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Homélie pour la messe de clôture de l’Assemblée Générale des Missions Etrangères.

Vendredi 23 juillet 2010 : homélie donnée par le Père Georges Colomb, Supérieur Général, pour la messe de clôture de l’Assemblée Générale des Missions Etrangères.

Lectures : Ga 2,15-20 - Ps 33 - Mc 3, 31-35

 Chers confrères, chers frères et sœurs, chers amis,

 

L’Evangile de ce jour est très parlant pour ceux qui répondent à l’appel du Seigneur. Il suffirait de lire la biographie de nos confrères qui sont partis de cette chapelle. Il suffirait de voir de quelle manière ils ont quitté leur famille, avec l’émotion qui marqua ce départ, aussi bien pour eux que pour les êtres chers qui les aimaient. Certains même ont eu la crainte des derniers adieux. Certains sont partis de bon matin sans même embrasser leurs parents. C’est assez émouvant de lire la biographie de ces confrères. Oui, cette chapelle est ainsi remplie de souvenirs de départ en mission, et les missionnaires vivent dans leur chair cette parole de Jésus sur les liens familiaux. Vivre sa vocation est un choix de vie, un appel à suivre le Christ d’une manière radicale comme dans le cas de la vie monastique, ou bien de la vocation missionnaire. Il faut quitter les siens. Autrefois, ce départ en mission était très fortement solennisé : on chantait le chant du départ de Gounod, on baisait les pieds des partants. Aujourd’hui, cela l’est encore, et le 12 septembre, dans cette chapelle même, nous assisterons à la messe d’envoi d’un jeune confrère, Stanislas, qui est envoyé à Taïwan.

Départ douloureux parfois, le missionnaire, tout au long de sa vie missionnaire, vit ce mystère de mort et de résurrection ! Il quitte son pays ancien pour un pays nouveau, il pratique une nouvelle langue, il s’initie à de nouvelles coutumes, à une nouvelle culture. Tout cela est déchirant mais tout cela conduit à une vie nouvelle, à la Résurrection. La sagesse populaire d’ailleurs le dit : « Partir, c’est mourir un peu ». Mourir pour revivre. Et la suite du Christ oblige, elle nous oblige nous-mêmes, elle oblige nos parents, elle oblige nos proches, tous nos amis, à approfondir cette vérité contenue dans l’Evangile de Saint Marc : « Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, ma sœur, ma mère ». Gardons-nous de tout contresens. Que dit Jésus à ceux qui lui annoncent : « ta mère, tes frères sont là qui te demandent, qui t’attendent ». Il ne répond pas en rejetant sa famille, il répond en parlant d’une famille encore plus grande, d’une famille encore plus belle, plus universelle. Il fait fi des liens du sang, du droit du sol, des codes de la famille, de la nationalité et que sais-je encore ? Il fait fi de la filiation qu’elle soit légitime, qu’elle soit naturelle, qu’elle soit adultérine. Au diable toutes ces normes et à Dieu l’homme vivant sans considération de la vertu de ses ancêtres !

Le Seigneur nous parle de ceux qui font la volonté de Dieu, un point c’est tout !
« Celui là est mon frère, ma sœur, ma mère».

La famille du Christ, c’est l’Eglise sans ghetto, sans frontière, toujours accueillante, et sans cesse agrandie. Et dans notre célébration d’aujourd’hui, nous avons la joie d’avoir des confrères qui viennent de tous les pays d’Asie. Nous avons même un jeune ami diacre qui vient de Corée. Nous avons des séminaristes Mep qui sont allés un peu partout en Asie, au Cambodge, en Thaïlande.

Oui, le Seigneur nous parle de ceux qui font la volonté de Dieu, qui le suivent, de cette Eglise qui n’a pas de frontière et qui grandit sans cesse.

Mais veillons, parce que l’Eglise, famille du Christ, c’est son corps mystique bien plus grand que ce que nous ne saurions imaginer. Sans la Chine, sans l’Inde, sans le Laos, sans le plus petit pays, sans le plus petit des hommes, ce n’est pas encore la famille du Christ. L’Eglise est une symphonie toujours inachevée. Nous ne pouvons pas la décrire. Nous ne pouvons pas l’imaginer. Cela dépasse notre entendement. Nous pouvons seulement la servir et l’aimer ! Alors interrogeons-nous, écoutons-le. Si nous voulons faire sa volonté. Comment connaître cette Volonté ? C’est la première question qu’il faut se poser.

