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Messe de requiem en mémoire du P. Abel Troger

Chers amis,

Il est impossible de retracer, dans son intégralité, la vie d'une personne lors d'une Messe. Mais nous sommes rassemblés pour faire mémoire et rendre grâce pour tout ce qui a été vécu, tout en continuant de vivre avec ce que nous a laissé le père Abel Troger.

Chacun, chacune, nous gardons dans notre coeur quelque chose d'Abel...

Abel Louis Henri Troger naquit le 24 octobre 1925 à Olonne-sur-Mer, en Vendée, dans une famille d’artisans. Son père Valentin Troger tenait une forge, et sa mère Marie Proust était couturière. Abel était le cadet de leurs trois fils. Il fut baptisé le 29 octobre 1925 en l’église Notre-Dame d’Olonne-sur-Mer.

Monsieur Troger décéda accidentellement en 1930, laissant une veuve de 36 ans et trois jeunes enfants, dont Abel, âgé de 5 ans. Sa grand-mère paternelle mit toute son affection et sa compétence au service de la famille de son fils Valentin.

Le jeune Abel, comme ses frères, fréquente la crèche tenue par des religieuses puis l’école catholique de la paroisse, tenue par les Frères des Ecoles chrétiennes. Il sert la messe dans l’église paroissiale et y prend le goût de la liturgie. Un jeune vicaire, l’Abbé Charrier, l’oriente vers le sacerdoce et la vie missionnaire. Deux lectures le marquent, celles du livret « prêtre pourquoi pas ? » et de la vie du Bienheureux Théophane Vénard.

Après son certificat d’études, à 12 ans, en 1937, il commence ses études secondaires au nouveau petit séminaire de Luçon qui venait d’être construit près de la cathédrale.
La vie au séminaire de Luçon est austère mais à la rentrée de 1944 il accueille 23 nouveaux jeunes en première année. Abel y étudie la philosophie pendant deux années, au terme desquelles il présente sa candidature aux Missions Etrangères, en juin 1946. Elle est acceptée, toutefois Abel, étant déjà devenu clerc par la tonsure, doit obtenir la permission de l’évêque de Luçon, Mgr Antoine-Marie Cazaux. L’évêque l’accorde volontiers, mais demande à Abel de donner d’abord une année au diocèse comme surveillant d’étude au collège Richelieu de La Roche-sur-Yon.

A la rentrée de 1947, Abel Troger devient aspirant et commence ses études de théologie à la rue du Bac. Il n’y reste qu’un an, car les supérieurs de la Société l’envoient au Séminaire Français, à Rome, afin de préparer une licence de théologie à la Grégorienne. Il y vit l’année sainte de 1950, marquée par la proclamation solennelle du dogme de l’Assomption de Marie et par la canonisation de Sainte Maria Goretti. Cette année-là, le séminaire Français logeait six étudiants des Missions Etrangères.

Agrégé définitivement à la Société le 17 avril 1951 et destiné à Saïgon, le P. Troger part en mission le 7 octobre 1952. Il embarque en compagnie de 4 autres confrères sur le « Félix Roussel », paquebot des Messageries Maritimes. Il est envoyé comme professeur de dogmatique au grand séminaire de Saïgon mais au préalable il doit apprendre la langue vietnamienne.

Il commence cet apprentissage à Mytho, chez le P. Emile Grelier (1911-1980), curé de la paroisse, dans laquelle le P. Jean Moriceau termine sa formation linguistique initiale. L’année suivante le P. Troger est envoyé à Bung (Thudanmot) chez le P. Robert Keller (1885-1963). Il étudie chez les Sœurs de Saint-Paul de Chartres à Lai-Thieu et commence quelques activités pastorales. Peu avant les fêtes de Pâques 1954, l’évêque Mgr Jean Cassaigne (1895-1973) l’envoie seconder le P. Cyprien Brugidou (1887-1962) à Phan-Tiet, puis lui confie la charge des deux chrétientés de Lagi et de Cumi. Le P. Troger y restera 14 mois, pendant lesquels des centaines de chrétiens réfugiés du diocèse de Vinh s’installèrent dans la région, avec leurs prêtres, et la développèrent économiquement.

A la rentrée de 1955 Abel Troger devient professeur au grand séminaire Saint Joseph de Saïgon. Le supérieur en est alors le P. André Lesouëf (1918-2004). L’enseignement est donné en français et la plupart des professeurs sont des confrères. Le P. Troger est chargé des cours de dogmatique. Il collabore aussi en ville à l’aumônerie des collèges des religieuses de Saint Paul de Chartres et de la Congrégation Notre-Dame (Regina Mundi). Pendant six années le P. Troger enseigne ainsi à Saïgon.

