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Homélie pour l'institution à l'acolytat et au lectorat de Barthélemy LOUSTALAN

Barthélemy LOUSTALAN a été institué lecteur et acolyte à l'abbatiale de Conques (12) le dimanche 1er septembre, au cours de la session de rentrée des séminaristes MEP.
Homélie du Père Georges Colomb, supérieur général des Missions Etrangères de Paris.

Chers Frères et soeurs, chers amis des Missions Etrangères,

L'évangile de ce jour nous pose deux questions : quelle place est la nôtre ? Quelles sont nos relations, nos rencontres, qui sont nos invités ? La lettre aux Hébreux nous rappelle la direction de notre vie : vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d'une Alliance nouvelle et quand vous êtes venus vers Dieu, rappelle l'auteur de la lettre aux Hébreux, il n'y avait rien de matériel, pas de parole ! Nous pourrions ajouter rien de sensationnel, rien de phénoménal, rien qui ne soit visible ! Dieu nous le rencontrons grâce à Jésus, l'unique médiateur, cette rencontre est personnelle, elle est au bout du chemin de l'homme qui a soif de Dieu, c'est ce que veut dire la Lettre aux Hébreux.
Dieu ne se donne pas a voir, il se laisse chhercher, l'homme dans sa quête, dans son angoisse souvent le cherche, le trouve, il le trouve dans sa propre vie. il le trouve dans la prière, dans la beauté de la liturgie, dans la beauté de cette collégiale façonnée et entretenue par des générations de disciples du Christ. Ben Sirac le Sage nous recommande le seul chemin qui ait du prix à ses yeux, le chemin de l'humilité (humus : terre), un petit chemin comme le sont les chemins de terre de nos campagnes sur lesquels aucun stop, aucun feu rouge ne vient stopper notre marche !

Le drame de notre époque est que l'homme contemporain est formé, entraîné, à l'école et dans sa vie professionnelle, pour se vendre ! On fait des C.V pour se vendre, pour avoir la première place, pour gagner, prendre la place parce que la concurrence, la compétition est forte. Pour occuper cette première place, il faut fréquenter ceux qui tiennent " le haut du pavé" pour reprendre l'expression d'un humoriste auvergnat aujourd'hui disparu, il ne faut pas se trouver les pieds dans la terre, dans l'humus, dans "le bas du fossé" comme il disait ! Et pourtant que nous dit Jésus ? "Quel est le plus grand ? Celui qui est à table ou celui qui sert", et bien moi je suis avec vous comme celui qui sert. Luc 22,27". Alors a la suite de Jésus, faisons le choix de la dernière place, c'est un choix existentiel. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de refuser de passer des concours, de refuser une carrière professionnelle, il faut dans la position sociale qui est la nôtre, dans les responsabilités que nous assumons, avoir l'humilité du serviteur, l'attitude du serviteur, comme le Saint-Père qui est serviteur des serviteurs de Dieu. Le choix de rester un serviteur, c'est un état d'esprit, c'est une vocation et nous savons bien aux Missions Etrangères et dans tous les lieux où servent des Jeunes de notre Eglise comme volontaire ou sous un autre statut, nous savons bien que le service est une école de vie, que le chemin de l'amour, c'est un chemin de terre !

Barthélemy en étant institué acolyte et lecteur dans quelques minutes, c'est ce chemin du service que tu vas en quelque sorte confirmé, pas n'importe quel service, le service de l'autel, car le Seigneur fidèle à son enseignement, invite les pauvres que nous sommes, car nous sommes tous pauvres de quelque chose ! Nous qui sommes rassemblés ce matin, nous sommes venus librement. Avons-nous reçu un faire-part nous invitant pour cette eucharistie ? Non, nous sommes venus, car cette maison, la maison du Père, c'est la maison des enfants de Dieu, de tous sans exception, et ce sont tous ces frères et soeurs que tu ne connais pas, que tu n'as pas choisis, ici ou ailleurs, que tu serviras à l'autel. Tu participeras aussi à la prière et tu la dirigeras, l'animeras. Tu seras aussi lecteur de la Parole de Dieu, tu t'en nourriras, tu te laisseras former par elle et tu l'annonceras avec fidélité. Pour cela tu la méditeras toi-même, cette parole, elle sera ta nourriture spirituelle. Tu auras en tête cette invitation du sage Ben Sirac : "l'idéal du sage, c'est une oreille qui écoute". Préparé à ce ministère institué, tu recevras le pain et la coupe de vin pour la célébration de l'Eucharistie en te montrant digne de servir la table du Seigneur comme le dit le rituel.

Barthélemy, tu vas être institué pour le service de la prière communautaire et de l’eucharistie, en «prenant part à un titre particulier au ministère de l’Eglise, en s’attachant à ce que les fidèles soient formés à la prière et participent de façon active et consciente, à la célébration commune du Dieu vivant, en  aidant les prêtres et les diacres à donner la communion aux fidèles, y compris aux malades » (Cf. rituel). Cette institution te donnera la charge permanente d’un service qui peut être confié de manière occasionnelle par un prêtre à tout baptisé. La différence ne porte pas sur le faire, mais l’institution confère une responsabilité permanente qui doit s’accompagner par un approfondissement spirituel et par un développement de la charité dans le service de l’Eglise. C’est pourquoi les candidats au ministère ordonné reçoivent d’abord les ministères institués. Voilà, cher Barthélemy, la beauté de ce ministère d’acolyte !
Cette dernière étape avant l’ordination diaconale, si Dieu le veut, est pleine de sens, ce n’est pas une routine, c’est à la fois une reconnaissance par l’Eglise d’un long chemin, parfois difficile, mais d’un beau chemin parcouru à la suite du Christ dans l’amour de l’Eglise qui se traduit par l’obéissance et c’est la promesse d’une marche à la suite du Christ vers des horizons nouveaux. Bonne continuation, que le Seigneur te comble de bénédictions, qu’il fasse grandir les talents qu’il t’a donnés pour sa plus grande gloire, pour la mission auprès de nos frères en Asie ou dans l’océan Indien auxquels tu annonceras l’évangile et qui t’évangéliseront également, tous à l’écoute de l’Esprit Saint, qui est le vrai « protagoniste de la Mission ».

