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Jubilé des MEP

Messe du 8 juin à Notre Dame de Paris. Mot d'introduction du Père Etcharren, Supérieur Général des MEP.

35 évêques asiatiques et autant de français, 5 cardinaux asiatiques et 1 cardinal français, plusieurs centaines de prêtres ont concélébré la messe d'action de grâce pour le 350ème anniversaire des MEP.

"Je me tourne d'abord vers vous, Eminence, cardinal archevêque de Paris et Président de la Conférence des Evêques de France

       Père,

       Après avoir présidé la messe inaugurale de notre année jubilaire le jour de l'Epiphanie, vous avez la bonté aujourd'hui de nous accueillir dans votre cathédrale. Nous allons vivre ensemble un moment exceptionnel de communion avec les Eglises d'Asie et celles de l'océan Indien dont plusieurs pasteurs, cardinaux et évêques, ont fait un long déplacement pour venir se joindre à nous et concélébrer l'Eucharistie avec leurs frères les évêques de France. Leur présence, jointe à celle des prêtres étudiants et des communautés asiatiques de Paris, donne une visibilité particulière à cette union en Jésus-Christ que nous vivons tous les jours dans la foi mais que des visages et des regards nous rendent encore plus aimable.

       Père, la Société des Missions Etrangères a pris naissance à Paris, il y a trois cent cinquante ans. Elle a eu la chance de s'y développer jusqu'à ce jour et d'y accueillir une part importante du dynamisme missionnaire de l'Eglise de France qui a donné pour l'Asie plus de 4.300 de ses prêtres. A ce propos, c'est une chance pour moi aujourd'hui qu'en m'adressant à l'archevêque de Paris, je m'adresse en même temps au Président de la Conférence des Evêques de France. Comme vous l'avez souligné le jour de l'Epiphanie, si la France a pu donner les premiers vicaires apostoliques que nous honorons aujourd'hui et fournir depuis une généreuse manne au service de la Mission universelle, elle le doit à des communautés chrétiennes ferventes, autant qu'à la générosité de ses pasteurs.

       Dès les débuts de cette aventure, les évêques de France se sont trouvés en parfaite communion avec les groupements de fidèles et de prêtres qui cherchaient à s'organiser pour l'envoi de missionnaires en Asie. Avant même qu'Alexandre de Rhodes, en quête de candidats, arrive à Paris, il avait rencontré à Roanne Mgr de Maupas, évêque du Puy. Celui-ci le prit dans son carrosse et ils firent route ensemble pendant onze jours, de Roanne à Paris. Heureuse époque où les voyages donnaient le temps de la concertation ! Mgr de Maupas se pressa de recommander le projet aux dirigeants de la Compagnie du Saint Sacrement. Le Père de Rhodes considéra cette rencontre comme un signe de la Providence.


       Par ses recommandations auprès du Saint Siège et même par une aide financière conséquente, l'Assemblée du Clergé de France pesa de tout son poids pour que ce projet missionnaire puisse voir le jour. Depuis, la générosité de l'Eglise de France ne s'est pas démentie. En cette année jubilaire, de nombreux diocèses de France nous ont invités à les rejoindre pour faire mémoire des missionnaires issus de leurs communautés et partis pour l'Asie. Ainsi donc, les Missions Etrangères de Paris ont contracté une dette importante de gratitude à l'égard de l'Eglise de France. Mais, comme ce genre de dette ne peut pas s'effacer et qu'elle ne s'éteint qu'avec la reconnaissance elle-même, nous comptons sur de nouveaux crédits, c'est-à-dire sur une confiance renouvelée de l'Eglise de France dont nous connaissons par ailleurs les besoins, mais dont nous voulons continuer à servir le dynamisme missionnaire.

       Merci, Père, de votre confiance, merci de votre accueil en cette cathédrale, qui nous permet de vivre ensemble ce moment intense d'action de grâce. Je remercie aussi tous les évêques et prêtres de France ici présents. Beaucoup d'autres nous ont écrit pour dire leur regret de ne pouvoir nous rejoindre. Nous comprenons bien qu'ils soient pris par leurs activités pastorales, surtout en ce mois de juin toujours très chargé.

       Permettez que je m'adresse maintenant à Son Eminence le Cardinal Yvan DIAS, Préfet de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples.


       Au Cardinal YVAN DIAS,

Préfet de la Congrégation

pour l'Evangélisation des Peuples.

