à sa venue dans nos cœurs.

Finalement, il faut chercher à mieux se connaître pour se laisser pacifier par le Seigneur.

Pour nous, qui sommes prêtres ou qui nous préparons à le devenir, les lectures prennent toute leur saveur. Evitons les pièges de l’apparence, de l’égo que favorise la vie sacerdotale !
Cultivons dans nos vies la cohérence, l’unité.

Pour cela, la lecture du concile, notamment le texte sur le ministère et la vie des prêtres est d’un grand secours.

Que nous dit-il ?

Le sacrement de l’ordre configure les prêtres au Christ, le Prêtre suprême chargé de construire son corps tout entier : l’Eglise. Les prêtres deviennent ainsi les coopérateurs des évêques.

Déjà par le sacrement du baptême, tout chrétien reçoit le signe et le don d’une grâce qui lui donne le pouvoir de tendre à la perfection « vous donc soyez parfaits, comme votre père céleste est parfait ».

Mais le prêtre, par le sacrement de l’ordre, est consacré à Dieu d’une manière nouvelle « pour devenir l’instrument vivant du Christ, Prêtre éternel ».

Tout prêtre tient à sa manière la place du Christ, doté d’une grâce particulière, pour tendre vers la perfection de celui qu’il représente :

- par le service des hommes qui lui sont confiés

- par le service du peuple de Dieu tout entier.

C’est aussi par cette grâce particulière que le prêtre est guéri de sa faiblesse charnelle :

- donc faire mourir son comportement charnel

- être tout entier au service des hommes.

Telle est la sainteté dont le prêtre est doté dans le Christ et qui lui permet de s’approcher de l’homme parfait.

Le concile ajoute que, en exerçant le ministère de l’Esprit et de la justice, à condition qu’ils soient dociles à l’esprit du Christ, les prêtres s’enracinent dans la vie spirituelle et ce qui ordonne leur vie à la perfection, ce sont leurs actes liturgiques de chaque jour. C’est aussi leur ministère tout entier qu’ils exercent en communion avec les évêques et les autres prêtres.

Nous ne saurions que trop insister sur cette communion qui est vitale pour l’annonce de l’évangile à ceux qui sont loin de l’Eglise, cher Ludovic, dans le pays où tu es envoyé, en Birmanie.

Ainsi tu le mesures, cette montée vers la sainteté qui commence par le baptême prend une orientation nouvelle depuis le jour de ton ordination il y a quatre jours, car elle est nécessaire pour rendre fructueux ce ministère que tu vas exercer. Il faut que tu puisses dire en toute sincérité comme l’apôtre « je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui est en moi ».

De même que le Seigneur en fondant son Eglise, sacrement du salut, envoya les douze en mission en leur disant « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés », toi aussi tu es envoyé en Birmanie, au groupe MEP de Thaïlande, pour que l’Eglise accomplisse sa mission et que tu apportes ta part à cette mission en étant présent à tous les hommes pour les conduire à la paix et à la liberté du Christ par l’exemple de ta vie, par ton enseignement, par la célébration des sacrements. Bonne route et que le Seigneur te bénisse !