Aller à la page d'accueil. | Aller au contenu. | Aller à la navigation |

 
Prêtres et missionnaires Prêtres et missionnaires
 
Document Actions

Homélie pour le jeudi saint du père François Hemelsdael

Comme vous le savez, je reviens d’une dizaine d’années passées au Cambodge comme missionnaire. A ce titre, je voudrais vous faire part de mon expérience et vous parler de Ravi...


Ravi est un jeune cambodgien qui avait l’habitude de jouer au billard et de fréquenter les bars. Au Cambodge, les jeunes qui jouent au billard font des paris et jouent beaucoup d’argent. Ravi quant à lui perdait beaucoup d’argent, il s’était même endetté auprès d’organismes de crédits, et il lui arrivait de voler sa mère. Peu à peu, il abandonne ses études et commence à vagabonder… Dans le même temps, Ravi, comme beaucoup de jeunes cambodgiens, méprise les pauvres, malades ou handicapés, puisque, s’ils étaient ainsi, c’était à cause de leur karma, c’est-à-dire de leurs péchés, qu’ils avaient fait du mal dans cette vie ou dans une vie antérieure, et donc que c’était finalement bien fait pour eux.
Un jour, un de ses jeunes amis, chrétien, l’emmène à l’Eglise. Ayant connaissance de sa situation, nous lui proposons peu à peu de l‘aider à financer de nouvelles études, ce qui lui permettrait à l’avenir de rembourser ses dettes. Il accepte, avec surprise, puis commence par se rendre à l’Eglise, une fois de temps en temps puis tous les dimanches parce qu’il s’y sent bien. Au fur et à mesure, Ravi ouvre son cœur et finalement se convertit. Je le baptise en 2010. Depuis, Ravi travaille avec l’ONG Enfants du Mékong, qui s’occupe de scolariser les enfants pauvres. Surtout, il aime les pauvres. A cause de l’Eglise, à cause de Jésus.
Ravi, un exemple parmi d’autres de ce que le Seigneur fait avec nous, prêtres missionnaires en Asie…
Aujourd’hui, Jésus lave les pieds de ses disciples. Et nous entraine à nous laver les pieds les uns les autres. Se laver les pieds, c’est servir les autres. Comment ?
Dans sa lettre introductrice au jubilé, le pape François nous donne des pistes en nous parlant d’œuvres de miséricorde :
 

- Corporelles :

  • Nourrir les affamés
  • Abreuver les assoiffés
  • Vêtir les personnes nues
  • Accueillir les étrangers
  • Visiter les malades
  • Annoncer la bonne nouvelle…

 

- Spirituelles :
 

  • Conseiller ceux qui sont dans le besoin
  • Instruire les ignorants
  • Exhorter les pécheurs
  • Consoler les affligés
  • Pardonner
  • Endurer les injures
  • Prier et supporter les défauts des autres.


Il s’agit d’actes, de signes forts qui offrent un témoignage pour les autres, et qui nous convertissent nous-mêmes, comme Ravi.
Les jeunes volontaires français que nous envoyons chaque année en Asie quant à eux font l’expérience forte du don de soi. Beaucoup découvrent la joie de servir les plus pauvres, les malades chez les sœurs de Mère Térésa à Calcutta, les personnes âgées chez les petites sœurs des pauvres de Hong Kong, les enfants handicapés en Corée du Sud ; et de retour en France, beaucoup changent d’orientation de vie, voulant donner un sens nouveau à leur existence, voulant se donner aux autres. Certains reviennent et me font part de leur désir de devenir prêtre, ou religieuse.
Mais tout cela serait impossible sans le premier geste que le Seigneur fit lors de la Cène. Jésus, nous dit saint Paul, prit du pain, selon la tradition juive, en mémoire de la libération du pays d’Egypte, mais lui donne un sens nouveau : « Ceci est mon corps ». Dans peu de temps, Jésus va donner son corps, va se donner sur la croix, tel un agneau docile, pour nous libérer de notre péché, de nos égoïsmes, de notre indifférence, pour nous donner sa vie et peu à peu nous transformer (sans même nous en rendre compte), nous configurer à lui, afin que nous devenions d’autres Christ pour les autres.
La messe devient alors un grand rendez-vous d’amour avec Jésus !
Et les chrétiens cambodgiens, comme Ravi, l’ont bien compris. Ravi me confiait récemment qu’il aimait participer à l’Eucharistie. Même s’il pouvait arriver qu’il s’y ennuie (à cause d’une homélie trop longue par exemple !), ou qu’il ne comprenne pas tout, peu importe. L’essentiel, me disait-il, n’est pas tant de comprendre, que de passer un moment avec Jésus, avec lui et en lui, et de recevoir sa vie, pour qu’à son tour il puisse donner sa vie et servir ses frères.
Alors, si tu es venu ici ce soir, crois donc que dans ce petit morceau de pain, c’est Jésus qui se donne à toi ; ce que tu reçois, c’est la vie, c’est Jésus lui-même qui se donne à toi ; qui est vraiment présent ;
Si tu es venu ce soir, laisse-toi laver les pieds par Jésus, laisse-toi aimer tel que tu es, avec tes faiblesses, mais aussi avec tes qualités ;
Si tu es avec nous ce soir, n’attends pas d’être parfait pour aimer. N’attends pas d’avoir du temps libre pour te rendre disponible. Donne ta vie, donne-toi aux autres.