       Eminence,

       En cette année où nous célébrons le 350ème anniversaire de la fondation des Missions Etrangères de Paris, la Providence a voulu que la responsabilité de la Sacrée Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples incombe, en votre personne, à un cardinal asiatique. En raison des liens historiques de notre Société, à la fois avec les Eglises d'Asie et la Congrégation dont vous avez la charge, nous sommes doublement honorés par votre présence aujourd'hui.

       C'est en effet la Sacrée Congrégation de la Propagande, fondée en 1622, qui présenta au Pape Alexandre VII, les noms de Pierre Lambert de la Motte et de François Pallu pour être ordonnés évêques et envoyés en Asie comme Vicaires Apostoliques, rompant ainsi avec le régime des patronages qui avait prévalu jusque là. Cette proposition de la Propagande fut ratifiée par le Pape Alexandre VII le 8 juin 1658, il y a donc exactement 350 ans aujourd'hui. Lambert de la Motte, né à Lisieux, avait 34 ans, François Pallu, né à Tours, avait 32 ans. François Pallu fut sacré évêque la même année dans la crypte de la basilique Saint Pierre de Rome par le cardinal Antoine Barberini, préfet de la Congrégation de Propaganda Fide.

       Pour être exact, il faut citer un troisième homme qui, sous l'influence de Louis XIV fut détourné de l'Asie pour devenir le premier évêque du Canada. Il s'agit de Mgr François de Montmorency Laval. Le Séminaire qu'il fonda à Québec devait rester étroitement lié à celui des Missions Etrangères de Paris pendant un siècle et sur son portail restent encore gravées les lettres ME. Sur proposition de François Pallu, un jeune prêtre, d'Aix en Provence, Ignace Cotolendi, fut nommé vicaire apostolique à son tour pour remplacer Mgr de Laval et il fut destiné à la Chine. Il avait à peine 28 ans. Il devait hélas mourir en cours de route, comme sept autres de ses compagnons.

       C'est encore la Congrégation de la Propagande qui rédigea en 1659 les « Instructions aux vicaires apostoliques des royaumes du Tonkin et de la Cochinchine », véritable charte de la Mission qui signifiait en même temps la fonction que cette Congrégation allait désormais remplir dans l'Eglise. Ces instructions ont inspiré à leur tour les « Monita ad Missionarios » qui furent rédigées par les vicaires apostoliques en conclusion de leur premier synode tenu à Ayuthaya, en Thailande, en 1665. Le Saint office les déclara « remplies de l'esprit apostolique » et la Propagande les fit imprimer à ses frais.

       Depuis, tout au long de l'histoire de l'évangélisation dans les territoires qui nous furent confiés et jusqu'à la passation des diocèses aux évêques des pays concernés, c'est à votre Congrégation que nous avons fidèlement rendu compte des événements les plus heureux comme des épreuves les plus graves qui ont traversé la vie des Eglises d'Asie.

       Eminence, je vous remercie de tout cœur d'avoir pris le temps de venir aujourd'hui jusqu'à nous et je vous prie de bien vouloir transmettre au Saint Père l'expression de notre filiale affection, avec l'assurance de notre fidèle dévouement au service de la Mission.

        Excellence, Mgr le Nonce Apostolique en France, je vous remercie également de tout cœur d'avoir pris le temps d'honorer de votre présence cette fête jubilaire, malgré les nombreuses occupations qui sont les vôtres à cette époque de l'année.


Les Cardinaux et Evêques d'Asie et de Madagascar

       Je voudrais maintenant présenter à toute l'assemblée et remercier de leur présence les cardinaux et évêques d'Asie qui nous ont fait l'honneur et l'amitié de se joindre à nous pour cette messe d'action de grâce. Je vous présente d'abord les trois cardinaux ici présents :

       Le cardinal Michaël MITCHAI KIMBUCHU, archevêque de Bangkok
       Le cardinal Jean-Baptiste PHAM MINH MAN, archevêque de Ho-Chi-Minh Ville
       Le cardinal Joseph ZEN ZE-KIUM, archevêque de Hong-Kong.

       En tout, 30 archevêques et évêques représentent ici les Eglises des pays suivants : Japon, Taiwan, Corée, Hong-Kong, Viet-Nam, Cambodge, Laos, Thailande, Malaisie, Singapour, Myanmar (Birmanie), Inde, Indonésie et Madagascar.
       Le cardinal archevêque de Seoul, l'archevêque de Nouméa en Nouvelle Calédonie et l'évêque de Port Louis à l'Ile Maurice se sont excusés. Au dernier moment, Mgr BO archevêque de Yangoon, n'a pas pu nous rejoindre non plus à cause de la situation tragique que connaît son pays.
       Nous regrettons par ailleurs que les évêques de Chine Continentale n'aient pas pu répondre à notre invitation, nous aurons une pensée spéciale pour eux.