Frères et soeurs, lorsque nous observons le monde qui nous entoure, notre environnement, nous pouvons être tentés par le désespoir, car nous ne voyons pas toujours les signes de la civilisation chrétienne, mais trop souvent ceux de la barbarie païenne, alors l'évangile serait-il dépassé ? La société marchande, la nécessité de faire carrière pour nourrir, pour s'occuper de sa famille, rendraient-elles obsolète l’enseignement évangélique ? Non ! Ne sommes-nous pas, nous chrétiens, invités à être des empêcheurs de tourner en rond ? Oui bien sûr, nous le sommes et le Pape François nous invite à vivre l'évangile simplement, humblement. Il nous parle des périphéries vers lesquelles nous devons aller. Il demande aux jeunes de mettre la pagaille dans les paroisses, dans les diocèses, une saine, une sainte pagaille qui fiche en l’air les mauvaises habitudes, les stéréotypes, les à priori qui souvent paralysent ou freinent l’annonce de l’évangile. Ne soyez pas les hommes d’une génération avec ses manies, son idéologie, soyez les hommes de Dieu, de l’Eglise qui n’est pas faite pour une génération, mais pour l’éternité. C'est le propre de la vie missionnaire que d'aimer les lointains, d'évoluer dans un univers culturel religieux différent de celui que l'annonce de l'évangile a construit en Europe et que nous appelons à juste titre la civilisation chrétienne. Et même si nous ne sommes plus en chrétienté, il y a de beaux restes dans notre pays. Nous le découvrons surtout lorsque nous vivons à l'étranger, parce que cela nous manque ! Ne nous trompons pas ! Si l'évangile, si la foi chrétienne parle aux Jeunes en Asie, si le christianisme n'est pas ringard, c'est parce que le regard de ceux qui cherchent plus de justice, qui cherchent la vérité, la beauté dans leur vie, c'est parce que leur regard est attiré par cette civilisation laquelle, avec toutes ses imperfections, est celle qui respecte l'homme parce qu'elle a appris à respecter Dieu, à vénérer les saints, parce que la foi, l'espérance, l'amour font des hommes debout !

J'ai concélébré vendredi à la primatiale St-Jean à Lyon, les funérailles de Hélie de Saint-Marc, fondateur et inspirateur jusqu’à sa mort d’une association qui œuvre beaucoup pour l’Eglise au Vietnam : Vietnam Espérance. Certains d'entre vous doivent le connaître, auteur de plusieurs livres de témoignages (Les champs de braise..). A 19 ans, en 1941, résistant, il est arrêté à la frontière espagnole et envoyé à Auschwitz d'où il sortira vivant grâce à la solidarité de copains au sens propre du terme puisqu'ils ont partagé leur pain avec lui, ensuite il entre à St-Cyr, sert en Indochine et après Dien Bien Phu reçoit l'ordre de rejeter les frères d'armes vietnamiens qui s'étaient battus aux cotés de la France, ( on leur tapait sur les doigts qui s'agrippaient à nos camions, écrit-il !), ils seront tous massacrés par le Vietminh. Ensuite rebelote, si j'ose dire, en Algérie et là il refuse d'appliquer les ordres par solidarité avec ses frères d'arme algériens qui servaient la France. Il le payera cher, il sera condamné et emprisonné à Tulle, à Lyon, plus tard gracié et libéré ! Pourquoi est-ce que je raconte cette histoire ? Non pour parler de cette période troublée de notre histoire nationale dont je n'ai pas de souvenirs personnels parce que j'étais trop jeune, mais parce que cet homme, Hélie de Saint-Marc, a préféré sacrifier sa carrière militaire pour garder sa conscience en paix, il a préféré le chemin de la prison, des exclus, des parias, de ceux mis au ban de la Société, à celui de sa propre carrière. il a preféré la dernière place. On peut fuir beaucoup de choses dans la vie, on peut toujours fuir, mais on ne fuit pas sa conscience ! Hélie de Saint-Marc est mort debout comme il a vécu parce que la paix du Christ habitait son coeur !

Il en est de même pour nous aujourd'hui. L’heure n’est pas à la somnolence, certes il n'y a pas lieu d'être résistant à une occupation étrangère, mais il y a de nombreux lieux, de nombreux sujets qui nous invitent à la résistance au nom de l'évangile. Nous sommes des veilleurs et nous honorons, nous glorifions Dieu pour reprendre le langage de notre Seigneur, lorsque nous défendons les tout petits, les faibles sans défense, les personnes âgées, tous ceux dont la vie est menacée ou pourrait l’être par une législation païenne, fruit d’une culture du plaisir, du confort qui paradoxalement est une culture de mort comme le disait le Bienheureux Jean-Paul II. Restons des veilleurs pour le plus grand bien d'une société matérialiste, hédoniste ; restons des Chrétiens exigeants pour le plus grand bien de l'Eglise. Soyons certains que si le Seigneur nous donne de répondre à un appel particulier, c'est parce que lui le premier nous appelle, lui le premier a besoin de nous et il y a beaucoup de places dans notre Eglise, il y a de la place pour tous comme disait le Pape Benoît XVI, beaucoup de petites places, de dernières places pour grandir ensemble !