Dieu nous parle, Il nous parle par nos amis, par nos parents, par des événements comme cette assemblée générale que nous venons de vivre, par des rencontres avec nos frères chrétiens bien sûr mais aussi des frères non chrétiens, et parfois même non croyants. Le bon Samaritain, ne nous parle-t-il pas plus de l’amour de Dieu que ne le fait le Lévite ? Dieu nous surprend toujours par les messagers qu’il nous envoie et qui ne sont pas forcément ceux que nous attendons. Et puis, il nous parle surtout par sa Parole. Dans une de ses catéchèses, le Pape Benoît XVI nous dit ceci : « Il faut faire de la lecture de l’Ecriture Sainte, un entretien avec Dieu ». Il nous parle et nous devons Lui répondre. Nous devons nous entretenir chaque jour avec Dieu. La première condition pour entrer dans la famille du Seigneur, c’est donc de L’écouter.

« Le ciel et la terre passeront, ses paroles ne passeront pas ».

La deuxième condition est contenue dans l’Evangile qui nous dit « quiconque aura quitté maisons, ou frères, ou sœurs, ou père, ou mère, ou enfants, ou champs, à cause de mon nom, il recevra le centuple et aura la vie éternelle en possession » (Mt 19). La deuxième condition pour entrer dans cette famille de Dieu, c’est donc de partir. Il faut sortir pour entrer, sortir de soi-même, opérer un déplacement intellectuel, spirituel, géographique pour les missionnaires. Il faut s’arracher à ses certitudes pour se confier à une seule certitude : Dieu est amour, il peut tout accueillir, il est notre seule sécurité, notre seule certitude. C’est cette spiritualité de l’abandon à laquelle nous sommes invités : « Qui cherche Dieu ne manque d’aucun bien », nous dit le psalmiste dans le psaume 33 que nous venons d’entendre. Ne l’avons-nous pas vérifiée en mission cette parenté spirituelle, ce compagnonnage vécu, ces visages auxquels j’ai fait allusion il y a quelques instants dans mon exhortation de fin d’assemblée générale ? Oui, qu’aurions-nous pu faire sans l’aide de ces amis dans les pays qui nous ont accueillis ? Qu’aurions-nous pu vivre sans leur soutien, sans leurs conseils pour l’étude de la langue, pour la rencontre d’autres personnes, pour notre travail missionnaire ? Rien ! Nous avons pu vérifier que nous avons reçu au centuple ce que nous avons quitté. Nous avons pu mesurer la vérité de cette parole du Seigneur sur les liens familiaux.

Mais Saint Paul dans sa lettre aux Galates nous conduit encore plus loin sur le chemin du déplacement de l’identité personnelle et familiale. Il nous dit : « C’est le Christ qui vit en moi ». Voilà le secret de cette famille mystérieuse qui s’agrandit sans cesse et c’est la troisième condition pour faire partie de cette famille unique, universelle : laisser le Christ habiter en nous. Nous sommes appelés au renouveau des baptisés dans la mort du Christ et sa Résurrection. Si le Christ habite en nous, alors il n’est pas étonnant que nous nous reconnaissions, il n’est pas surprenant que cette icône du Christ en nous soit plus belle que toutes les autres représentations, il n’est pas surprenant qu’elle soit communion de tous les visages y compris de ceux des humiliés comme ceux que représente le linge de Véronique.

Ecouter la Parole de Dieu, partir, laisser le Christ habiter en nous, ce sont les trois conditions pour entrer dans sa famille. C’est bien le vœu que nous pouvons formuler les uns aux autres. Que nous soyons demain, là où nous vivrons, ces frères qui chaque jour veulent entrer dans la famille de Dieu, qui chaque jour viennent frapper à sa porte, et qui lui ouvrent la leur pour qu’Il vienne habiter leur cœur, pour qu’Il vienne habiter leur esprit. Que cette famille qui est en train de rajeunir chez nous aux Missions Etrangères soit toujours plus accueillante. Le Pape Jean XXIII disait une petite phrase que j’aime bien proposer à la réflexion des jeunes qui se préparent au mariage : «la famille est une petite Eglise ». Et bien que notre communauté MEP, que notre petite Ecclesia soit une grande famille.


Bonne route à tous, chers confrères. Allons et demeurons tous dans la paix du Christ !