       Eminences, Excellences, archevêques et évêques d'Asie et de Madagascar, le pont que les premiers vicaires apostoliques ont voulu créer au 17 ème siècle, de leurs carcasses et de leurs os, est devenu une réalité presque banale, tant il y a de monde aujourd'hui à aller et venir entre l'Europe et l'Asie. Les conditions de voyage ont bien changé; apparemment tout est devenu facile. L'information est déversée à flot partout dans le monde de manière permanente et presque instantanée. Pourtant ce soir, votre présence dans cette cathédrale représente pour nous un événement exceptionnel. Trois cent cinquante ans après la nomination des premiers vicaires apostoliques, partis de cette ville de Paris, votre présence ici, entourés de nombreux prêtres, religieux, religieuses et laïcs originaires de vos pays, revêt une signification ecclésiale qui nous remplit de joie. Aujourd'hui, il nous suffit d'ouvrir les yeux, de vous regarder, je dirais même de vous contempler, pour avoir une idée du chemin parcouru par vos chrétientés. Ce chemin n'a pas été moins rude que celui suivi par les premiers missionnaires partis de France. Dans la plupart de vos pays la foi des chrétiens a été mise à rude épreuve par les persécutions, l'ingérence des nations étrangères, les guerres, les régimes hostiles, sans compter les catastrophes naturelles qui viennent encore de frapper rudement. Mais ce parcours a été aussi jalonné du témoignage éclatant de milliers de martyrs qui à l'exemple du Christ sont allés au bout du sacrifice de leur vie pour témoigner de leur confiance dans l'amour du Père.
       C'est ainsi que passant par le creuset de l'épreuve, les chrétientés dont vous avez aujourd'hui la charge se sont forgé une énergie tenace qui a su résister à l'usure du temps et continue d'animer vos Eglises. Leur dynamisme se manifeste aussi par la part de plus en plus importante qu'elles accordent à la mission universelle. Il y aurait beaucoup à dire sur l'histoire de vos chrétientés et la force qu'elles représentent pour l'avenir de l'Eglise, mais ce n'est pas le lieu ici et, en étant trop long, je risque de vous fatiguer.

       Avant de conclure, chers amis et frères, je voudrais vous exprimer la reconnaissance de tous les confrères de notre Société des Missions Etrangères. Reconnaissance tout d'abord pour l'accueil que vos peuples nous ont réservé. Car s'il est vrai que le grain doit tomber en terre et y mourir pour produire du fruit, la qualité de la terre qui reçoit importe beaucoup et il faut savoir lui rendre hommage. Trois cent cinquante années de vie missionnaire, c'est aussi trois cent cinquante années d'amour reçu des peuples qui nous ont accueillis, qui ont façonné nos personnalités et donné un esprit particulier à toute notre Société. Alors vous comprendrez bien que nous y avons pris goût et que nous souhaitons continuer à vivre et à coopérer avec vous, dans vos Eglises, pour l'annonce de l'Evangile, pour la communion entre frères de tous pays.

       Je vous remercie donc, non seulement pour le passé mais encore pour l'accueil que vous continuez d'offrir à nos jeunes confrères prêtres missionnaires ad vitam et à nos jeunes volontaires qui sont si heureux du temps vécu auprès de vos communautés. Merci encore pour la confiance que vous nous manifestez en envoyant près de nous vos jeunes prêtres étudiants. J'espère qu'ils ne sont pas trop malheureux.

       Je remercie aussi de tout cœur les prêtres, les religieux et les religieuses qui sont venus nombreux rendre grâce avec nous. Un salut tout particulier à nos Sœurs Amantes de la Croix, fondées dès 1670 par Mgr Pierre Lambert de la Motte.

       Merci aux communautés asiatiques de Paris qui ont bien voulu prendre ce soir sur le temps de leurs loisirs et de leur vie familiale pour se joindre à nous.

       Merci aux supérieurs des instituts missionnaires dont certains sont venus de loin, d'Asie et d'Amérique, et dont la présence marque bien les liens particuliers qui nous unissent pour le service de la mission à l'extérieur.

       Merci à tous, que le Seigneur accueille la prière de nos cœurs reconnaissants et qu'il nous unisse dans son Eucharistie."


Père JB Etcharren