En 1961, le clergé diocésain prend la direction du séminaire Saint Joseph et le vietnamien y devient la langue d’enseignement. Le P. Lesouëf part travailler au Cambodge. Quant au P. Troger, l’archevêque de Saïgon Mgr Nguyen Van Binh lui propose de rester au séminaire, mais il préfère être chargé d’une activité apostolique. Mgr Nguyen Van Binh l’oriente alors vers la paroisse Saint François-Xavier de Cholon, qui a pour curé le P. Joseph Guimet (1915-1993).

Pendant deux années, il participe au projet d’aménagement d’un terrain à Phu Lam, en bordure de Cholon, sur la route de Mytho. Il y construit le presbytère, un petit séminaire pour les Chinois appelé Foyer Saint Charles, et un foyer de jeunes, qui servira de chapelle jusqu’à la construction, une dizaine d’années plus tard, de l’église de l’Epiphanie. Le P. Aimé Pinsel est chargé de la paroisse, tandis que le Foyer Saint Charles est dirigé par le P. Charles Chang, prêtre chinois passé par la France qui travaillera plus tard à Maurice, puis dans son pays natal où il finira ses jours. Notre confrère Pierre Lam Minh y étudia dans sa jeunesse.

A la paroisse de l’Epiphanie, la pastorale se fait essentiellement en langue chinoise mais des familles catholiques vietnamiennes y vivent également, et le P. Troger s’occupe de ces fidèles. De retour de son deuxième congé en France, en 1968, il ouvre une école primaire paroissiale. Les deux premières années, l’école est dirigée par une catéchiste. Pour assurer le paiement des salaires des quatre institutrices, le P. Troger enseigne le français à l’Alliance Française à raison de 2 heures par jour. Puis l’école est prise en charge par les religieuses de Saint Paul de Chartres. Sur le terrain de l’école, le P. Troger construit une maison pour les Sœurs et une maison. Il se retire en 1969, lorsqu’il cesse ses activités pastorales dans la paroisse de l’Epiphanie, où lui succèdent le P. Nghia, puis le P. Denys Hoang. Il est alors âgé de 44 ans.

Pendant les six années qu’il lui reste à passer au Vietnam, dans un contexte politique difficile, le P. Troger s’attache à aller à la rencontre des non-chrétiens de Phu Lam. Il ouvre un centre qui propose des activités artisanales et artistiques.

Le 23 avril 1975, sur la recommandation de l’archevêque Mgr Nguyen Van Binh, le P. Troger quitte le pays à bord de l’un des derniers avions pour la France. Une semaine plus tard Saïgon tombera.

Pendant neuf ans le P. Troger est ensuite engagé dans l’action sociale et l'accueil des migrants. Puis, le flux des réfugiés se tarissant en France, le P. Troger décida en 1984 de répondre à l’invitation que lui avait faite Mgr Margéot, en 1976, et de se mettre au service du diocèse de Port-Louis, à l’île Maurice où il restera jusqu'en 1990.

Abel Troger, alors âgé de 65 ans, rentre en France pour prendre sa retraite. Il est en charge de la gestion des assurances EMI des prêtres étudiants asiatiques, accueillis par la Société, et il fut envoyé par le P. Raymond Rossignol, supérieur général, pour représenter la Société auprès de la revue Peuples du Monde.

En juin 1997, le P. Abel Troger, à 72 ans, reprend du service en acceptant, à la demande du P. Jean-Baptiste Etcharren, vicaire général, de remplacer le directeur du Centre France-Asie. Le P. Troger dirigera le Centre France-Asie jusqu’à la fin décembre 2006. Cette association héritière du Foyer des Etudiants d’Extrême-Orient, fondé par Mgr de Guébriant, dans les années 1920 s’était transformée en centre social pour répondre aux besoins des refugiés d’Indochine. Le P. Troger, de concert avec le conseil d’administration, va recentrer ses activités en deux priorités, qui sont toujours d’actualité : d’une part, aider les Asiatiques arrivés récemment en France à apprendre le français, et d’autre part soutenir, par une bourse et une aide morale, des Asiatiques qui font des études supérieures en France.

Début janvier 2007, le P. Troger, à 80 ans, prend définitivement sa retraite.

Le 24 mai 2016, le P. Abel Troger s’installe à Montbeton, après qu’on lui a diagnostiqué à l’hôpital Foch de Suresnes un cancer généralisé. Il a la bonne surprise de découvrir une maison agréable où il est bien soigné et il retrouve une communauté fraternelle et priante composée de confrères qu'il a connu au séminaire ou au Vietnam.
Le 30 mai au matin le P. Troger s’éteint paisiblement.

Puisse-t-il reposer en paix. Chacun gardera en mémoire ce qui l'aura marqué, des rencontres, discussions et échanges avec Abel Troger.
A sa suite, soyons des personnes optimistes, témoignant de l'espérance et gardant, jusqu'au bout, la volonté de servir. Amen.


P. Gilles Reithinger
Supérieur général mep